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CO.121 - Chirurgie bariatrique et maladies inflammatoires chroniques intestinales : résultats d’une étude multi-centrique du GETAID

C. Reenaers, M. Nachury, D. Laharie, S. Viennot, C. Trang Poisson, C. Stefanescu, L. Peyrin-Biroulet, J.C. Grimaud, X. Roblin, F. Carbonnel, R. Altwegg, S. Nahon, A. Attar, G. Bouguen, Y. Bouhnik, E. Louis

Introduction

L’obésité constitue un problème de santé publique majeur dans les pays industrialisés. Parallèlement à la population générale, sa prévalence a augmenté dans les MICI (Maladie Inflammatoire Chronique Intestinale). On rapporte 20 à 40% d’obésité chez ces patients aux Etats-Unis et 15 à 20 % en Europe. La prise en charge de l’obésité inclut de façon croissante une approche chirurgicale. La faisabilité et la morbidité de la chirurgie bariatrique (CB) dans les MICI restent méconnues. Les données disponibles proviennent de séries américaines de petite taille et suggèrent un faible taux de complication. Le but de ce travail est de décrire la population de MICI bénéficiant d’une CB et d’évaluer leur devenir après la CB.

Patients et Methodes

Les centres GETAID ont identifiés rétrospectivement les patients MICI ayant bénéficié d’une CB quelle que soit la procédure (gastroplastie, bypass, sleeve). Les patients ayant bénéficié d’une CB avant le diagnostic de MICI étaient également inclus. Les traits démographiques et les caractéristiques de la MICI avant, au moment et au dernier suivi après la CB  ont été relevés. Le type de CB, la survenue de complications post-opératoire et les ré-hospitalisations le mois suivant la chirurgie ont été rapportés.

Résultats

62 patients issus de 13 centres GETAID ont été identifiés. 40/62 (65%) étaient des femmes. Quarante-six patients (75%) présentaient une maladie de Crohn (MC) dont 68% d’atteinte iléale, 12% d’atteinte digestive haute, 13% de formes sténosantes, 4% de formes fistulisantes, 18% avec antécédent de résection chirurgicale. Seize patients présentaient une rectocolite hémorragique (RCH) et 2 patients avaient une colite inclassée. L’âge moyen au moment de la CB était de 39 ans. La CB a été réalisée après le diagnostic de MICI chez 51 patients. Le délai moyen entre le diagnostic de MICI et la CB était de 127 mois (SD±72). Quarante-trois % étaient traités par biologiques et 11% par immunomodulateur au moment de la CB. Le poids et l’IMC moyens étaient respectivement de 122 kg (SD±19) et de 42 (±6). Chez les patients avec MICI connue, on dénombre 12 gastroplasties (24%), 38 sleeves (75%) et 1 bypass (4%). Trois patients (4%) ont présenté des complications post-opératoires: 1 patient avec RCH a présenté un abcès avec choc septique, 1 patient avec MC a présenté une sténose du montage de sleeve nécessitant une conversion en bypass, 1 patient avec RCH a présenté une fistule du pôle supérieur de la sleeve. Un patient avec RCH a été ré-hospitalisé dans le mois pour déshydratation sévère et choc hypovolémique. Le suivi moyen après CB était de 59 mois et la perte de poids moyenne était de 27 kilos. Concernant l’évolution de la MICI post-CB, un patient a été opéré de sa MC, 3 patients ont développé de nouvelles lésions ano-périnéales, 22% ont changé de traitement pour perte de réponse/intolérance, un patient a développé une colite aiguë grave. Parmi les procédures de CB réalisées avant le diagnostic de MICI on dénombre 7 gastroplasties et 4 bypass. Le délai entre la CB et le diagnostic de MICI était de 75 mois (SD±40). Quatre patients ont développé une RCH, 6 une MC et 1 une colite inclassée. Deux patients étaient traités par biologiques en monothérapie et 4 par biologiques en combothérapie au dernier suivi. Une patiente a été diagnostiquée avec MC sévère perforée et a nécessité une stomie de décharge puis une réversion ultérieure de son bypass pour dénutrition sévère.

Discussion

Conclusion

La CB est proposée majoritairement à des femmes souffrant de MC non compliquée (taux faible de sténose, de fistule et de chirurgie dans notre série). La technique de choix est la sleeve dans trois-quart des cas tandis que le bypass est quasi abandonné.  Les complications sont rares mais sévères. On ne note pas d’exacerbation significative de la MICI dans les suites de la procédure. Cette technique semble sure et efficace chez nos patients souffrant de MICI. La réalisation d’un bypass précédant le diagnostic de MICI peut rendre sa prise en charge ultérieure compliquée.

Remerciements