JFHOD

P.014 - Autolyse par ingestion caustique : est-elle une épidémie silencieuse pendant le Covid-19 ?

S. Djedanoum, I. Hiba, F.Z. Elrhaoussi, M. Tahiri, F. Haddad, W. Hliwa, A. Bellabah, W. Badre

Introduction

La pandémie de SARS-COV 2 aurait entrainé un climat anxiogène et dépressif.  Les tentatives au suicide par ingestion caustique chez l’adulte ont été enregistrées pendant les confinements. L’objectif de cette étude est d’évaluer l’incidence d’ingestion de ces substances, d’identifier les groupes à risque et décrire les aspects endoscopiques des lésions observées

Patients et Methodes

Etude comparative des patients reçus aux urgences  pour ingestion caustique à but d’autolyse, ayant bénéficié d’une fibroscopie. Ces patients étant vus pendant la période de confinement de mars 2020 à décembre 2020 et celle d’avant la pandémie  de mars 2019 à décembre 2019

Résultats

Nous avons enregistré 110 cas d’ingestion caustique à but d’autolyse pendant la pandémie de mars 2020 à décembre 2020 versus 30 cas de mars 2019 à décembre 2019. Ceci représentait 9,2% des fibroscopies réalisées en urgence pendant la période de 2020 versus 2,8% pendant la période de 2019. La moyenne d’âge des patients victime d’ingestion caustique était de 32,4 ans pendant la période de pandémie versus 39,7ans pendant la période d’étude de 2019. Les victimes avaient d’avantage un profil psychiatrique connu soit 25,4% (n=28) pendant l’année 2020 alors que dans le groupe des patients de 2019 aucun d’entre eux n’avait d’antécédent psychiatrique. Le sex ratio était en faveur des femmes dans les deux groupes respectivement à 2,6 pour la période 2020 versus 2 pour l’année 2019. L’autolyse serait secondaire à la perte d’emploi rapportée à  40% pendant la pandémie alors qu’elle est observée au décours d’une rixe familiale dans  56,6% pendant la période de 2019. L’acide chlorhydrique  était plus ingéré dans 44,5% (n=49) des cas pendant la pandémie de 2020. Tandis que pour l’année 2019, c’est l’eau de javel non commercialisée qui était la plus ingérée dans 56% (n=17).  

En fibroscopie, 13,6% (n=15)  des  patients avaient une gastrite caustique sévère pendant la pandémie de 2020 versus une personne sur quinze pendant la période de 2019, et 9% une  œsophagite caustique sévère (n=10) pendant 2020 versus 3,3% (n=1) pendant l’année 2019. Le taux de complication aigue observé était de 28,8% (n=32) en 2020 alors qu’en 2019 une personne sur dix en présentait. L’hémorragie digestive était la complication la plus décrite (24,5%) pendant le confinement de 2020. Alors qu’elle est observée que chez deux patients en 2019. Le taux de mortalité était estimé à 7,3% (n=8) pendant la pandémie alors qu’aucun décès n’est enregistré pendant la période de 2019.

Discussion

Conclusion

L’incidence d’ingestion caustique à but d’autolyse était considérable pendant le confinement de 2020. Les victimes étaient des jeunes de 32,4 ans en moyenne, de sexe féminin, au profil psychiatrique connu. Les lésions étaient sévères, avec des complications non négligeables conduisant parfois au décès. Cette étude pourrait nous amener à penser que la pandémie à coronavirus a-t-elle fait exploser l’ingestion caustique volontaire chez l’adulte ?

Remerciements