Cancer du côlon (gros intestin)

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Date de publication: 
Septembre, 1999

Cancer du côlon (gros intestin)

4.8.1. A quoi correspond un cancer du côlon ou du rectum (figure 17) ?

C'est l'adénocarcinome, développé aux dépens de l'épithélium des glandes de Lieberkühn. La forme macroscopique la plus fréquente est une tumeur ulcéro-végétante. Elle peut être polypoïde et sessile, ou limitée à une partie d'un polype adénomateux. Les formes infiltrantes sont très rares.

4.8.2. Le cancer du côlon et le cancer du rectum sont-ils fréquents ?

Environ 33000 nouveaux cas de cancers rectocoliques surviennent chaque année en France, avec 15 000 décès par an. Les cancers colorectaux représentent en France 15 % de l'ensemble des cancers. Environ 40 % de ces cancers touchent le rectum, 60 % le côlon où la localisation principale est le sigmoïde. La France se situe parmi les régions à risque élevé de cancer colorectal, tout comme les autres pays de l'Europe occidentale, l'Amérique du Nord et l'Australie. L'incidence est en augmentation régulière de 4 % d'une année à la suivante selon une estimation faite dans le département de la Côte-d'Or.

4.8.3. Y a t-il un terrain particulier dans le cancer du côlon et la cancer du rectum ?

Plus de 90 % des cancers du côlon et du rectum sont sporadiques. Leur incidence augmente régulièrement avec l'âge. Le risque devient appréciable à partir de 45 ans et double ensuite à chaque décennie. L'âge moyen du diagnostic se situe vers 70 ans.
Entre 60 et 80 % des cancers rectocoliques se développent à partir d'un adénome. Le risque de transformation d'un adénome en cancer varie en fonction de la taille, de l'importance de la composante villeuse au sein de l'adénome et du degré de dysplasie.
La probabilité cumulative de transformation cancéreuse d'un adénome de diamètre supérieur ou égal à 1 cm a été calculée. Elle est de 2,5 %, à 5 ans, 8 % à 10 ans et 24 % à 20 ans. Certains cancers se développent à partir de lésions planes et de petite taille, principalement dans le côlon droit, en particulier au cours du syndrome HNPCC.Certains caractères transmis de manière héréditaire, comme dans la polypose adénomateuse familiale et le syndrome HNPCC, sont responsables d'un risque accru de cancer rectocolique. Ces formes familiales représentent moins de 10 % des cancers du côlon et du rectum.Les maladies inflammatoires du tube digestif (maladie de Crohn et RCH) présentent un risque de transformation cancéreuse. Le risque existe surtout pour les pancolites évoluant depuis plus de 10 ans.

4.8.4. Quels sont les symptômes pouvant évoquer un cancer du côlon ?

Très longtemps asymptomatique, ce cancer peut se révéler par :

  • des douleurs abdominales d'apparition récente ;
  • des troubles du transit intestinal d'apparition récente, ou la modification récente de troubles anciens du transit intestinal ;
  • une anémie ferriprive ;
  • un méléna ou des rectorragies ;
  • une altération de l'état général ;
  • une tumeur abdominale ou un foie métastatique ;
  • une complication (occlusion intestinale ou perforation).

Ce large éventail illustre l'absence de parallélisme anatomo-clinique.

4.8.5. Quels sont les symptômes pouvant évoquer un cancer du rectum ?

Ce sont :

  • des rectorragies associées ou non à un syndrome rectal (faux besoins impérieux et fréquents avec émission de glaires sanglantes afécales) ;
  • une constipation ou une diarrhée récente ;
  • rarement une occlusion, une anémie, des métastases.

Le diagnostic peut être fait par le toucher rectal en cas de cancer développé dans la partie moyenne ou basse du rectum.

4.8.6. Quel examen permet le diagnostic de cancer du côlon ou de cancer du rectum ?

Le diagnostic du cancer du côlon repose sur la coloscopie qui permet de visualiser la tumeur et de réaliser des biopsies (figure 16).
Le diagnostic de cancer du rectum peut être fait au toucher rectal, à la rectoscopie au tube rigide et par coloscopie courte.

4.8.7. Quel est le bilan à faire en cas de cancer du côlon ?

Le bilan pré thérapeutique d'un cancer du côlon doit comporter, après un examen clinique complet, la recherche :

  • de lésions synchrones du rectum et du côlon par une coloscopie ou, en cas de sténose, par un lavement baryté si on prévoit que la sténose n'entraînera pas une rétention de baryte au-dessus ;
  • de métastases viscérales par une radiographie pulmonaire de face et de profil, une échographie hépatique et éventuellement un examen scanographique abdominal.

4.8.8. Quel est le bilan à faire en cas de cancer du rectum ?

Le toucher rectal permet d'apprécier le siège de la tumeur par rapport au sphincter, son extension endoluminale et, dans une certaine mesure, l'infiltration pariétale par l'analyse du caractère mobile ou fixé de la lésion.
Lorsqu'on envisage de faire une exérèse limitée ou un traitement local de la tumeur, le toucher rectal doit être complété par une imagerie pelvienne : une échographie endorectale (sonde sans endoscope) ou une échoendoscopie. Ces examens par imagerie précisent le degré d'extension pariétale et permettent d'évaluer l'atteinte ganglionnaire.
L'examen scanographique ou l'IRM du pelvis peuvent être utiles, en cas de sténose tumorale, dans ce bilan d'extension locorégionale.
La recherche d'une dissémination métastatique fait appel à la radiographie thoracique de face et de profil, à l'échographie hépatique et éventuellement à l'examen scanographique abdominal.
Il faut faire une coloscopie complète si possible avant l'intervention pour rechercher des lésions tumorales coliques synchrones, bénignes ou malignes.

4.8.9. Quel est le principe du traitement chirurgical du cancer du côlon non compliqué ?

Le traitement chirurgical des cancers du côlon non compliqués repose sur l'exérèse de la tumeur primitive avec des marges de côlon saines, associée à l'exérèse des vaisseaux et du mésocôlon contenant les canaux et les ganglions lymphatiques.
Le type d'intervention dépend du siège tumoral : hémicolectomie (droite ou gauche), sigmoïdectomie éventuellement étendue au haut rectum, avec rétablissement en général immédiat de la continuité.

4.8.10. Quel est les principes du traitement chirurgical des cancers du côlon compliqués ?

Le traitement repose sur le principe d'une intervention le plus souvent en urgence avec la résection du cancer et la réalisation d'une ou deux stomies, suivie du rétablissement ultérieur de la continuité. L'alternative est une colectomie allant du cæcum à la limite inférieure de la tumeur suivie d'une anastomose iléo-colique en un temps.

4.8.11. Quel est le pronostic du cancer du côlon et du cancer du rectum ?

Le taux de survie à 5 ans, tous stades confondus, est de 40 %.
Les principaux facteurs pronostiques conditionnant le risque de rechute locale ou à distance et la survie sont : la profondeur de l'envahissement pariétal, l'envahissement ganglionnaire, la présence de métastases lors du bilan initial. Ces facteurs pronostiques sont utilisés pour établir diverses classifications comme celle de Dukes ou d'Astler-Coller, ou plutôt TNM. * figure de la classification TNM
Classifications en stades TNM et d'Astler & Coller des adénocarcinomes du côlon

 


Réponses issues des objectifs nationaux rédigés par le Collège des enseignants d'hépato-gastroentérologie.