JFHOD

CO.075 - Choix de la technique de résection devant une lésion colorectale : caractérisation endoscopique ou biopsie de la lésion ?

E. Daire, M. Pioche, J. Rivory, F. Rostain, V. Hervieu, T. Ponchon

Introduction

Les néoplasies colorectales de plus de 2 cm doivent bénéficier d’un traitement spécifique qui diffère en fonction de leur histologie. Si les lésions festonnées et adénomes peuvent être réséqués en plusieurs fragments (piece meal), les adénocarcinomes superficiels devraient plutôt bénéficier de résections En bloc avec marges de sécurité et les adénocarcinomes profonds (> 1000 microns dans la sous-muqueuse) d’une résection chirurgicale avec curage (en l’absence de métastases systémiques). Devant une néoplasie colorectale, l’endoscopiste a deux possibilités pour tenter de prédire l’histologie la plus péjorative de la lésion avec soit la caractérisation endoscopique, recommandée par la société européenne d’endoscopie soit la biopsie de la lésion qui reste encore très utilisée en pratique. Cette biopsie peut pourtant engendrer de la fibrose et générer un surcoût. L’objectif de cette étude est de comparer l’efficacité de la caractérisation endoscopique, de la biopsie non dirigée et de la biopsie dirigée pour prédire la présence d’adénocarcinomes dans les lésions colorectales. 

Patients et Methodes

Etude prospective monocentrique incluant toutes les lésions > 2 cm réséquées en bloc avec marges de sécurité par endoscopie ou chirurgie dans un centre expert. Chaque lésion était caractérisée avant la résection par les classifications endoscopiques usuelles (Paris, Sano, Kudo, Nice, CONECCT). Si les lésions semblaient résécables endoscopiquement, la résection En Bloc avec marges de sécurité était réalisée puis la lésion était biopsiée après étalement sur liège, de manière non dirigée puis de manière dirigée sur la zone plus péjorative lorsqu’une telle zone était repérée endoscopiquement.  Si la lésion ne semblait pas résécable endoscopiquement, les biopsies dirigées et non dirigées étaient réalisées avant de référer le patient au chirurgien. L’analyse histologique des différentes biopsies et de la pièce de résection finale étaient réalisées en aveugle. Une fois l’histologie définitive obtenue, nous avons comparé les performances de la prédiction endoscopique versus les biopsies dirigées et non dirigées pour prédire le diagnostic d’adénocarcinome et préciser son degré d’invasion (superficiel et profond).

Résultats

Au total, 61 lésions ont été réséquées endoscopiquement ou chirurgicalement au cours de l’étude : 3 festonnées (4.9%), 34 adénomes (55.7%) dont 9 en DBG (14,8%) et 25 en DHG (40.9%), 24 adénocarcinomes (39,4%) dont 10 adénocarcinomes superficiels (16,4%) et 14 adénocarcinomes profonds (23.0%). Parmi les 3 festonnées, la prédiction endoscopique CONECCT IS était exacte dans les 3 cas (100%) et la biopsie confirmait le caractère festonné dans les 3 cas (100%). Pour les 34 adénomes dont  9 en DBG et 25 en DHG, la prédiction endoscopique était CONECCT IIA dans 6 cas (17,7%) et CONECCT IIC dans 28 cas (82,3%), alors que la biopsie répondait adénome dans 34 cas (100%) avec cependant 10 cas de discordance sur le degré de dysplasie en cas de biopsies dirigées et 12 cas de discordance en cas de biopsie non dirigée. Pour les 10 adénocarcinomes superficiels confirmés histologiquement, la prédiction endoscopique était CONECCT IIA dans 1 cas (10%), CONECCT IIC dans 7 cas (70%) et CONECCT III dans 2 cas (20%, 1 adénocarcinome sm 450 microns et 1 adénocarcinome m3) alors que la biopsie diagnostiquait le cancer dans 2 cas (20%) qu’elle soit dirigée ou non. Enfin parmi les 14 adénocarcinomes profonds, la prédiction endoscopique était CONECCT III dans 13 cas (92,8%) et CONECCT IIC dans 1 cas (7,2%, invasion sous muqueuse sur 1065 microns) alors que la biopsie dirigée diagnostiquait le cancer dans 12 cas (85,7%, 2 cas de DHG) et la biopsie non dirigée dans 6 cas (42.9%, 4 cas de DBG et 4 cas de DHG) sans en prédire le caractère profond dans les 14 cas.  La sensibilité de la classification CONECCT IIC pour le cancer superficiel est de 70.0% et sa spécificité de 43.1%. La sensibilité de la biopsie pour le cancer superficiel est de 20.0 % et la spécificité de 76.5%. La sensibilité de la classification CONECCT III pour le cancer profond est de 92.9% et sa spécificité de 95.7%. En revanche, la biopsie ne permettait jamais de renseigner sur le caractère profond du cancer.

Discussion

La sensibilité des biopsies est de 20.0 % pour diagnostiquer la présence d’adénocarcinome superficiel dans une lésion. De plus elle ne précise jamais le degré d’invasion superficiel ou profond. La biopsie est donc un très mauvais indicateur pour prédire l’adénocarcinome dans la lésion et ne permet pas d’en prédire le caractère superficiel ou profond. La caractérisation endoscopique par CONECCT prédit le risque de cancer superficiel dans 70.0% des cas mais surestime l’invasion dans 77.8% des cas. Cela va donc dans le sens de tenter une résection par dissection pour les lésions limites quand le foyer de pit pattern invasif est petit.

Conclusion

La prédiction endoscopique est supérieure aux biopsies pour prédire la présence d’adénocarcinome superficiel ou profond dans une lésion et ainsi permettre à l’endoscopiste d’adopter la bonne technique de résection. La prédiction endoscopique doit donc être préférée aux biopsies pour guider la technique de résection des lésions coliques.  

Remerciements