Cirrhose

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Cirrhose

La cirrhose est une maladie hépatique grave, lentement évolutive, conséquence d’une agression chronique du foie. Celle-ci cicatrise sous forme d’un tissu fibreux - fibrose - et se régénère sous forme de nodules. Néanmoins, la fonction hépatique peut être très altérée si les agressions ne cessent pas. 15 000 personnes décèdent d’une cirrhose chaque année en France.

La cirrhose, le stade ultime des maladies chroniques du foie

Si le foie est un organe capable de se régénérer, suite aux agressions de l’alcool, des infections virales ou des auto-anticorps en cas de maladie auto-immune, etc., il peut en garder des cicatrices. Cette « fibrose » ou tissu cicatriciel associée à des nodules de régénération qui dessinent un contour bosselé sur l’organe, altèrent son fonctionnement (insuffisance hépatique) et provoquent une augmentation de la pression sanguine dans la veine porte (hypertension portale). Des veines peuvent alors se dilater dans l’œsophage et/ou l’estomac (varices œsophagiennes et gastriques), voire dans tout l’appareil digestif. On constate parfois même une obstruction de la veine porte (thrombose porte). 

La fibrose s’accumule de manière silencieuse au sein du foie - la cirrhose est dite « compensée » - d’où un diagnostic tardif.

Un ensemble de signes peuvent y faire penser, comme une fatigue, une perte d’appétit, un foie volumineux et dur (hépatomégalie), une grosse rate (splénomégalie), des paumes de mains rouges (érythrose palmaire), des angiomes sur la peau, les ongles blancs, une dépilation des jambes, des cheveux secs ou encore des troubles sexuels (aménorrhée, troubles de l’érection). 

Dans les deux tiers des cas environ, la cirrhose est découverte à un stade tardif (« cirrhose décompensée »), vers l’âge de 50-60 ans en général, lors de diverses complications dont le cancer du foie.

Quelles sont les causes ?

Cirrhose : l’alcool n’est pas l’unique responsable

Seuls ou en association, plusieurs agents agresseurs toxiques, infectieux etc. peuvent être à l’origine d’une cirrhose. Les plus connus sont l’alcool  et les hépatites virales chroniques B et C. Mais le surpoids et le syndrome métabolique peuvent également induire une cirrhose hépatique, par l’accumulation de graisse sous forme de triglycérides qui entretient une inflammation chronique (stéatohépatite non alcoolique ou NASH pour son acronyme en anglais). 

Des maladies auto-immunes (hépatite auto-immune), des maladies génétiques (hémochromatose, maladie de Wilson…) et des maladies des voies biliaires (cholangite biliaire primitive) peuvent aussi induire une cirrhose.

Les examens

Vigilance en cas d’enzymes hépatiques anormales

Plusieurs indices doivent faire rechercher une maladie hépatique et une cirrhose, comme des taux anormalement élevés et répétés d’enzymes : ASAT (Aspartate aminotransférase) et ALAT (alanine aminotransférases) regroupées sous l'appellation générique « transaminases » et libérées par les cellules du foie lorsqu'elles sont lésées, GGT (gamma-glutamyltranspeptidase) et phosphatases alcalines.

Le prélèvement d'un échantillon au cours d'une ponction-biopsie hépatique et son analyse histologique (tissu et cellules du foie sont observés au microscope) peut confirmer l’existence d’une cirrhose.

Cependant, cet examen laisse de plus en plus la place à d’autres moyens diagnostiques dits non invasifs, aptes à repérer la fibrose plus précocement. Ce sont des scores calculés à partir de résultats de tests sanguins simples et l’élastométrie, outil de mesure non douloureux de la fibrose. La fibrose rendant le foie plus dur, l’appareil en mesure l’élasticité. Une petite sonde d’échographie entre les côtes émet des vibrations ou ultrasons (comme pour l’échographie) qui traversent les tissus et rebondissent sur eux pour revenir à cette même sonde. Le résultat est fonction de la vitesse de retour de l’écho.

Ensuite, lorsque qu’une cirrhose est diagnostiquée, son degré de gravité doit être évalué. A un stade évolué de la maladie, un bilan sanguin peut mettre en évidence une baisse progressive des plaquettes sanguines, une diminution de l’albumine sanguine et des protéines de la coagulation sanguine (taux de prothrombine, PT) et une augmentation de la bilirubine sanguine.

Un examen radiologique (échographie, scanner ou Imagerie par Résonance Magnétique) permet d’éliminer un cancer du foie,

Quant à l’endoscopie oeso-gastro-duodénale, elle permet de repérer des varices de l’œsophage ou de l’estomac qui exposent à un risque d’hémorragie par rupture et d’explorer la muqueuse de l’estomac dont l’aspect peut varier (gastropathie d’hypertension portale).

Les traitements

Pas de traitement mais de la prévention

Faute de traitement spécifique de la cirrhose, la prise en charge d’une personne cirrhotique repose sur l’éviction ou le traitement de la cause, de tous les facteurs de risque ainsi que le traitement des complications (hémorragie, ascite, encéphalopathie, cancer, insuffisance hépatique). Peu à peu, en limitant les agressions, la fibrose du foie peut régresser. Cela passe par la prise de traitements antiviraux en cas d’hépatite, de l’arrêt absolu du tabac et de l’alcool et du contrôle du poids corporel, de la pression artérielle, du diabète ou d’un pré-diabète… 

Les grosses varices œsophagiennes peuvent être ligaturées par endoscopie et un traitement par bétabloquants peut être instauré en cas de varices de l’œsophage ou de l’estomac.

En cas d’ascite et d’œdèmes des jambes, un traitement diurétique sert à augmenter la diurèse et à évacuer la surcharge en eau et sel. En parallèle, des ponctions abdominales évacuent le liquide de l’abdomen, si besoin. 

En cas d’encéphalopathie hépatique, le lactulose est utilisé en première intention afin d’accélérer le transit et diminuer la pullulation bactérienne, limitant ainsi le passage des toxiques de l’intestin vers le foie. Pour prévenir la récidive, il peut être associé à la rifaximine, un antibiotique spécifique du tube digestif.

En cas de cirrhose très évoluée, une transplantation hépatique peut être envisagée.

Vivre avec une cirrhose nécessite de se plier à des examens réguliers avec un bilan sanguin et radiologique (échographie du foie) semestriel pour surveiller la fonction hépatique et dépister un cancer ainsi qu’une endoscopie digestive tous les un à trois ans, selon la taille des varices de l’œsophage.

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Copyright : © SNFGE, Société Nationale Française de Gastro-Entérologie
Expert / Relecteur : Pr C. Bureau / Pr J-M. Péron
En collaboration avec l'
AFEF, Association Française pour l'Etude du Foie
Rédaction : H. Joubert - Dessin : O. Juanati
​Mai 2019