Dysphagie (difficulté à avaler)

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Date de publication: 
Avril, 2014

Dysphagie (difficulté à avaler)

1. Qu'est-ce que la dysphagie ?

C’est une sensation d’obstacle ou de gêne au passage des aliments après leur déglutition.

2. Est-elle fréquente ?

Oui, c’est un symptôme assez fréquent, qui peut être en rapport avec des causes variés, bénignes ou malignes (voir tableau du chapitre 8).

3. Quels sont les facteurs favorisants ?

Les causes de dysphagie différent en fonction du type de dysphagie, soit oro-pharyngée soit oesophagienne.

Les principales étiologies (causes) sont indiquées dans le tableau du chapitre 8.

4. Quels en sont les symptômes ?

Voir chapitres 1 et 5.

5. Comment fait-on le diagnostic ?

L’interrogatoire est le temps capital.

Le diagnostic est simple. Il ne faut cependant pas confondre dysphagie et :
  - manque d’appétit (anorexie) ;
  - lenteur de digestion et sensation de satiété précoce (dyspepsie) ;
  - douleur lors de la progression des aliments dans l’œsophage (odynophagie) ;
  - sensation de serrement au niveau du cou, lié à l’anxiété (globus hystericus), car, dans toutes ces situations, il n’y a pas de sensation de blocage après la déglutition.

L’interrogatoire permet de distinguer les 2 types de dysphagie :

  • Dysphagie oro-pharyngée
    C’est une difficulté à initier la déglutition et à propulser les aliments dans l’œsophage. Le blocage est ressenti au niveau du cou.
  • Dysphagie œsophagienne

    C’est une sensation de blocage ou de gêne à la progression des aliments ressentie dans la poitrine, derrière le sternum.

6. Quels bilans/examens doit-on faire ?

  • Dysphagie oro-pharyngée
    Le bilan recherche une cause ORL ou neurologique.
  • Dysphagie œsophagienne
    Le bilan de 1ère intention comporte les étapes suivantes :

- Interrogation
Une dysphagie pour les aliments « solides » (pain, viande…) évoque une sténose « organique » (due à un obstacle tumoral ou inflammatoire), alors qu’une dysphagie pour les liquides (dysphagie paradoxale) est en faveur d’un trouble moteur de l’œsophage.

- Endoscopie œso-gastro-duodénale (EOGD)
C’est l’examen le plus performant pour la détection des tumeurs (cancer de l’oesophage…) ou d’une oesophagite. Il permet de faire des biopsies, parfois après un repérage avec des colorants (bleu de méthylène, lugol) diffusés sur la muqueuse. Des biopsies systématiques, faites en l’absence de lésion visible, peuvent être utiles afin de détecter des maladies non visibles à l’œil nu lors de l’endoscopie.

- Autres examens
Dans certains cas, il peut être nécessaire d’avoir recours aux examens suivants :

• Scanner thoracique : il permet par exemple en cas de cancer de l’œsophage d’évaluer l’extension en profondeur (vers le médiastin) et vers les ganglions (adénopathies)

• Echo-endoscopie : c’est l’introduction par la bouche (généralement sous anesthésie générale) d’un endoscope muni d’une sonde d’échographie.
C’est l’examen le plus performant pour l’analyse des différentes couches de la paroi de l’œsophage (extension en profondeur d’un cancer…) et des ganglions qui l’entourent.

• Manométrie œsophagienne : cet examen permet la mesure des pressions dans l’œsophage au moyen d’une sonde introduite par le nez.
Elle est réalisée lorsque l’endoscopie est normale ou ne permet pas d’expliquer la dysphagie. Elle permet de faire le diagnostic d’un trouble moteur de l’œsophage (achalasie par exemple).

• Radiographie de l'œsophage (transit baryté) : parfois réalisée si l’endoscopie est incomplète en raison d’un rétrécissement (sténose) trop serré pour permettre son franchissement par l’endoscope, ou en complément de la manométrie œsophagienne.

7. Quels sont les traitements ?

Ils doivent être adaptés à la cause de la dysphagie (voir tableau du chapitre 8).

8. Quel est le pronostic ?

Il dépend de la cause.


PRINCIPALES CAUSES DE DYSPHAGIE


Dysphagie oro-pharyngée

ORL

Pharyngite, angine

Cancer

Diverticule de Zenker (souvent associé à des régurgitations alimentaires)

Neurologiques

Accident vasculaire cérébral

Maladies du système nerveux central


Dysphagie oesophagienne 

Causes bénignes

Oesophagite

- due souvent à un reflux gastro-oesophagien (oesophagite peptique)
- les autres causes sont rares : radique1, à éosinophiles, infectieuse2.

Médicaments (en particulier si on avale certaine gélules en position couchée et sans boire suffisamment d’eau)

Achalasie (ou mégaoesophage idiopathique) et autres troubles moteurs de l’œsophage primitifs3 ou secondaires4

Causes malignes

Cancer épidermoïde (souvent dans un contexte alcoolo-tabagique)

Adénocarcinome (parfois développé sur muqueuse de Barrett5)

1) Due à une radiothérapie
2) Champignon : candida ; virus : herpès, cytomégalovirus (CMV)
3) Maladie des spasmes diffus de l’œsophage, œsophage « casse-noisettes »
4) Au cours d’un reflux gastro-eosophagien (RGO) ou de certaines maladies comme les collagénoses (sclérodermie, dermatomyosite…) ou des maladies qui touchent l’innervation (diabète, amylose, myasthénie)
5) La muqueuse de Barrett est aussi appelée endobrachyoesophage (EBO). C’est le remplacement de la muqueuse de type oesophagien (épidermoïde) par une muqueuse de type glandulaire.