JFHOD

P.110 - Caractéristiques clinico-biologiques et bactériologiques des manifestations cutanées inflammatoires survenant sous anti-TNF dans le cadre des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin

E. Schwob, C. Rémy, J.P. Lavigne, S. Hoche, L. Caillo, L. Boivineau, O. Dereure, C. Girard, D. Bessis, A. Du Thanh, R. Altwegg

Introduction

Les manifestations cutanées inflammatoires chez les patients atteints d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) traités par anti-TNFα affectent environ 1 patient sur 5, et sont souvent difficiles à prendre en charge. La survenue de lésions cutanées péri-orificielles, érosives, fissuraires et souvent surinfectées est encore mal comprise. L'objectif de cette étude est de décrire une série de cas de dermatoses inflammatoires péri-orificielles, survenant sous anti-TNFα chez des patients atteints de MICI, et d'évaluer, à l’aide d’une population témoin (sans lésion dermatologique), si la colonisation des gîtes par Staphylococcus aureus (S. aureus) et la présence de carences vitaminiques sont des facteurs de risque d'apparition de ces lésions. 

Matériels et méthodes

Une étude rétrospective bicentrique a été menée entre Octobre 2016 et Mai 2019 sur tous les patients atteints de MICI (maladie de Crohn (MC), rectocolite hémorragique (RCH) ou colite inclassée (CI)) traités par anti-TNFα (infliximab ou adalimumab) et présentant des lésions cutanées péri-orificielles +/- des plis ou du scalp. Nous avons recueilli leurs données démographiques, histologiques, bactériologiques (la colonisation des gîtes (nez, oreilles, ombilic, aisselle, anus) par S. aureus), et concernant l’activité de la maladie, ainsi que le statut nutritionnel ont été collégiés. Par ailleurs, les caractéristiques moléculaires des S. aureus des lésions ont été étudiées à l’aide de biopuces à ADN et comparées leur structure aux S. aureus idéntifiés dans les gîtes.

Résultats

Vingt-huit patients ont été inclus, d'âge médian 29 ans (± 12 ans), dont 39.3% de fumeurs actifs. Vingt-quatre patients (85.7%) avaient une MC,  3 (10.7%) une RCH, et 1 (3.6%) une CI. Treize patients (46.4%) étaient traités par adalimumab (ADA) et 15 (53.6%) par infliximab (IFX). Dix-neuf patients (67.9%) présentaient une rhinite crouteuse,  16 (57.1%) une éruption pustuleuse périnéale, et 12 (42.9%) des fissures rétro-auriculaires. Le délai moyen entre l'initiation du traitement anti-TNF et l'apparition des lésions cutanées était de 14.4 mois pour l'adalimumab, et 21.3 mois pour l'infliximab. Dix-neuf patients (67.9%) avaient bénéficié d'une optimisation thérapeutique (majoration de la posologie, diminution de l'intervalle entre 2 cures, ou réinduction) avant l'apparition des lésions cutanées. Les patients étaient en rémission dans 53.6% des cas. Dans 75% des cas, un S. aureus était retrouvé sur les lésions, non producteur de la toxine de Panton-Valentine et non porteur de gènes de résistance à la méticilline. Quarante deux patients témoins non appariés ont été inclus, d'âge moyen 42 ans (18-68), dont 31% de fumeurs actifs, 33 patients avaient une MC (78,6%), 8 (19%) une RCH et 1 (2.4%) colite indéterminée. Douze patients (28.6%) étaients traités par ADA, 30 (71.4%) sous IFX. 82.1% des patients versus 36.6% des témoins étaient colonisés à S. aureus, dans la plupart des cas avec le même clone que celui des lésions (OR 7.97[2.51-25.35], p<0.001). Les cas étaient davantage carencés que les témoins (89.3% vs 60%, OR 5.56[1.44-21.54], p=0.008) notamment en vitamine PP (OR 6.93[2.03-23.62], p=0.001). 

Discussion

Conclusion

Les dermatoses inflammatoires péri-orificielles survenant tous anti-TNF chez les patients MICI  sont caractérisées par la présence d'une rhinite crouteuse, d'une éruption pustuleuse périnéale, et/ou de fissures rétro-auriculaires et se distinguent du psoriasis. Ces lésions cutanées pourraient donc bénéficier d’un traitement anti staphylococcique et d’une supplémentation des carences vitaminiques compte-tenu des résulats observés. La proximité moléculaire entre les souches de S. aureus des gîtes et des lésions soulève la question d’une recherche systématique de portage de S. aureus voire d’une décontamination avant la mise en place du traitement anti-TNFα.

Remerciements