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C.124 - Comparaison d’efficacité entre le tofacitinib et le védolizumab chez les patients atteints de rectocolite hémorragique exposés préalablement à au moins un anti-TNFα : résultats de l’étude multicentrique « Tofa vs Vedo »

A. Buisson, M. Nachury, M. Fumery, T. Guilmoteau, E. Leclerc, R. Altwegg, M. Serrero, N. Mathieu, X. Treton, L. Vuitton, B. Pereira, A. Amiot, G. Bouguen

Introduction

Dans la rectocolite hémorragique (RCH), plusieurs options sont maintenant disponibles en France après échec d’un anti-TNF.  Parmi elles, le vedolizumab et le tofacitinib ont démontré leur efficacité, mais aucun essai n’a comparé ces deux traitements en échec d’anti-TNF.

L’objectif de l’étude était de comparer l’efficacité du vedolizumab et du tofacitinib chez les patients atteints de RCH exposés préalablement à au moins un anti-TNF.

Patients et Methodes

Il s’agissait d’une étude multicentrique rétrospective ayant inclus consécutivement tous les patients atteints de RCH ≥18 ans, avec une maladie symptomatique (score Mayo partiel > 2) ayant démarré le vedolizumab ou le tofacitinib entre le 1er janvier 2019 et le 1er juin 2021 après avoir été exposé à au moins un anti-TNF. Le vedolizumab (300 mg) était administré en intraveineux à S0, S2, S6 et S14 avec perfusion additionnelle à S10 laissée à la discrétion du clinicien. Le tofacitinib était prescrit à 10 mg matin et soir pendant 8 semaines avec relai à 5 mg matin et soir à S8 laissé à la discrétion du clinicien.

Le critère de jugement principal était la rémission clinique (score Mayo partiel ≤ 2) sans corticoïde (CFREM) à la semaine 16 (S16). Les critères secondaires étaient la rémission clinico-endoscopique (CFREM + score Mayo endoscopique ≤ 1 ou calprotectine fécale < 150 µg/g), et la rémission profonde (rémission clinico-endoscopique et histologique (indice de Nancy ≤ 1)).

Les comparaisons ont été réalisées à l’aide de score de propension ajustés sur le sexe, le tabagisme, la durée d’évolution de la maladie, l’extension, le nombre de classes de biothérapies antérieures, le nombre d’échec primaire aux biothérapies, la co-prescription de 5-ASA, de corticoïdes ou d’immunosuppresseurs, et la sévérité clinique (évaluée par le clinicien, Mayo partiel > 6, nombre de selles ≥ 10) ou biologique (CRP > 30).

Résultats

Au total, 400 patients sont prévus dans cette étude. Ces résultats portent sur les 200 premiers patients (données manquantes pour un patient). Parmi les 199 patients analysés, 87 étaient inclus dans le bras tofacitinib et 112 dans le bras vedolizumab. La population des 2 groupes était comparable (tofacitinib vs vedolizumab) en termes de sexe (43,7 % vs 45,5 %), d’âge moyen (39,4 vs 39,7 ans), de co-prescription de 5-ASA (10, 3 % vs 18,8 %) ou de corticoïdes (23,0 % vs 31,2 %). En revanche, les patients sous tofacitinib avaient des maladies plus anciennes (8,6 vs 7,4 ans, p = 0,04), plus de pancolites (54,0 % vs 38,4 %, p = 0,028), moins d’immunosuppresseurs associés (4,6 % vs 27,7 %, p < 0,001), une plus grande proportion de patients ayant reçu au moins 2 biothérapies (87,4 % vs 37,5 %, p < 0,001). A noter que 79,3 % des patients sous tofacitinib avaient déjà reçu du vedolizumab contre seulement 3,6 % dans le scenario inverse (p <0,001). 34,3 % des patients ont reçu une perfusion de vedolizumab à S10 et 42,5 % des patients sous tofacitinib ont poursuivi à 10 mgx2/j jusqu’à S16.

A S16, le taux de CFREM était de 54,2 % dans le bras tofacitinib contre 42,5 % dans le bras vedolizumab (p = 0,089). Le taux de CFREM à S16 était de 57,4 % vs 51,1 % (p = 0,77) après échec d’une seule biothérapie, 55,4 % vs 41,8 % (p = 0,61) après échec de 2 biothérapies et de 56,9 % vs 6,3 % (p = 0,007) après échec d’au moins 3 biothérapies, dans les bras tofacitinib et vedolizumab, respectivement. Le tofacitinib était significativement plus efficace après échec primaire à au moins une biothérapie (71,6 % vs 30,8 %, p = 0,05). Les taux de CFREM à S16 étaient de 45,2 % vs 57,7 % (p = 0,53) en cas de score Mayo partiel à l’inclusion < 6 et de 59,0 % vs 33,3 % (p = 0,17) en cas de score Mayo partiel ≥ 6, dans le bras tofacitinib et vedolizumab respectivement. Les résultats concernant les PRO2 étaient les suivants : normalisation du transit (55,6 % vs 41,1 %, p = 0,38), disparition des rectorragies (72,1 % vs 57,3 %, p = 0,40) et disparition des urgences fécales (31,8 % vs 32,8 %, p=0,90), sous tofacitinib et vedolizumab, respectivement.

Sur 177 patients, le taux de rémission clinico-endoscopique était plus important sous tofacitinib (33,6 % vs 7,1 % ; p = 0,048) alors que le taux de rémission profonde était de 6,4 % sous tofacitinib contre 3,8 % sous vedolizumab (p = 0,27). Les résultats complets incluant les données à S8, à long terme et celles concernant la sécurité seront disponibles lors du congrès.

Discussion

Conclusion

Le tofacitinib et le vedolizumab sont efficaces en cas d’échec d’anti-TNF dans la RCH. Toutefois, le tofacitinib semble plus efficace notamment en cas d’échecs thérapeutiques multiples ou d’échec primaire à ≥ 1 biothérapie.

Remerciements

Etude indépendante avec le soutien de Pfizer.