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C.135 - Contre-indication aux anti-TNFα : prévalence, solution alternative et ses déterminants. Une étude transversale de 1 314 patients

A. Amiot, P. Seksik, J.M. Reimund, M. Nachury, R. Altwegg, A. Bourreille, S. Viennot, M. Fumery, X. Roblin, M. Serrero, M. Allez, C. Painchart, E. Chanteloup, L. Vuitton, G. Fotsing, A. Buisson, S. Nancey, C. Gilletta de Saint-Joseph, L. Plastaras, V. Abitbol, L. Guillo, M. Simon, S. Nahon, D. Laharie, L. Peyrin-Biroulet, G. Bouguen

Introduction

Les contre-indications aux anti-TNF au cours de la maladie de Crohn (MC) sont considérées comme rares mais il n’existe pas de données fiables au sein de cohorte de vraie vie. En cas de contre-indication aux anti-TNF, l’ustekinumab et le vedolizumab sont deux des alternatives médicamenteuses.  L’objectif de cette étude était de déterminer la prévalence des contre-indications aux anti-TNF en vie réelle et d’étudier les solutions alternatives et leurs déterminants.

Patients et Methodes

Trente-et-un centres français spécialisés ont été sollicités en septembre 2020 pour participer à cette étude transversale de deux semaines. Il s’agissait d’une enquête à partir d’un questionnaire standardisé et anonyme, rempli par les cliniciens à propos de tous les patients consécutifs atteints de MC vus en hôpital de jour ou en consultation dans les centres participants. Le questionnaire comportait des informations démographiques, des informations relatives à la MC et à ses traitements actuels et passés. Il était également demandé d’indiquer l’existence d’une contre-indication aux anti-TNF et de la préciser le choix alternatif en cas de contre-indication (ustekinumab, vedolizumab ou tofacitinib). Enfin, il était demandé aux praticiens d’indiquer leur biothérapie de préférence (anti-TNF, ustekinumab, vedolizumab, tofacitinib) dans l’hypothèse d’un nouveau choix de première de biothérapie en l’absence de restriction de remboursement. 

Résultats

Un total de 1314 patients ont été inclus (47,3% d’hommes ; âge médian 40,0 (30,0-52,0) ans; durée médiane d’évolution 12,3 (6,3-20,3) ans; 71,0% de patients en rémission clinique lors d’une évaluation subjective par le praticien). La plupart des patients étaient traités par anti-TNF (58,9%) mais également par ustekinumab (11,3%), vedolizumab (6,6%), immunosuppresseur (4,5%), 5-ASA (2,5%) et tofacitinib (0,6%). Il n’existait aucun traitement chez 14,8% des patients.

Une contre-indication aux anti-TNF était identifiée chez 148 (11,5%) patients. Les contre-indications absolues (n = 32, 2.4%) étaient liées à une sclérose en plaque chez 8 patients, une insuffisance cardiaque congestive NYHA 3-4 chez 6, un néoplasie concomitante chez 6, un risque infectieux chez 6 et un antécédent d’intolérance aux anti-TNF chez 6. Les contre-indications relatives (n = 116, 8.8%) étaient liées à un antécédent néoplasique chez 43 patients, un risque infectieux chez 36, des comorbidités multiples chez 21, un antécédent d’intolérance aux anti-TNF chez 9 et un lupus chez 7. Concernant le choix alternatif en cas de contre-indication aux anti-TNF, les praticiens se sont portés en faveur de l’ustekinumab dans 75,6% et du vedolizumab dans 23,9%. En analyse multivariée, le choix préférentiel du vedolizumab était associés à un âge > 60 ans, un phénotype colique pur de la maladie de Crohn (L2) et à l’absence de lésion anopérinéale. A l’inverse, le choix de l’ustekinumab était préféré en cas de phénotype iléal (L1), de présence de lésions anopérinéales et de traitement actuel par infliximab. Enfin, la préférence des praticiens dans l’hypothèse d’un nouveau choix de première ligne de biothérapie en l’absence de restriction de remboursement se portait en faveur d’un anti-TNF dans 78,2% des cas, et de l’ustekinumab dans 13,9% et du vedolizumab dans 7,8%. En analyse multivariée, le choix d’un anti-TNF au détriment des autres biothérapies était augmenté en cas de phénotype fistulisant (B3 ; RR = 1,87. IC95%[1,36-2,47] ; p = 0,009), de présence de lésions anopérinéales (HR = 2,39 ; IC95%[1,57-3,64] ; p < 0,001), de l’utilisation actuelle d’un anti-TNF (HR = 2,39 ; IC95%[1,53-3,03] ; p < 0,001) et diminué chez les patients âgés > 60 ans (HR = 0,45 ; IC95%[0,29-0,71] ; p = 0,001) et en cas de contre-indication à un anti-TNF (HR = 0,35 ; IC95%[0,22-0,56] ; p < 0,001).

Discussion

Conclusion

Au sein d’une large cohorte de patients atteints de MC, il existait une contre-indication aux anti-TNF chez 11,5% des malades, le plus souvent relative.

Remerciements

Cette étude a été soutenue de façon institutionnel par les laboratoires Takeda