JFHOD

CO.066 - Efficacité et tolérance de la procréation médicalement assistée chez les femmes atteintes de maladie vasculaire du foie

A. Payancé, M. Magaz Martinez, P.F. Ceccaldi, F. Durand, A. Plessier, D. Valla, J.C. Garcia-Pagan, P.E. Rautou

Introduction

Depuis l’utilisation des traitements anticoagulants et de la radiologie interventionnelle, les patientes atteintes de maladies vasculaires du foie ont une espérance de vie longue. Ces jeunes patientes peuvent souhaiter une grossesse et avoir recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Aucun cas de PMA chez des malades avec maladies vasculaires du foie n’a été décrit à ce jour si bien qu’il est difficile de conseiller ces malades à ce sujet. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’efficacité et la tolérance de la PMA chez les malades atteintes de maladie vasculaire du foie. 

Patients et Methodes

Tous les centres des réseaux Français et Européen (VALDIG) des maladies vasculaires du foie ont été contactés afin d’identifier de manière rétrospective les femmes atteintes de maladie vasculaire du foie qui ont eu une PMA entre 2000 et 2018. La PMA incluait toute stimulation ovarienne médicamenteuse associée ou non à une procédure telle que la fécondation in vitro, le transfert d’embryon, l’injection intra-cytoplasmique de spermatozoïdes. Le diagnostic de la maladie hépatique devait avoir été fait avant le début de la PMA.  Les résultats sont présentés en nombre (%) ou médiane (écart interquartile). 

Résultats

Huit malades ont été identifiées en Europe : 3 malades avaient une maladie vasculaire porto-sinusoïdale (MVPS), 3 malades avaient un cavernome porte sans cirrhose et deux malades une MVPS compliquée de cavernome porte. Avant la PMA, la maladie hépatique était asymptomatique pour 7 malades et 1 malade avait une encéphalopathie hépatique minime associée à une ascite contrôlée par diurétiques. La majorité des patientes (6/8) avaient des varices œsophagiennes de grande taille et/ou un antécédent de ligature endoscopique ou des varices gastriques. Avant la PMA le taux médian des plaquettes, la bilirubinémie et le TP était respectivement de 57 G/L (31-90), 14 µmol/L (9-39), 57% (35-80, dont 3 dosages réalisés sous  traitement anticoagulant). La majorité des patientes (6/8) recevaient un traitement anticoagulant au moment de la PMA. Aucune n’avait eu de TIPS avant la PMA. Les facteurs thrombotiques sous jacents mis en évidence étaient un déficit en protéine C (n=2), un syndrome des anticorps anti phospholipides et une sarcoïdose multiviscérale ; pour 5 malades aucun facteur n’a été mis en évidence. Une patiente avait un antécédent d’hépatite virale C guérie 14 ans avant la PMA. Une seule des 8 malades a eu une grossesse avant la PMA et cette grossesse a donné lieu à une fausse couche spontanée à 7 semaines d’aménorrhée. Cinq malades avaient au moins un facteur d’infertilité non lié à la maladie vasculaire du foie : endométriose (n = 1), 3 syndrome des ovaires polykystiques (n = 3), anomalie tubaire (n = 1) et  infertilité du conjoint (n =2). L’âge médian au moment de la PMA était 34 (31-39) ans, et le délai médian entre le diagnostic de maladie vasculaire du foie et la PMA était de 6 (3-13) ans. Toute les patientes ont reçues un protocole de stimulation ovarienne et 5 ont eu au moins une ponction ovarienne. La seule complication survenue au cours de la PMA a été un hématome intra-abdominal après une ponction ovarienne. Suite à la PMA, il y a eu 4 grossesses évoluant vers une fausse couche survenue à 6 SA+6 jours et la naissance de 4 enfants dont deux jumeaux. Trois des quatre enfants sont nés prématurément (34 SA, 36SA+5jrs et 36SA+5jours). A la naissance, un nouveau-né présentait un branchement atypique du grêle sur l’estomac et un a eu un volvulus opéré compliqué d’entérocolite ulcéronécrosante. En post-partum et jusqu’à 6 mois après l’accouchement il n’y a eu aucune complication thromboembolique veineuse, aggravation de la maladie hépatique sous-jacente, transplantation hépatique ou décès. 

Discussion

Conclusion

Nos résultats suggèrent que la PMA ne doit pas être contre-indiquée chez les malades avec maladie vasculaire du foie suivies et traitées, car dans cette expérience limitée d’une situation exceptionnelle, il n’y a pas eu de conséquence maternelle négative. Les malades doivent être informées de l’efficacité inconstante de la procédure. 

Remerciements