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CO.88 - Efficacité des anti-TNFα chez les patients atteints de rectite réfractaire aux traitements conventionnels : résultats du registre PROTECT du GETAID

G. Pineton de Chambrun, A. Amiot, G. Bouguen, S. Viennot, R. Altwegg, E. Louis, M. Collins, M. Fumery, F. Poullenot, L. Armengol-Debeir, A. Buisson, V. Abitbol, D. Laharie, P. Seksik, S. Nancey, P. Blanc, M. Nachury, L. Peyrin-Biroulet

Introduction

La prise en charge thérapeutique des patients atteints de rectocolite hémorragique (RCH) avec une de rectite réfractaire aux traitements conventionnels est difficile et mal documentée. A ce jour, il n’existe que très peu de données concernant l’utilisation des anticorps monoclonaux anti-TNFα dans cette situation clinique. Le but de ce travail était d’évaluer l’efficacité des anti-TNF (infliximab, adalimumab et Golimumab) pour le traitement des rectites réfractaires aux traitements conventionnels.

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude rétrospective, multicentrique conduite dans les centres du GETAID et incluant les patients adultes atteints de RCH et traités par un anti-TNF pour une rectite (<20 cm de la marge anale) réfractaire aux corticoïdes et/ou aux immunosuppresseurs de octobre 2001 à février 2017. Le caractéristiques démographiques des patients, le type d’anti-TNF utilisé, l’association à un immunosuppresseur et l’évolution après le début de l’anti-TNF ont été recueillis. Le critère principal de jugement était la réponse au traitement anti-TNF jugée par le clinicien et définie comme une absence de réponse, une réponse clinique ou une rémission clinique. La réponse clinique après la phase d’induction (3 mois après le début de l’anti-TNF), les hospitalisations et la chirurgie étaient aussi recueillies. Quand ils étaient disponibles, le score de MAYO (clinique et endoscopique) et l’indice UCEIS étaient recueillis.  

Résultats

Quatre-vingt-quinze patients atteints de RCH (46F et 48H) et traités par anti-TNF pour une rectite ont été inclus dans l’étude avec un suivi médian de 30 (14,6-57,9) mois. L’âge moyen au diagnostic de la RCH était de 34±11,8 ans. Quatre-vingt-trois (79/95) pourcents des patients avaient reçu avant l’anti-TNF des corticoïdes locaux, 85% (81/95) des corticoïdes par voie systémique, 96% (91/95) des 5-aminosalycilés en suppositoire ou en lavement et 94% (89/95) des 5-aminosalycilés par voie orale. Soixante (57/95) pourcents des patients avaient été exposés à une thiopurine avant le début de l’anti-TNF, 8% (8/95) au méthotrexate et 5% (5/95) à la ciclosporine. Le score MAYO clinique moyen avant l’anti-TNF était de 5,86 ± 1,89 points témoignant du caractère actif des rectites. Quatre-vingt-cinq (80/95) pourcent des patients ont eu une coloscopie avant l’anti-TNF avec une activité endoscopique chez 99% (79/80) des patients (un patient corticodépendant sans activité endoscopique sous corticoïdes). L’anti-TNF était débuté avec une délai médian depuis le diagnostic de la RCH de 44 (18,4-110) mois. Cinquante (47/95) pourcents des patients étaient traités par infliximab, 39% (37/95) par adalimumab et 11% (11/95) par golimumab. Le traitement anti-TNF était associé dans 41% (39/95) des cas à une thiopurine. Globalement, 75% (69/92) des patients avaient au moins une réponse clinique, 50% (46/92) avaient une rémission clinique et 25% (23/92) une absence de réponse. Après la phase d’induction, 72% (60/83) des patients avaient au moins une réponse clinique, 42% (35/83) une rémission clinique et 27% (22/83) une absence de réponse. De plus, 60% (42/70) des patients avaient un score de MAYO clinique ≤ 2 points témoignant d’une bonne réponse au traitement, 16% (11/70) un score entre 3 et 4 points et 24% (17/70) un score entre 5 et 9 points. On observait une diminution statistiquement significative du score MAYO clinique moyen avant et à trois mois du traitement anti-TNF (6±1,8 vs. 2,6±2,5, p<0,001, 68 patients avec les deux évaluations). Une coloscopie au cours du suivi était disponible chez 61% (58/95) des patients. Soixante (35/58) pourcents des patients avaient une cicatrisation muqueuse endoscopique (score de MAYO endoscopique de 0 ou 1). Au cours du suivi, 11% (9/85) des patients ont été hospitalisé pour une poussée de la rectite, 5% (4/85) ont eu une chirurgie avec coloprotectomie totale et anastomose iléoanale et 17% (15/86) ont arrêté l’anti-TNF pour une perte de réponse ou une intolérance. Le traitement concomitant par thiopurine et anti-TNF était significativement associé à la rémission clinique chez les patients atteints de rectite réfractaire (HR=2,8 ; IC95% : 1,2-6,6 ; p=0,021).

Discussion

Conclusion

Dans cette étude, la rémission clinique est obtenue chez 50% des patients atteints de RCH traités par anti-TNF pour une rectite réfractaire aux traitements conventionnels. La prescription concomitante d’une thiopurine semble associée à une augmentation du taux de rémission clinique. Des études prospectives sont nécessaires afin de préciser les facteurs associés au succès du traitement anti-TNF chez ces patients.

Remerciements