JFHOD

C.090 - De la version 3 à la version 4 de la classification de Chicago : modification de diagnostic et implications cliniques

M. Sallette, F. Mion, J. Lenz, S. Roman

Introduction

Les troubles de la motricité œsophagienne sont définis avec la manométrie haute résolution (MHR) par la classification de Chicago (CC).  Avec le gain d'expérience clinique et l'augmentation des publications au fil des ans, la CC a évolué pour devenir plus pertinente cliniquement. Une nouvelle version (CC4) a été récemment publiée. Notre objectif était de comparer la fréquence des troubles de la motricité œsophagienne diagnostiqués avec les deux dernières versions (CC3 et CC4) et d'évaluer la sévérité des symptômes en fonction du diagnostic.

Matériels et méthodes

De juin 2020 à décembre 2020, les patients ayant bénéficié d’une MHR œsophagienne avec 10 déglutitions en position couchée et 5 en position assise ont été inclus.  Ils ont rempli des questionnaires standardisés (questionnaire sur le reflux gastro-œsophagien (GERDQ), score d'Eckardt, questionnaire court de dysphagie (QCD), échelle d'hypervigilance et d'anxiété œsophagienne (EHAO)). Les tracés de MHR ont été revus rétrospectivement par un seul investigateur et les troubles de la motricité œsophagienne ont été classés selon la CC3 et la CC4. Les données catégorielles ont été exprimées en pourcentage et les données continues en médiane (extrêmes). Le test du chi2 et des tests non paramétriques ont été utilisés pour comparer les données.

Résultats

Cent trente-deux patients ont été inclus (73 femmes, âge moyen 52 ans). 

Avec la CC3, 9 patients (7 %) avaient un défaut de la relaxation de la jonction oeso-gastrique (JOG), 8 (6 %) des troubles majeurs du péristaltisme, 63 (48 %) un syndrome de motricité inefficace (SMI) et 50 (39 %) étaient normaux. 

Avec la CC4, 7 patients (5 %) avaient un défaut de la relaxation de la JOG, 48 (37 %) des troubles du péristaltisme œsophagien et 75 (58 %) étaient normaux. Le diagnostic a changé chez 28 patients (21 %) : 2 patients diagnostiqués comme achalasie avec la CC3 ont été reclassés en obstruction de la JOG avec la CC4 en raison de la présence de contractions prématurées et normales, 2 défauts de relaxation de la JOG sont devenus respectivement normal et SMI en raison d'une pression de relaxation intégrée normale en position assise, et 24 patients avec SMI avec la CC3 sont devenus normaux avec la CC4. 

Le score QCD était significativement plus élevé chez les patients présentant un défaut de relaxation de la JOG par rapport à ceux présentant un SMI avec la CC3 (22 (0-34) vs 1,50 (0-28), p= 0,04) ainsi qu’avec la CC4 (25 (0-34) vs 0 (0-19), p= 0,01). Ce score était également significativement plus élevé chez les patients présentant des troubles majeurs du péristaltisme (absence de contraction œsophagienne, œsophage hypercontractile et spasmes œsophagiens) par rapport à ceux présentant un SMI dans les deux versions de CC (12 (10-37) vs 2 (0-28), p= 0,01 pour CC3 et 11 (10-37) vs 0 (0-19), p= 0,01 pour CC4). Ceci était également vrai chez les patients avec un trouble majeur du péristaltisme par rapport à ceux avec une motricité normale dans la CC3 comme dans la CC4 (12 (10-37) vs 3 (0-33), p= 0,009 pour CC3 et 11 (10-37) vs 3 (0-33), p=0,04 pour CC4). 

Le score EHAO ne différait pas entre les différentes catégories de la CC3 et de la CC4. Parmi les 63 diagnostics de SMI avec la CC3, 24 (39%) sont devenus normaux avec la CC4.  Le score GERD-Q était plus élevé chez les patients avec un SMI présent avec la CC3 et la CC4 par rapport à ceux diagnostiqués SMI avec la CC3 et normaux avec la CC4 (10 (6-16) vs 8 (3-15), p=0,022).

Discussion

Conclusion

La CC4 diminue la fréquence des diagnostics de SMI et de défaut de la relaxation de la JOG par rapport à la CC3. Les patients diagnostiqués avec un SMI avec les deux versions de la CC avaient un GERD-Q plus élevé par rapport aux SMI qui devenaient normaux avec la CC4. Cela suggère que la CC4 pourrait identifier de façon plus pertinente les patients avec une SMI cliniquement significatif, possiblement en lien avec un RGO. 

Remerciements