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C.080 - Cancer colorectal T1 traité par résection endoscopique : le pronostic est-il le même selon la localisation rectale ou colique ?

F. Corre, M. Barret, T. Lambin, J.P. Ratone, V. Lepilliez, E. Coron, J. Albouys, G. Rahmi, D. Karsenti, J.M. Canard, E. Chabrun, M. Camus-Duboc, T. Wallenhorst, R. Gérard, A. Rouquette, B. Terris, R. Coriat, M. Pioche, J. Jacques, S. Chaussade

Introduction

Les progrès réalisés ces dix dernières années en endoscopie thérapeutique permettent aujourd’hui de traiter les cancers colorectaux superficiels avec une faible morbidité et une mortalité quasi-nulle. Cependant, pour les cancers infiltrant la sous-muqueuse (T1), il existe un envahissement ganglionnaire dans 10% des cas, indiquant alors une résection chirurgicale curative complémentaire pour les tumeurs à haut risque, c’est-à-dire avec au moins un des quatre facteurs de risque histologiques décrits dans les recommandations de l’ESGE. Avec ces modalités de traitement, le pronostic oncologique de ces tumeurs est excellent, avec un taux de récidive proche de 0% pour les tumeurs à bas risque (aucun facteur de risque histologique) et de 5% pour les tumeurs à haut risque (au moins 1 facteur de risque histologique). Que la localisation soit rectale ou colique, le cancer colorectal est souvent considéré comme une seule et même maladie et n’est que rarement étudié séparément dans les études. Pour autant, plusieurs études suggèrent que les tumeurs rectales seraient de moins bon pronostic que les tumeurs coliques. L’objectif de cette étude était donc de comparer le pronostic entre les cancers T1 du colon et du rectum.

Patients et Methodes

Nous avons mené une étude rétrospective incluant les patients ayant eu une résection endoscopique par mucosectomie ou dissection sous-muqueuse pour cancer colorectal T1 dans quatorze centres experts français entre mars 2012 et juillet 2019. Nous avons recueilli les données démographiques, cliniques, endoscopiques, histologiques et de suivi afin de comparer le pronostic entre les tumeurs de localisation colique et celles de localisation rectale.

Résultats

462 patients ont été inclus. L’âge moyen était de 67,2 +/- 11,4 ans. 207/462 (44,8%) patients avaient une tumeur rectale et 255/462 (55,2%) avaient une tumeur colique. Il y avait significativement plus de polypes pédiculés Paris 0-Ip parmi les tumeurs coliques 72/255 (28,2%) que parmi les tumeurs rectales 7/205 (3,4%) p<0,001. Il y avait significativement plus de dissection sous-muqueuse parmi les tumeurs rectales 142/207 (68,6%) que parmi les tumeurs coliques 72/254 (28,3%) p<0,001. Il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre les tumeurs rectales et coliques concernant le sexe (p=0,761), l’âge (p=0,347), l’envahissement de la marge profonde (p=0,146), la différenciation tumorale (p=0,691), les emboles lymphovasculaires (p=0,392), le budding (p=0,737), la profondeur d’envahissement sous-muqueux (p=0,392), le caractère à haut risque de la tumeur (p=0,311) et le nombre de critères histologiques péjoratifs (p=0,649). En ce qui concerne le pronostic, parmi les 225/462 (48,7%) patients qui ont été opérés secondairement, il y avait significativement plus d’envahissement ganglionnaire chez les tumeurs rectales 16/84 (19,0%) que chez les tumeurs coliques 14/141 (9,9%) p=0,05. En revanche, il n’y avait pas de différence statistiquement significative en termes de récidive néoplasique au cours du suivi entre les tumeurs coliques 6/255 (2,4%) et rectales 7/207 (3,4%) p=0,506. En analyse multivariée, seuls la mauvaise différenciation (p=0,009) et les emboles lymphovasculaires (p=0,031) étaient significatifs pour prédire l’envahissement ganglionnaire. En revanche, la localisation tumorale (p=0,424) ainsi que les autres facteurs de risque histologiques usuels que sont le budding de haut grade (p=0,202) et l’envahissement sous-muqueux profond (p=0,815) ne ressortaient pas significatifs en analyse multivariée pour prédire l’envahissement ganglionnaire.

Discussion

Conclusion

Cette étude rétrospective multicentrique comparant le pronostic des tumeurs T1 rectales et coliques a montré qu’il y avait plus d’envahissement ganglionnaire chez les tumeurs rectales. Cette différence s’est effacée en analyse multivariée suggérant qu’elle était liée à l’existence de facteurs confondants. Par ailleurs, il n’y avait pas de différence dans le suivi en termes de récidive néoplasique entre les tumeurs rectales et coliques. Il semble donc qu’il ne soit pas nécessaire de différencier les deux localisations en termes de pronostic.

Remerciements