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CO.048 - Augmentation de l'incidence des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin chez la femme jeune : résultats en population générale du registre EPIMAD sur une période de 27 ans (1988-2014)

T. Cretin, H. Sarter, G. Savoye, M. Fumery, A. Leroyer, L. Dauchet, B. Pariente, C. Gower-Rousseau

Introduction

L’incidence des Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI) semble s’être stabilisée chez l’adulte dans les pays développés, contrairement à chez l’enfant. Le but de ce travail était de décrire l’évolution de l’incidence et de la présentation phénotypique des MICI de l’adulte au sein du registre EPIMAD sur une période de 27 ans. 

Patients et Methodes

Nous avons inclus tous les patients adultes (plus de 17 ans au diagnostic) enregistrés au sein du registre EPIMAD dans quatre départements du nord-ouest de la France, entre 1988 et 2014. La période était divisée en 9 périodes de 3 ans. Les taux d’incidence standardisée étaient calculés pour la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite hémorragique (RCH) dans la population globale, ainsi que selon la tranche d’âge (17-39 ans, 40-59 ans et plus de 60 ans) et le sexe. La localisation de la maladie était définie selon la classification de Montréal. 

Résultats

17686 cas incidents de MICI adultes ont été enregistrés, incluant 10206 MC (58%), 6839 RCH (38%) et 641 colites indéterminées (CI) (4%). Le taux d’incidence global sur la période était de 13,5/105 (IC95% : 13,3-13,7) pour les MICI, 7,5/105  (7,4-7,7) pour la MC, 5,4/105  (5,3-5,6) pour la RCH et 0,51/105  (0,47-0,55) pour les CI. L’âge médian au diagnostic était plus bas pour la MC que pour la RCH (28 ans [22-40] vs 36 [27-49] ; p<0,0001). La proportion de femmes était plus élevée dans la MC (ratio femmes/hommes = 1,36) que dans la RCH (ratio = 0,84) (p<0,0001). Au diagnostic, les femmes étaient significativement plus jeunes que les hommes, surtout dans la RCH : 33 ans (26-45) vs 39 (28-51) (p<0,0001), et 28 ans (21-39) vs 29 (22-40) dans la MC (p<0,0001). Entre 1988 et 2014, l’incidence globale des MICI a augmenté de 11,5/105 en 1988-1990 à 12,9/105 en 2012-2014 (p=0,053). On constatait une augmentation significative continue de l’incidence de la MC de 5,5 à 7,9/105 avec une augmentation annuelle moyenne de +1% (0,5-1,4) (p<0,0001) alors que l’incidence de la RCH était stable à 5,0/105. L’augmentation la plus importante était observée chez la femme jeune (17-39 ans) avec une augmentation annuelle moyenne de +1,9% dans la MC (p<0,0001 ) et de +1,7% dans la RCH (p<0,0001). Le sex-ratio femmes/hommes était stable dans le temps pour la MC (p=0,28) alors que dans la RCH il s’inversait, passant de 0,70 en 1988-1990 à 1,10 en 2012-2014 (p=0,0001). Parmi les patients ayant eu une exploration intestinale complète (colon et grêle) dans la MC, la proportion d’atteinte du grêle augmentait de 19% en 1988-1990 à 26% en 2012-2014 pour L1 et de 50 à 58% pour L3, tandis que le taux d’atteinte colique diminuait de 31% à 16% (p<0,0001). Le phénotype était stable dans le temps. Pour la RCH, les forme E1 diminuaient de 42 à 34% alors que les formes L3 augmentaient de 19 à 28% (p<0,0001).

Discussion

Conclusion

Dans cette étude en population générale dans le nord de la France sur une période de 27 ans chez 17686 patients, l’incidence de la MC et de la RCH continue d’augmenter significativement chez la femme jeune. Dans la MC, on constate une augmentation des formes iléales tandis que la proportion des formes coliques diminue. Ces résultats suggèrent qu’un ou plusieurs facteurs environnementaux prédisposent les femmes aux MICI dans notre région, et que ces facteurs impliquent plus particulièrement l’intestin grêle.

Remerciements