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S0 - Correction complète et permanente de l'hyperbilirubinémie chez le rat Gunn par thérapie génique chez le nouveau-né

Aubert D, Bellodi-Privato M, Pichard V, Myara A, Ferry N
Introduction

La maladie de Crigler-Najjar de type 1 (CN1) se caractérise par l'absence complète d'activité de l'UDP-glucuronyltransférase (UGT1, EC 2.4.1.17) dans les microsomes hépatiques et entraîne une hyperbilirubinémie non-conjuguée très sévère. Le seul traitement curatif de la CN1 repose sur la transplantation hépatique. Le rat Gunn est un modèle naturel de CN1. Dans ce modèle nous avons montré que le transfert de gènes dans le foie par des rétrovirus recombinants permet une correction de l'hyperbilirubinémie. Cependant cette correction est transitoire et les hépatocytes corrigés sont éliminés rapidement par une réponse immune cytotoxique. Pour contourner cette réponse, nous avons envisagé de traiter des rats Gunn nouveaux nés dont le système immunitaire est immature.

 

Matériels et Méthodes

Nous avons construit des rétrovirus recombinants porteurs du cDNA humain de l'UGT1 placé sous contrôle du promoteur viral (LTR). Ces virus ont été pseudotypés par la protéine G du virus de la stomatite vésiculeuse (VSV-G). Les surnageants viraux ont été concentrés par ultracentrifugation pour atteindre des titres de 5 x 108 pi/mL. Les rétrovirus contrôle codant la ß-galactosidase d'E. Coli sont produits par la lignée TA7 avec un titre de 2 x 108 pi/mL. Deux groupes de rats Gunn homozygotes ont été injectés au deuxième jour de vie dans la veine temporale avec 200 µL de surnageant viral. Le groupe traité recevait des virus porteurs du cDNA humain de l'UGT1et le groupe contrôle des virus codant la ß-galactosidase. Par ailleurs un groupe de rats non-injectés servait de témoin. La bilirubinémie a été déterminée 6 semaines après l'injection, puis tous les mois. Des prélèvements de bile étaient effectués pour analyser la présence de dérivés conjugués par HPLC. Au moment du sacrifice, le foie, la rate, les poumons et la moelle étaient analysés en PCR pour évaluer la dissémination. Enfin, le génotype des rats était vérifié par polymorphisme du site BstN1 sur des fragments de PCR.

 

Résultats

Chez les rats témoins non-injectés, la bilirubinémie moyenne était constamment élevée dès la 6ème semaine (76 ųM) et atteignait son maximum à 14 semaines (124 ųM). Dans le groupe contrôle, injecté avec les virus ß-galactosidase, les valeurs étaient similaires. En revanche, dans le groupe traité les chiffres de bilirubinémie étaient dans les valeurs de la normale et restaient inférieurs à 6 ųM jusqu'au 3ème mois. Le suivi à long terme des animaux est en cours. L'analyse de la bile par HPLC montrait la présence de dérivés conjugués de la bilirubine uniquement chez les animaux traités. Les premiers résultats de l'analyse de la dissémination montre une transduction préférentielle des hépatocytes dans ce modèle.

 

Conclusion

Cette étude représente la première démonstration d'une correction complète et permanente du déficit génétique chez le rat Gunn. Elle souligne l'importance de la réponse immunitaire dans le succès de la thérapie génique des hépatopathies héréditaires et nous espérons qu'elle ouvre la voie à une nouvelle approche thérapeutique de cette maladie.