JFHOD

CO.138 - Efficacité de la dissection sous-muqueuse pour les tumeurs superficielles du rectum atteignant la ligne pectinée

D. Roland, G. Rahmi, G. Perrod, S. Leblanc, J. Jacques, J. Albouys, S. Chaussade, C. Cellier

Introduction

La résection endoscopique est un traitement mini-invasif, conservateur d’organe, recommandé pour les tumeurs superficielles colorectales. En France, la dissection sous-muqueuse (DSM) est réservée aux polypes colorectaux de plus de 40 mm ou en cas de suspicion d’envahissement superficiel de la sous-muqueuse. L’atteinte de la ligne pectinée est une indication de DSM mais cette zone est techniquement difficile à réséquer. L’objectif de l’étude était d’évaluer pour la première fois en France, l’efficacité de la DSM pour les tumeurs superficielles du rectum atteignant la ligne pectinée.

Patients et Methodes

Cette étude française rétrospective multicentrique comparait l’efficacité de la DSM pour des tumeurs superficielles du rectum atteignant la ligne pectinée versus le reste du rectum, entre octobre 2013 et juillet 2017. Le critère de jugement principal était le taux de résection monobloc. Les critères de jugement secondaires étaient les taux de résection R0, de résection curative, de récidives, les complications, et la description des procédures.

Résultats

Un total de 232 DSM du rectum était inclus : 66 pour des lésions atteignant la ligne pectinée (groupe LP+) et 166 pour des lésions épargnant la ligne pectinée (groupe LP-). Le diamètre maximal moyen des lésions était de 60,5 mm et de 52,3 mm respectivement (p = 0,024). La durée moyenne de procédure était plus élevée dans le groupe LP+ (194 min versus 149 min), mais la vitesse moyenne de dissection n’était pas statistiquement différente (15,5 mm2/min). La durée d’hospitalisation moyenne était de 3,6 jours. Le taux de complication (7,4%) n’était pas statistiquement différent entre les deux groupes : 0,9% de perforation, 3,5% d’hémorragie retardée, 4,1% de sténose. Il y avait 62,2% d’adénomes, 22,6% d’adénocarcinomes intramuqueux, 4,8% d’adénocarcinomes T1sm1, et 7,8% de T1sm2-3 ou T2. Le taux de résection monobloc était de 89,4% dans le groupe LP+ et de 91% dans le groupe LP- (p = 0,713). En analyse multivariée, aucun critère n’était prédictif de la résection monobloc. Les taux de résection R0 (68,1%) et curative (65,5%) n’étaient pas statistiquement différents entre les deux groupes, mais tendaient à diminuer dans le groupe LP+. Parmi les critères de résection curative, seul l’envahissement des marges latérales était statiquement différent entre les groupes : 22,9% dans le groupe LP- versus 35,4% dans le groupe LP+ (p = 0,033). Le taux de récidive locale (3,2%) n’était pas statistiquement différent entre les groupes, mais tendait à être plus élevé dans le groupe LP+. La durée de suivi médiane était de 10 mois. Environ 4% des patients étaient opérés secondairement, le plus souvent pour critères histologiques défavorables après analyse de la pièce de résection endoscopique. Dans le groupe LP+, une douleur anale après DSM était présente chez 26,4% des patients.

Discussion

Cette étude est la première étude non japonaise confirmant la faisabilité et l’efficacité de la DSM pour les tumeurs superficielles du rectum atteignant la ligne pectinée avec un taux de résection monobloc élevé, comparable aux résultats rapportés par les japonais. En cas de résection non R0, toutes les récidives locales précoces (3/27) étaient traitées endoscopiquement. Cette étude confirme également la sécurité de la DSM pour la localisation pectinéale. Pour la prévention des douleurs anales, nous proposons l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens par voie orale associés à des laxatifs (diminution des douleurs au passage des selles) et à des traitements topiques (crème lidocaïnée sur vecteur, suppositoire anti-inflammatoire).

Conclusion

La DSM est une méthode sûre et efficace pour la résection des tumeurs superficielles du rectum atteignant la ligne pectinée. Elle apparaît comme la technique de choix dans cette localisation car la mucosectomie semble plus complexe et la résection chirurgicale transanale impossible. Nous proposons un protocole standardisé pour réaliser une DSM au niveau de la ligne pectinée.

Remerciements