JFHOD

CO.146 - Causes et impact du retard sur la surveillance post-polypectomie : une étude observationnelle prospective

E. Siegel, O. Gronier, J.M. Reimund, J. Lacroute, J. Huppertz, P. Lévy, A. Derlon, A. Charrault, B. Dirrenberger, S. Marguerite, M. Baron, J. Marcantoni, L. Profumo

Introduction

La connaissance des étapes de la carcinogenèse colique, en particulier celle de la séquence adénome (polype) – cancer a conduit, en France,  les autorités de santé à mettre en place une stratégie de dépistage et de surveillance post-polypectomie. Cette dernière constitue un enjeu majeur dans la prévention du risque de cancer colorectal (CCR) et un critère de qualité pour la Société Française d’Endoscopie Digestive (SFED). Elle repose sur des examens endoscopiques réalisés à intervalles réguliers définis notamment en fonction des caractéristiques du (des) polype(s) réséqués. Mais la réalité de l’adhésion à cette stratégie, les causes d’un éventuel retard à la réalisation des coloscopies de surveillance, et les répercussions sur le résultat des examens de contrôle ont été très peu analysés.

L'objectif principal de notre étude était d’évaluer à l’aide d’un questionnaire rempli par les patients, l’incidence et les motifs du retard à la coloscopie de contrôle post-polypectomie. L’objectif secondaire était d’évaluer l’impact du retard sur le nombre d’événements pré-néoplasiques ou néoplasiques diagnostiqués. 

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude prospective observationnelle menée dans un centre d’endoscopie ambulatoire, de janvier 2018 à juin 2019. Les critères d’inclusion comprenaient l’ensemble des patients ayant subi une coloscopie dans le cadre d’une surveillance post-polypectomie. Le critère de jugement principal comprenait l’incidence et les motifs du retard à la coloscopie de contrôle post-polypectomie. Un retard était défini par un intervalle de contrôle dépassant d’un an les recommandations faites lors du précédent examen. Le critère de jugement secondaire était représenté par l’étude de l’impact du retard sur le nombre d’événements pré-néoplasiques ou néoplasiques.

Résultats

Sur un total de 693 coloscopies de contrôle, 25 % patients présentaient un retard (172 patients). La principale cause de retard était un oubli de la part du patient (38 %). Le délai moyen du retard était de 2,8 ans. Sur cette population de patients en retard (comparée aux patients contrôles ayant respecté l’intervalle recommandé), une augmentation non-significative du nombre de polypes par patient (1,32 vs 1,19 ; p = 0,31) et de la proportion des gros polypes (5 % vs 2 % ; p = 0,21, pour une taille ≥ 2 centimètres) a été mise en évidence. Le nombre de CCR était lui, significativement plus important (1 % vs 0 % ; p = 0,01). De surcroit, lors d’un retard supérieur à 3 ans, les patients présentaient significativement plus de gros polypes (9 % vs 2 % ; p = 0,04) et d’adénomes avec dysplasie de haut grade (DHG) (3 % vs 0 % ; p = 0,02).

Discussion

Conclusion

Le retard à la coloscopie de contrôle post-polypectomie(s) est fréquent et délétère avec une augmentation significative du nombre de CCR. Passé un retard de contrôle endoscopique de 3 ans, une augmentation significative du nombre de cancers, d’adénomes avec DHG et de gros polypes est relevée. Ce travail vient ainsi souligner la nécessité du suivi post-polypectomie en faisant entrer les patients dans une stratégie de surveillance à long terme permettant d’éviter des retards délétères. Ainsi, la mise en place d’une démarche de rappel au patient à la date d’anniversaire du contrôle pourrait être une première étape importante, le simple oubli du patient étant une des raisons principales à ce retard. Néanmoins, d’autres études à plus grande échelle sont nécessaires afin de déterminer plus précisément l’impact de ce retard sur la morbidité et de définir des intervalles de surveillance adaptés, en fonction du niveau de risque.

Remerciements