JFHOD

CO.100 - Diagnostic non invasif de la fibrose hépatique par élastométrie impulsionnelle au cours du sevrage alcoolique

L. Legros, E. Bardou-Jacquet, B. Turlin, S. Michalak, F. Oberti, A. Le Gruyer, K. Aziz, F. Vabret, G. Le Dreau, D. Guyader, R. Moirand

Introduction

La maladie alcoolique du foie est la cause la plus fréquente de cirrhose en Europe. Il est important de pouvoir dépister précocement la cirrhose dans la population à risque, notamment les patients pris en charge pour alcoolodépendance. Le bénéfice individuel du diagnostic précoce est certain. Pourtant, aucun marqueur non invasif de fibrose n’est validé, notamment devant la variabilité de la valeur de l’élastométrie impulsionnelle avec la consommation d'alcool, la cytolyse et la stéatose. Le but de cette étude était de déterminer si l'élastométrie pouvait éliminer une fibrose sévère et une cirrhose lors d'une hospitalisation pour sevrage alcoolique.

Patients et Methodes

Nous avons mené une étude prospective, multicentrique, incluant des patients buveurs excessifs (plus de 21 unités standards par semaine pour l’homme, 14 pour la femme) depuis plus de 5 ans, hospitalisés pour un sevrage alcoolique et suspects d’être atteints d’une maladie alcoolique du foie (cytolyse prédominante en ASAT > 1,5 LSN et élévation de la GGT), mais ne présentant pas de cirrhose évidente sur les données cliniques et para cliniques. Les patients sevrés depuis plus de 10 jours avant la biopsie ou ayant une autre maladie du foie étaient exclus. L’élastométrie impulsionnelle était mesurée grâce au Fibroscan. La validité de l’élastométrie était définie par une valeur < 7,1 kPa ou ≥ 7,1kPa avec IQR/médiane ≤ 0,3. Une biopsie hépatique était réalisée dans les suites immédiates ; le score de fibrose selon METAVIR était considéré comme la référence.

Résultats

Entre février 2013 et avril 2017, 1733 patients ont été évalués, 307 ont été inclus. Les données préliminaires de cette étude portent sur 152 de ces 307 patients inclus ; 77% étaient des hommes, l’âge médian était de 45 ans [38-52]. La consommation d’alcool était de 112 unités standards [50-170] par semaine, excessive depuis 15 ans [10-24]. A l’inclusion, les ASAT étaient à 105 UI/l [71-140], ALAT 66UI/l [45-96], GGT 407UI/l [185-890].

Sur le plan histologique, 24 patients étaient F4, 13 patients F3 et 115 patients F0-F1-F2. La stéatose était estimée à 25% [11-60] ; chez 36% des patients étaient décrites des lésions de stéato-hépatite.

Cent-quarante-deux élastométries étaient interprétables, 8 étaient invalides et 2 non réalisables techniquement. Les valeurs d’élastométrie étaient corrélées aux niveaux d’ASAT (p=0,02), de GGT (p< 0,0001), de BMI (p=0,009), de stéatose (p=0,04), et à la présence de stéato-hépatite (p< 0,0001).

L’élastométrie était à 5.9kPa [4,3-7,9] dans le groupe de patients ayant une fibrose ≤ F2, 17,8kPa [11,2-29,8] dans le groupe F3 et 30,4kPa [17,7-51,6] dans le groupe F4.

Avec un seuil de 7,6kPa, l’élastométrie permettait d'éliminer la fibrose ≥ F3 avec une sensibilité et une valeur prédictive négative de 100%, une spécificité de 72% et une valeur prédictive positive de 52% (AUC 0,96). Le seuil de 13,3kPa permettait d'éliminer la cirrhose avec une sensibilité et une valeur prédictive négative de 100%, une spécificité de 88% et une valeur prédictive positive de 58% (AUC 0,95). Une seconde élastométrie un mois après la biopsie hépatique était < 13,3 kPa chez 33% des patients initialement considérés comme des faux positifs. Le maintien du sevrage pendant un mois n’était pas corrélé à l’évolution de l’élastométrie, des transaminases et de la GGT. 

Discussion

Conclusion

L’élastométrie impulsionnelle <13,3 kPa permet d’éliminer la cirrhose dans la maladie alcoolique du foie, quelque soit les valeurs de transaminases, de GGT, de BMI et de stéatose. Son utilisation permet d’éviter la biopsie hépatique chez 87% des patients.

Remerciements