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CO.147 - Chimioembolisation des métastases hépatiques de tumeurs neuroendocrines : une expérience monocentrique de 15 ans

C. Touloupas, M. Faron, F. Deschamps, J. Hadoux, C. Roux, M. Gelli, E. Mathy, M. Ducreux, E. Baudin, T. Debaere, L. Tselikas

Introduction

La chimioembolisation hépatique fait partie des options thérapeutiques dans la prise en charge des tumeurs neuroendocrines (TNE) métastatiques au foie dont les objectifs sont de contrôler le syndrome fonctionnel résistant aux analogues de la somatostatine et/ou d’améliorer le pronostic en contrôlant localement la maladie.

L'objectif de l'étude était d'évaluer l'efficacité de la chimioembolisation (CHE) sur les métastases hépatiques des TNE, et d'évaluer la corrélation entre réponse radiologique et survie globale au sein d’une large cohorte.

Matériels et méthodes

Cette analyse rétrospective monocentrique a porté sur tous les patients avec  métastases hépatiques de TNE traités par chimioembolisation hépatique, de janvier 2003 à décembre 2017. La réponse tumorale (RECIST et mRECIST), les facteurs prédictifs de réponse et le délai avant la progression hépatique (TTLP) et la survie globale (OS) ont été analysés. 

La possibilité de répeter les cycles de chimioembolisation et son caractère discontinu ont justifié l'analyse du temps à la progression hépatique intraitable par CHE (TTUP) définie par le delai entre le début du premier cycle de CHE et la date d'arrêt définitif du traitement : soit pour progression hépatique non contrôlée par la CHE, soit pour progression extra-hépatique nécessitant l’introduction d’un traitement systémique, soit pour toxicité de la CHE nécessitant son arrêt. 

Résultats

202 patients consécutifs ont été inclus (555 sessions de CHE réparties en 275 cycles), avec un suivi médian de 8,2 ans (90-139 mois).

La survie globale médiane était de 5,3 ans (95 %IC=4,2-6,7). La durée médiane du TTLP et du TTUP était respectivement de 19,3 mois (95%IC=16,3-22,3) et 26,2 mois (95%IC=22,3-33,1). Selon le cycle, la valeur médiane du TTLP pour un premier, deuxième ou troisième cycle était respectivement de 20,6, 12,3 et 11,5 mois (p=0,02).

Le taux de réponse globale était de 45 % avec RECIST et de 66 % avec mRECIST, et n’était pas significativement différent selon le numero de cycle, en RECIST (p=0,24) ou mRECIST (p=0,3). La réponse tumorale selon RECIST et mRECIST étaient toutes deux corrélées de manière significative à une meilleure survie globale (p<0,0001). La médiane de l’OS chez les patients répondeurs en mRECIST était de 80,5 mois (95%IC=64,6-89,8) contre 39,6 mois (95%IC= 2,8-60,2) chez les non répondeurs (p<0,001). 

Sur le syndrome fonctionnel, une nette amélioration des symptômes a été constatée chez 54/75 (72%) des patients symptomatiques.

L'envahissement hépatique, l'âge du patient, le grade tumoral et la prise concomitante d’analogue de la somatostatine étaient prédictifs de la survie globale en analyse multivariée.

Discussion

Pour tenter d’évaluer la réelle capacité de contrôle tumoral global de la CHE, nous avons analysé  le TTUP qui permet de prendre en compte la répétition de ce traitement discontinu. La CHE est généralement interrompue en cas de réponse et réintroduite à nouveau lorsque la maladie reprogresse, contrairement à un traitement systémique qui est administré selon un calendrier régulier et continu. Ainsi la maladie tumorale pourrait être contrôlée par la CHE pendant une période médiane de 26,5 mois et retarder l'instauration d'un traitement systémique de plus de 2 ans,  malgré que 73% des patients étaient classés dans notre étude « en progression hépatique » avant le début du traitement, et que 63% des patients avaient des métastases extra-hépatiques, suggérant bien que le contrôle tumoral hépatique est primordial dans le contrôle de la maladie. 

Concernant l'évaluation de la réponse morphologique,  il s’agit de la première étude retrouvant une corrélation significative entre survie globale et réponse objective selon RECIST et mRECIST, validant pour la pratique courante l’utilisation de ces critères d’évaluation morphologique unidimensionnelle.

Conclusion

Pour les patients présentant des métastases hépatiques de TNE, la CHE peut être répéter efficacement permettant un contrôle de la maladie hépatique pendant 26 mois et une OS de 5 ans. Les évaluations de la réponse tumorale à l'aide de RECIST et de mRECIST sont des marqueurs précoces prédictifs de la survie globale.

Remerciements