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CO.133 - Efficacité de la neurolyse du plexus coeliaque par voie écho-endoscopique dans le cancer du pancréas non résécable

A. Boinette, J.B. Pretalli, I. Tchoumak, M. Stouvenot, S. Hadj Rhouma, A. Lopez, S. Koch, J.B. Chevaux, C. d'Engremont, L. Vuitton

Introduction

La douleur abdominale est un symptôme courant chez les patients atteints d'un cancer du pancréas avancé qui affecte fortement la qualité de vie. Les opioides sont le pilier de la gestion de la douleur, mais des douleurs réfractaires surviennent chez 10 % des patients. La neurolyse du plexus cœliaque guidée par écho-endoscopie (NPC-EE) représente une approche alternative pour soulager les douleurs. Les études disponibles sont hétérogènes en ce qui concerne les patients inclus et les critères d’évaluation de l’efficacité. L'objectif de cette étude était d'évaluer l'efficacité de la NPC-EE chez les patients atteints de cancers du pancréas non résécables en utilisant une définition stricte du contrôle de la douleur.

Patients et Methodes

Nous avons inclus rétrospectivement des patients de bases de données prospectives de deux centres hospitaliers universitaires présentant un cancer du pancréas inopérables et des douleurs nécessitant une antalgie par opiacés. Le niveau de douleur, évalué à l’aide d’une échelle numérique de la douleur (EVA), et la consommation quotidienne d'opioïdes (mg/j) avant et après la neurolyse, ont été enregistrés. Les patients ayant un score EVA < 4 sans augmentation de la dose de morphine à un mois ont été considérés comme des répondeurs. Les critères d'évaluation secondaires comprenaient la survie, les complications, les facteurs associés à la réponse de la neurolyse.

Résultats

Parmi les 67 patients qui ont eu une neurolyse du plexus cœliaque par voie echo-endoscopique au cours de la période d'étude, 62 patients ont été inclus dans l'étude (absence de cancer chez 3 patients et absence de suivi chez 2 patients). Il y avait 32 (52%) femmes et 30 (48%) homme, l'âge moyen était de 62,4 ans. Soixante patients présentaient des adénocarcinomes et deux des carcinomes neuroendocriniens. Vingt-deux patients (50%) étaient en surpoids (IMC>25) et 34 (56 %) avaient un statut OMS <1. La tumeur était située dans la tête du pancréas chez 41 patients (67 %), dans le corps chez 13 patients (21%) et 7 dans la queue (11%). Le diamètre médian de la tumeur pancréatique était de 35,5 mm (28-50 mm). Une invasion du plexus cœliaque a été observée au scanner chez 29 patients (47 %), et 38 (62 %) patients avaient un cancer du pancréas de stade IV. Tous les patients suivaient une chimiothérapie au moment de la neurolyse et avaient reçu en moyenne deux lignes de chimiothérapie. Tous les patients étaient sous opioïdes au moment de la NPC-EE.  

A 1 mois de suivi, 7 patients étaient décédés et 8 patients ont été exclus en raison d'informations manquantes consernant le score EVA et/ou la dose de morphine. Ainsi, à un mois, 46 patients ont été analysés, parmis eux 23 étaient répondeurs (EVA < 4 et pas d'augmentation de la morphine) soit 50%, et 23 étaient non-répondeurs.

Dans l'ensemble de la population, le score moyen de la douleur est passé de 7 ± 1,4 avant la neurolyse à 3,1 ± 2 à un mois post NPC-EE. A 7 jours, on a constaté une réduction de la douleur de 3,4 points chez les répondeurs et de 3 points chez les non répondeurs. Cette réduction a persisté dans le temps avec une EVA à 1,9 (± 1,2) à un mois et à 2,2 (±1,9) à 3 mois chez les répondeurs.

La dose moyenne de morphine au départ était de 202 mg/jour dans la population totale, 143 mg/jour et 211 mg/jour chez les répondeurs et non répondeurs respectivement (p=0,1). Dans le groupe des répondeurs, la consommation de morphine a diminué de manière significative, passant de 143 à 120 mg/jour à un mois (p=0,016). Chez les non-répondeurs, la dose d'opioïdes est passée de 211 à 333 mg/jour à un mois.

En analyse uni-variée, les facteurs associés à l'efficacité de la NPC-EE étaient une invasion du plexus cœliaque (p<0,009) et une taille de tumeur > 3 cm (p=0,04). Inversement, la présence de métastases était un facteur de mauvais pronostic (p=0,004).

La durée médiane de survie était de 5,2 mois chez les répondeurs et de 2,5 mois chez les non-répondeurs (p<0,018). La durée médiane d’efficacité de la neurolyse (EVA <4 sans augmentation des morphiniques) était de 3,6 mois chez les répondeurs.

Aucune complication n'a été enregistrée pendant ou après les procédures de NPC-EE, aucun patient n'a été ré-hospitalisé dans la semaine suivant l'intervention.

Discussion

Conclusion

Cette étude est la première étude française évaluant l'efficacité de la NPC-EE. Nous avons pu démontrer en utilisant des définitions stricts que cette méthode est sûre et efficace pour traiter les douleurs des patients atteints d'un cancer du pancréas non résécables.

Remerciements