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CO.76 - Carcinome hépatocellulaire avancé traité par sorafénib : l’expérience est un facteur pronostique influençant favorablement la survie. Résultat d’une étude monocentrique sur 10 ans

X. Adhoute, J.L. Raoul, G. Penaranda, P. Castellani, O. Pietri, H. Perrier, S.N. Si Ahmed, V. Oules, S. Benali, N. Radius, M. Bourlière

Introduction

Le sorafenib est le premier traitement systémique du carcinome hépatocellulaire avancé (CHC) avec une fonction hépatique préservée (1). Le faible taux de réponse radiologique, la fréquence des effets adverses, parfois corrélés à l’efficacité (2) de cet inhibiteur multikinase compliquent son utilisation. Au fil du temps, les cliniciens ont appris à mieux prescrire ce traitement (sélection des patients, réductions de doses, pauses thérapeutiques, ré-escalades, gestion des effets secondaires notamment du syndrome mains-pieds) (3).

Objectif : évaluer si l’usage du sorafenib  au cours du temps est associé à une meilleure survie.

Patients et Methodes

Méthodes : étude rétrospective monocentrique durant la période 2008–2017. Détermination : 1) Durée médiane de survie sur deux périodes : 2008-12 (P1)/ 2013-17 (P2) ; 2) Taux de contrôle de la maladie (réponse ou stabilité radiologique) à 8 et 16 semaines, et temps de contrôle  durant ces deux périodes; 3) Variables pronostiques affectant la survie (analyse multivariée).

Résultats

Résultats : 227 patients consécutifs atteints de CHC ont été traités par Sorafenib dans notre unité durant la période 01/2008 – 12/2017, dont 188 patients durant au moins 4 semaines. Leur suivi incluait a) des consultations bimensuelles durant les deux premiers cycles, puis toutes les six semaines les cycles suivants; b) une évaluation radiologique (TDM ou IRM) selon les critères mRECIST (modified Response Evaluation Criteria in Solid Tumors) toutes les huit semaines durant les six premiers cycles, puis toutes les douze semaines.

La cohorte comportait en majorité des hommes (89%), âgés de 66 ans [63-68], ayant une cirrhose, liée à l’alcool (30%), au VHC (38%), ou à une stéatopathie (19%), la plupart classés Child-Pugh (CP) A (79%) ou CP-B (21%). La stadification BCLC avant d’initier le sorafenib était la suivante : stade B (8%) ou C (92%) (invasion vasculaire 48% et / ou métastases 19%). Le grade ECOG (PS) synonyme de symptômes liés au cancer était le suivant : PS 0 (49%), PS 1 (51%). 68% de nos patients ont reçu un traitement préalable, majoritairement une chimioembolisation (49% de l’effectif).

Après une période moyenne de suivi de 22.5 ±19.9 mois, 80% des patients sont décédés ; la médiane de survie globale pour l’ensemble de la cohorte était de 10.0 [8-12] mois. La survie médiane des patients ayant reçu du sorafenib durant la période 01/2008 – 12/2012 (n=65) était de 8.0 [6-11] mois et 12 [9-15] mois pour ceux ayant reçu du sorafenib sur la période  01/2013–12/2017 (n=123) (p=0.0020). La durée médiane de traitement par sorafenib était : 4.3 [3.0-5.4] mois durant la première période et de 5.9 [4.7-6.7] mois durant la période la plus récente (p=0.009). Les deux groupes de traitement (P1 / P2) étaient comparables concernant les caractéristiques cliniques, l’étiologie, la fonction hépatique, l’indice de performance (PS), l’extension tumorale (invasion vasculaire, métastases) et le taux d’alpha-foetoprotéine.

Le taux de contrôle à 8 et 16 semaines était de 40% et 24% respectivement, comparable sur les deux périodes (p=0.79), mais la survie était significativement améliorée durant la période la plus récente (p=0.0075). On observait plus fréquemment un syndrome mains – pieds de grade 3/4 parmi les patients ayant une maladie contrôlée comparativement aux autres (p<0.0001).

Une réponse radiologique objective était présente chez 8.5% (n=16) des patients, complète chez cinq d’entre eux (2.5%). Quatre variables avaient une valeur pronostique indépendante affectant la survie : le taux d’AFP (± 200 ng/ml), le grade de Child-Pugh (A vs. B), l’invasion vasculaire et la période de traitement (2008-12 vs. 2013-17).

Discussion

Conclusion

Conclusion : nos résultats montrent une meilleure gestion du sorafenib au cours du temps avec une durée de traitement supérieure, une amélioration de la survie malgré un taux de contrôle inchangé. Cela suggère qu'il existe une courbe d’apprentissage avec le sorafenib.

Remerciements