JFHOD

CO.31 - Dysfonction sexuelle et impact du syndrome de l’intestin irritable chez les patients et les conjoints

J.M. Sabaté, P. Ducrotté, P. Rivière, M. Dapoigny, G. Macaigne, F. Mion, F. Iglicki, M. Bouchoucha, S. Facon, A. Blanchard, A. Entremont, P. Jouet

Introduction

Bien qu’étant une maladie bénigne le syndrome de l’intestin irritable  (SII), qui associe douleurs abdominales et troubles du transit, peut dégrader la qualité de vie dans tous ses domaines. Des études réalisées aux USA ont montré que la maladie pouvait altérer la sexualité chez deux tiers des patients et avoir parfois un retentissement sur le conjoint. Notre but était de déterminer dans une cohorte française de patients la prévalence d’une éventuelle dysfonction sexuelle et ses liens avec les caractéristiques du SII, ainsi que l’impact du SII sur la qualité de vie du conjoint.

Patients et Methodes

Cette étude en ligne  a été réalisée après accord CNIL parmi les adhérents de l’Association des Patients Souffrant du SII (APSSII). Pour les membres avec SII étaient saisies les données démographiques et les caractéristiques de la maladie : durée d’évolution, sous-type selon transit, sévérité (IBS-SSS), qualité de vie (IBS-QoL), et état d’anxiété dépression (score HAD). La recherche d’une dysfonction sexuelle était réalisée par le score FSFI chez la femme (19 questions, 6 domaines, anormal si < 26,55, score min 2- max 36) et chez l’homme par le IIEF (15 questions, 5 domaines, anormal si <42,9 et dysfonction érectile si < 26). La recherche de l’impact de la maladie sur le conjoint était réalisée chez des conjoints volontaires de membre participant à l’étude, leur âge, sexe, et un questionnaire d’évaluation du fardeau étaient renseignés. Ce score (Zarit et al. 1) comprend 22 items avec un score allant de 0 à 88 ; <20 = charge nulle, 21- 40 charge légère, 41 -60 charge modérée, >60 charge sévère ; par exemple des études ont montré chez des conjoints un score moyen de fardeau à 32,9 pour une démence et à 18,5 pour une phase terminale de cancer.

Résultats

(moy±SD) 257 patients (73,2% F), d’âge moyen 46,3 ±16,15 ans, avec une durée évolution  de la maladie de 7,5±9,8 ans ont été inclus. Les différents sous types selon le transt étaient : SII-D 33,7% ; SII-C 21,4% et SII-A 42,9%. Une coloscopie avait été réalisée chez 85,7% des participants et 66,9% des participants étaient en activité au moment de l’enquête. Parmi les participants avec SII, 33,5% de femmes étaient ménopausées ; 5,8% des hommes avaient eu une  chirurgie de la prostate ;  62,6% avaient une activité physique, 2% un diabète, 11,4% une HTA, 6,6% prenaient des Beta bloquants,  et 30% des antidépresseurs et/ou anxiolytiques. Le score HAD-A était à 11,6±3,9; HAD-D à 7,9 ±4,04, HAD total à 19,5±6,67 ; le score de Francis (IBS-SSS) était à 340 ±70 avec un SII de sévérité moyenne pour 31,3% et sévère chez 68,7% ; le score fatigue était à 46,68±13,03. Le score de qualité de vie IBS-QoL était à  60,9±17,8  avec un sous-score de sexualité à 48,31±33,5. Une dysfonction sexuelle était présente chez 67,5% des femmes et chez 53,3% des  hommes avec une dysfonction érectile moyennement sévère chez 38,3% et sévère chez 20%. Chez les hommes le score de Francis était corrélé à l’IBS-QoL (r=0,304 : p= 0,005), au score HAD-D, et au score de dysfonction érectile (r=-0,25, p=0,028) ; le score de dysfonction sexuelle n’était corrélé qu’au score de dysfonction érectile (r=0,712 ; p<0,0001).  Chez les femmes le score de Francis était corrélé au score HAD total (0,351 : p<0,0001) et à ses sous-scores, au score de fatigue (r=0,388 ; p<0,0001), à l’IBS-QoL (0,387 ; p<0,0001) mais pas au score de dysfonction sexuelle. Quarante-sept conjoints de participants, d’âge moyen 44,65±14,38 ans (Hommes 63,8 %) avaient également répondu à l’enquête. Le score de fardeau de Zarit moyen était à 23,65 ± 16,68 ; 50% ressentaient une charge nulle, 36,8% une charge légère, 10,5% une charge modérée et 2,6% une charge sévère (soit 13,11% une charge modérée à sévère).

Discussion

Conclusion

Dans cette enquête réalisée chez des patients avec SII dont la plupart sont sévères il existait une dysfonction sexuelle chez 2/3 des femmes et une dysfonction sexuelle et érectile sévère à moyenne sévère chez plus d'un homme sur deux. Cette étude confirme aussi que dans un cas sur deux la qualité de vie des conjoints est également impactée par le SII.

Remerciements