JFHOD

CO.17 - Devenir de la colite ischémique modérée à sévère : étude rétrospective monocentrique

C. Somsouk, C. Gagnière, N. de'Angelis, N. Petitdidier, J. Tannoury, F. Mesli, M. Lévy, F. Brunetti, I. Sobhani, A. Amiot

Introduction

La colite ischémique est la 2ème cause d’hémorragie digestive basse et l’atteinte digestive vasculaire la plus fréquente. La sévérité de la colite ischémique repose sur l’importance des lésions endoscopiques bien qu’aucune classification n’ait été validée à cet effet et sur son retentissement général. Le but de cette étude était d’évaluer le pronostic des colites ischémiques modérées à sévères en termes de survie et de recours à la chirurgie (habituellement recommandée en cas de stade 3 ou de stade 2 associé à une défaillance hémodynamique) et d’en déterminer les facteurs pronostiques associés notamment endoscopiques.

Patients et Methodes

De Janvier 2013 à Décembre 2016, 129 patients (87  hommes ; âge médian : 68  [IQR: 36-95] ans) atteints de colite ischémique sévère (grade 2 ou 3), ont été inclus de façon rétrospective dans cette étude. Les patients ont été identifiés en utilisant à la fois les systèmes de codage intrahospitalier (PMSI) mais également les bases de données des services d’endoscopie digestive, de chirurgie digestive et des différentes réanimations de l’hôpital. Les patients n’ayant pas eu d’endoscopie digestive (n = 31), ayant une colite ischémique de stade 1 (n = 38) et les patients présentant une ischémie mésentérique (n = 10) ont été exclus de cette étude. L’analyse a porté sur la mortalité globale, la mortalité spécifique à la colite ischémique et sur le recours à la chirurgie à 7 et 30 jours, à la fin du suivi. Les analyses statistiques ont été réalisées par les tests du chi² et une régression logistique binaire pour les analyses à 7 et 30 jours et sur la méthode de Kaplan-Meier, les tests du log-rank et des modèles de Cox pour le suivi au-delà de 30 jours.

Résultats

129 colites ischémiques modérées à sévères ont été diagnostiquées dont 60 (47%) de stade 2 et 69 (53%) de stade 3. Le suivi médian était de 1,6 [0,2-13,3] mois. La colite ischémique était spontanée dans 72 cas (56%) et secondaire à une chirurgie cardiovasculaire dans 57 (44%). Le délai diagnostique médian était de 2,0 [1,0-4,0] jours pour les colites ischémiques spontanées et de 3,5 [2,0-8,0] pour les colites ischémiques postopératoires. Au diagnostic, 48 patients étaient préalablement traités par antiagrégant plaquettaire. Les taux de colectomie étaient de 28%, 30% et 30% à J7 et J30 et en fin de suivi, respectivement. En analyse multivariée, les facteurs pronostiques de colectomie était l’existence d’une chirurgie aortique préalable (OR = 3,92 [1,42-10,97], p = 0.008) et une hyperlactacidémie > 2,7 mmol/L au diagnostic (OR = 2,92 [1,18-7,25], p = 0.02). Les taux de mortalité globale et spécifique de la colite ischémique étaient de 26% et 19% à J7, de 38% et 26% à J30 et de 51% et 26% aux dernières nouvelles, soulignant l’impact ultérieur des comorbidités cardiovasculaires sous-jacentes au décours de l’épisode de colite ischémique. La probabilité de mortalité globale était de 15%, 49%, 51% et 53% à 3, 6, 9 et 12 mois. En analyse multivariée, la mortalité globale était augmentée en cas d’hyperlactacidémie > 2,7 mmol/L au diagnostic (OR = 2,77 [1,56-4,93], p = 0,001) et de pH artériel < 7,3 au diagnostic (OR = 2,42 [1,39-4,22], p = 0,002) et diminuée en cas de prise préalable d’antiagrégant plaquettaire (OR = 0,49 [0,27-0,88], p = 0,03). Les performances diagnostiques de l’actuelle classification endoscopique montrait une sensibilité de 77% et une spécificité de 62% (AUROC 0,70, p < 0,001) en tenant compte d’ulcérations dites creusantes ou extensives et de e67% et 81% (AUROC 0,74, p < 0,001) en les excluant. Au sein du sous-groupe de colite ischémique stade 3 pour lequel une indication opératoire était théoriquement portée, seuls 28 (41%) patients  ont été opéré. La mortalité de la colite ischémique stade 3 était de 75% contre 54% chez les patients qui n’étaient pas opérés. En analyse multivariée, la chirurgie était plus fréquente chez les patients en situation postopératoire (OR = 8,20 [1,75-38,46], p = 0.008) et atteints préalablement par une artériopathie oblitérante des membres inférieures (OR = 17,54 [1,94-166,67], p = 0.01) et diminuée chez les patients âgés de plus de 70 ans (OR = 0,10 [0,02-0,45], p = 0,003).

Discussion

Conclusion

La mortalité de la colite ischémique sévère à modérée (stade 2 et 3) est élevée dans plus de la moitié des cas. Le recours à la chirurgie est disparate et n’améliore paradoxalement pas le pronostic des patients, l’indication opératoire ne répondant pas toujours à des critères de gravité de la colite ischémique mais plus au terrain du patient. L’apport de l’endoscopie n’a pas de valeur pronostique et devrait faire l’objet de travaux prospectifs coordonnés couplant l’endoscopie à la tomodensitométrie.

Remerciements