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CO.015 - Effets de la pandémie du COVID-19 et du confinement chez des patients atteints du syndrome de l’intestin irritable (SII) et chez des sujets non-SII

J.M. Sabaté, D. Deutsch, C. Melchior, A. Entremont, F. Mion, M. Bouchoucha, S. Facon, J.J. Raynaud, F. Zerbib, P. Jouët

Introduction

La pandémie à COVID-19 représente un stress multidimensionnel avec la peur d’être infecté ou d’infecter ses proches, avec la privation de liberté lié au confinement, et les craintes financières liées à la pandémie et ses conséquences. Il a été montré que la résistance à ce type de stress nécessite des capacités d’adaptation (coping) qui peuvent être déficiente en cas de SII. Cette étude visait à analyser les conséquences du confinement et du stress pandémique chez des participants ayant ou non un syndrome de l’intestin irritable (SII).

 

Patients et Methodes

Une enquête en ligne a été proposée à des personnes atteintes ou non SII pendant la phase exponentielle de la pandémie. Le questionnaire comprenait des questions sur les données sociodémographiques, les caractéristiques du SII, les conditions de confinement, les activités réalisées, la mesure du niveau de stress, les conséquences sur le sommeil, la fatigue, l'anxiété et la dépression et la qualité de vie (mesurée par un questionnaire spécifique pour les patients avec SII et au moyen d’une échelle analogique pour les deux groupes).

Résultats

: du 31 mars au 15 avril 2020, 304 participants, 232 avec SII et 72 sans, ont été inclus dans l'enquête (âge moyen: 46,8 ± 16,8 ans, sexe féminin: 75,3%). La durée moyenne de la maladie était de 9,7 ± 0,8 ans, la proportion des différents sous-types de SII était les suivantes : SII-C 28%; SII-D: 30,2%; SII-M: 41,2%. Le score IBS-SSS moyen était de 274,8 ± 103,0 ( SII   sévère selon IBS-SSS dans 46,2%, modéré dans 32,8%, minime dans 17,2% et en rémission dans 3,4%). L'âge, le niveau d'éducation, les ressources financières, la surface habitable par personne et les activités exercées pendant le confinement étaient identiques dans les deux groupes. Le stress lié à la peur de la COVID-19, au confinement et aux soucis financiers était au même niveau dans les deux groupes. Les participants ayant un SII pensaient que le SII augmentait leur risque d’infection par le SRAS-CoV-2 dans 26,8% des cas et les exposait à une forme plus grave de la maladie dans 20,4%. Les conséquences psychologiques et l’altération de la qualité de vie (QoL) étaient toutes deux plus élevées chez les participants ayant un SII. Plus de participants SII que non-SII avaient une anxiété significative (HAD-A> 10, 52,6% vs 16,4%; p <0,001) et une dépression sévère (HAD globale> 19, 37,9% vs 12%; p <0,001); des anxiolytiques et des antidépresseurs ont été pris par 20,6% et des participants SII et par 5,8% et 7,3% des participants sans-SII. Chez tous les participants, le sexe féminin était associé à un score d'anxiété HAD plus élevé (10,3 ± 4,0 vs 8,3 ± 4,2; p <0,001), un score de dépression HAD similaire (6,6 ± 3,8 vs 6,6 ± 4,3; p = 0,907), avec un score de fatigue plus élevée (4,7 ± 1,5 vs 4,2 ± 1,7; p = 0,019), et avec une tendance à une QoL non spécifique plus altérée (74,9 ± 20,1 vs 69,2 ± 24,0; p = 0,09). Chez les participants SII, les femmes avaient un score d'anxiété HAD plus élevé que les hommes (10,9 ± 3,82 vs 9,56 ± 4,0 p = 0,027). Les participants ayant un SII ont estimé que leur maladie était modifiée dans 41,2%, avec une aggravation des symptômes dans 19,9% et une amélioration dans 21,3%. En analyse univariée, le télétravail, le fait d’être confiné seul et les faibles ressources du ménage avaient un impact sur les scores de dépression, d'anxiété, de fatigue et de qualité de vie perçue non spécifique, mais en analyse multivariée, le seul facteur expliquant une détérioration de la qualité de vie était le fait d’être atteint d’un SII.

Discussion

Conclusion

Le stress ressenti lié à la pandémie du COVID-19 et au confinement est élevé chez les participants avec et sans SII, avec des conséquences psychologiques et sur la qualité de vie plus élevées chez les patients ayant un SII. Compte-tenu d’un état de stress important et de conséquences psychologiques immédiates déjà présentes, il existe chez les patients avec un SII et chez les sujets sans SII un risque important de développer ultérieurement un stress post-traumatique.

Remerciements