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CO.085 - Comparaison d'efficacité entre ustékinumab et védolizumab chez les patients atteints de maladie de Crohn réfractaire aux anti-TNFα dans une cohorte de 312 patients

A. Buisson, L. Manlay, B. Pereira, B. Flourié, M. Dapoigny, M. Reymond, E. Sollelis, M. Boube, G. Boschetti, S. Nancey

Introduction

Actuellement, peu de données sont disponibles afin de déterminer quelle est la meilleure option thérapeutique entre ustekinumab et vedolizumab pour le traitement de la maladie de Crohn (MC) réfractaire aux anti-TNF.

L'objectif de notre travail était de comparer l’efficacité, à court et  long termes, entre ustekinumab et vedolizumab chez des patients atteints de maladie de Crohn en échec d'au moins une ligne d’anti-TNF.

Patients et Methodes

Tous les patients atteints de MC ayant reçu du vedolizumab ou de l'ustékinumab dans deux centres MICI ont été identifiés à partir de la base de données de la pharmacie. Parmi eux, ont été inclus rétrospectivement tous les patients ≥ 18 ans avec une exposition préalable à au moins un anti-TNF et un suivi ≥ 12 semaines (les patients avec arrêt du médicament avant S12 pour non-réponse primaire ont également été inclus).

Tous les patients traités par vedolizumab ont eu le même schéma d'induction, soit trois perfusions de 300 mg à S0, S2 et S6, respectivement. Une perfusion facultative à S10 était possible selon le jugement du médecin avec des perfusions d'entretien toutes les 4 semaines ou toutes les 8 semaines selon la décision du médecin.

Le critère de jugement principal était la rémission clinique sans corticoïdes à la semaine 54 (S54), définie par un CDAI < 150 et l’absence de corticothérapie concomitante. La rémission profonde (combinaison de la rémission clinique sans corticoïdes avec une calprotectine fécale < 100µg/g de selles) était évaluée à 14 et 24 semaines. Les 2 groupes ont été appariés à l'aide de scores de propension (Inverse probability of treatment weighting = IPTW) afin de rendre les deux groupes comparables.

Résultats

Au total, 312 patients (ustekinumab=224 and vedolizumab=88) ont été inclus.

Tous les patients avaient déjà utilisé au moins un anti-TNF dont 21,4% et 25,0% de non-réponse primaire aux anti-TNF dans les groupes ustekinumab et vedolizumab, respectivement (p = 0,50). Après propension, ajustée en fonction du sexe, de l'âge, de la durée d'évolution de la MC, de la localisation  (L1/L3 vs L2), du phénotype  (B1 vs B2/B3), des lésions ano-périnéales, de l'antécédent de résection intestinale,  l'utilisation antérieure d'au moins deux biothérapies, l'utilisation concomitante d'immunosuppresseurs, l'utilisation concomitante de corticoïdes, la non-réponse primaire à au moins un anti-TNF, un CDAI> 220 à l'inclusion et une CRP> 5 mg/L à l'inclusion, les caractéristiques n'étaient pas différentes entre les groupes.

Dans l'ensemble, 20% (45/224) des patients traités par ustekinumab ont présenté une escalade thérapeutique précoce (intervalle raccourci toutes les 4 semaines avant S16) tandis que 35,2% (31/88) ont reçu une perfusion supplémentaire de vedolizumab à S10 et S14 puis toutes les 4 semaines (p = 0,005).

Après IPTW, l’ustekinumab était plus efficace que le vedolizumab pour induire une rémission clinique sans corticoïdes à S54 (49.3% vs 41.2%, p=0.04) et une rémission profonde à S14 (25.9% vs 3.8%, p=0.02) de traitement. Le taux d’échec primaire (6.1% vs 14.3%, p=0.027) et le risque d’arrêt de traitement pour perte de réponse secondaire (HR = 1.84 [1.12 -3.02], p=0.016) étaient plus bas dans le groupe ustekinumab que dans le groupe vedolizumab. Chez les patients en rémission clinique sans corticoïdes à S54, le risque de perte de réponse secondaire au cours du temps n'était pas différent entre les 2 traitements (p=0.67).

Les facteurs prédictifs d’un échec de l’ustekinumab étaient le phénotype compliqué (OR=2.35[1.31-4.22]; p=0.004) et l’antécédent d’échec primaire à un anti-TNFα (OR=2.55[1.27-5.12]; p=0.008). Aucun facteur prédictif d’efficacité du vedolizumab n’a pu être mis en évidence.

Le vedolizumab était moins efficace que l’ustekinumab chez les patients de plus de 35 ans (OR=0.41[0.19-0.87]), avec un phénotype non compliqué (OR=0.42[0.18-0.96]), sans antécédent de résection chirurgicale (OR=0.49 [0.24-0.96]) et sans corticothérapie initiale (OR=0.47[0.23-0.97]).

Discussion

Conclusion

L'ustekinumab et le vedolizumab sont efficaces pour atteindre une rémission clinique sans corticoïdes à S54 chez plus de 40% des patients réfractaires aux anti-TNF de notre cohorte.

Toutefois, l’ustekinumab semble plus efficace que le vedolizumab à court et à long termes chez les patients avec MC réfractaire aux anti-TNF.

Remerciements