JFHOD

CO.90 - Développement d’un score diagnostique de l’ischémie mésentérique aiguë : une étude transversale

A. Nuzzo, A. Huguet, K. Peoc'h, S. Curac, Y. Castier, L. Maggiori, M. Ronot, A. Tran-Dinh, E. Weiss, Y. Bouhnik, C. Paugam, N. Gault, O. Corcos

Introduction

L’ischémie mésentérique aiguë (IMA) est une urgence vasculaire et digestive vitale. En dehors de centres dédiés  et malgré les progrès en imagerie, chirurgie et réanimation sa morbi-mortalité reste dramatiquement élevée, attribuée à un diagnostic et une thérapeutique adaptée trop tardifs. La présentation clinique de l’IMA n’étant pas spécifique, son identification au sein des autres urgences abdominales reste un défi majeur en gastroentérologie et médecine d’urgence. L’objectif de ce travail était de calculer un score clinique simple pouvant aider le diagnostic précoce de l’IMA.

Patients et Methodes

Dans une étude transversale menée entre janvier 2016 et janvier 2018 ont été inclus prospectivement 1) les patients admis dans notre unité spécialisée pour une IMA confirmée par angioscanner et 2) des témoins admis aux urgences du même hôpital pour douleur abdominale aiguë non ischémique. Les données épidémiologiques, cliniques et biologiques disponibles au diagnostic des cas et des témoins ont été comparées en analyse uni et multivariée (régression logistique). Les variables indépendamment associées au diagnostic d’IMA ont été inclues dans un score diagnostique simplifié (où chaque facteur représente 1 point). La performance diagnostique du modèle a été évaluée par l’analyse de la courbe ROC avec calcul de l’aire sous la courbe (AUC), des valeurs prédictives négatives (VPN), positives (VPP) et de sa calibration.

Résultats

Nous avons inclus 137 patients dont 52 cas d’IMA et 85 témoins. La population d’IMA [âge median 65 ans (55-74), 19 femmes] incluait des causes artérielles et veineuses dans respectivement 65% et 35% des cas. La population des témoins incluait des douleurs abdominales d’origine infectieuse (n=20 ; 10 sigmoïdites, 5 appendicites, 5 autres), inflammatoire (n=15 ; 8 néoplasies intra-abdominales évolutives, 7 poussées de MICI), obstructive mécanique (n=13), fonctionnelles (n=13), pancréato-biliaires (n=12), uro-génitales (n=11) et une méningococcémie. Le traitement de l’IMA associait une antiagrégation plaquettaire (n=34, 100% des IMA artérielles), une anticoagulation (n=51, 98%), une antibiothérapie orale (n=51, 98%) et une antibiothérapie intraveineuse (n=21, 40%). Une revascularisation était réalisée chez 30 patients (88% des IMA artérielles) dans un délai médian de 14 heures (3-24). Enfin, une laparotomie était nécessaire chez 18 patients (35%), aboutissant à une résection intestinale dans 12 cas (23%). Après analyse multivariée, 3 facteurs indépendamment associés au diagnostic d’IMA ont été identifiés : le caractère brutal de la douleur (OR=13, IC95% : 3.3 – 52, p<0.001), son intensité requérant des morphiniques (OR=7.6, IC95% : 2 – 29, p =0.003) et une protéine C-réactive > 20 mg/L (OR=12.2, IC95% : 2.6 – 58, p=0.002). Le risque d’IMA était de 0%, 22%, 68% et 90% en présence de 0, 1, 2 et 3 facteurs. La VPN était de 100% en l’absence de facteur et la VPP était de 86% en présence des 3 facteurs. L’aire sous la courbe ROC pour le diagnostic d’IMA était de 0.87 (IC 95% : 0.80 – 0.93). La calibration du modèle était satisfaisante (Hosmer & Lemeshow test, p=0.22).

Discussion

Conclusion

Cette étude est la première proposant un score diagnostique simple, disponible dès l’admission du patient, guidant le diagnostic d’urgence de l’IMA, à partir d’une population représentative des principales urgences abdominales. De façon intéressante, la valeur prédictive négative du score est de 100% en l’absence de ces 3 facteurs. Ces résultats suggèrent qu’en l’absence ou en présence de ces facteurs, le diagnostic d’IMA pourrait être éliminé ou suspecté, indiquant alors sa confirmation par un angioscanner adapté. 

Remerciements