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CO.143 - Diagnostics et impact thérapeutique d’une endoscopie oeso-gastro-duodénale systématique concomitante d’une coloscopie pour test immunologique de dépistage du cancer colorectal positif : étude rétrospective dans un centre hospitalo-universitaire en France

O. Planade, B. Dessomme, N. Chapelle, M. Verdier, E. Duchalais, E. Coron, J.F. Mosnier, T. Matysiak-Budnik, Y. Touchefeu

Introduction

En France, le programme de dépistage organisé du cancer colorectal repose sur la réalisation d’un test immunologique fécal (TIF) tous les 2 ans, suivi d'une coloscopie en cas de test positif. L'intérêt d'une endoscopie oeso-gastro-duodénale (EOGD) concomitante à la coloscopie de dépistage, pour détecter des lésions digestives hautes (précancéreuses ou autres) est toujours débattu, et plusieurs études, provenant de différents pays européens, ont montré des résultats discordants.

Notre objectif était d'évaluer la fréquence des lésions digestives détectées par l’EOGD et leur l’impact sur la prise en charge des patients, chez des sujets consultant pour TIF positif en France.

Patients et Methodes

Les données de tous les patients ayant consulté pour un TIF positif entre mai 2016 et mai 2019 dans notre centre, et chez qui une EOGD concomitante d’une coloscopie a été réalisée, ont été analysées rétrospectivement. L’EOGD a été réalisée à titre systématique (analyse principale) ou en raison de symptômes ou d'autres indications. Une EOGD a été considérée comme ayant un impact thérapeutique si le diagnostic modifiait la prise en charge des patients (surveillance, traitement médical, endoscopique ou chirurgical). Les facteurs de risque d’impact thérapeutique ont été évalués par régression logistique.

Résultats

Parmi 143 patients inclus, l’analyse principale a porté sur les 100 pour lesquels l’EOGD a été réalisée systématiquement alors qu’il existait des indications pour 43 patients.

Dans le groupe principal (64 hommes, âge médian de 62 ans, [50-75]), la coloscopie a révélé dans 37% des cas (n = 37/100) un cancer colorectal ou un adénome avancé. L’EOGD systématique a révélé dans 58% des cas (n = 58/100) des lésions macroscopiques et/ou microscopiques, dont 17 infections à Helicobacter pylori diagnostiquées par l'histologie, 9 lésions précancéreuses gastriques (gastrite chronique atrophique avec métaplasie intestinale n=8, dysplasie de bas grade n=1), et 4 endobrachyoesophages. 44% de ces examens (n = 44/100) avaient un impact thérapeutique, sans différence significative selon que la coloscopie ait révélé ou non un cancer colorectal ou un adénome avancé. En analyse multivariée, seul le statut tabagique actif était associé de manière significative à l'impact thérapeutique (OR 4.699, IC95% [1.242-17.1786], p = 0,023).

Lorsqu’il existait une indication à l’EOGD, la plus fréquente était un traitement par inhibiteur de la pompe à protons (n = 20), suivi par des symptômes digestifs hauts (n = 10). Chez 65% (n = 28/43) des patients avec indications à une EOGD, des lésions macroscopiques et/ou microscopiques ont été constatées avec un impact thérapeutique chez 58% des patients (n = 25/43).

L’impact thérapeutique n’était pas significativement différent selon que l’EOGD fut réalisée systématiquement, ou pour des indications.

Discussion

Conclusion

Une EOGD systématique met en évidence des lésions macroscopiques et/ou microscopiques chez plus de 50% des patients consultant pour un TIF positif. Il existe un impact sur la prise en charge des patients dans plus de 40% des cas, avec plus de 10% de lésions précancéreuse digestives hautes détectées. Ces résultats ne semblent pas liés aux résultats de la coloscopie. Une EOGD systématique couplée à la coloscopie pour TIF positif pourrait représenter une stratégie de dépistage de lésions digestives haute en France, les deux examens étant réalisés durant la même anesthésie, sans surcoût hospitalier.

Remerciements