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CO.066 - Epidémiologie des MICI en Guadeloupe : étude rétrospective descriptive de 2007 à 2019

C. Thomas, M. Gelu-Simeon, E. Saillard, M. Alexis-Rosnel, L. Amaral, M. Figeac, G. Saint-Georges

Introduction

Les données épidémiologiques des MICI montrent une disparition du gradient Nord-Sud décrit jusqu’à présent du fait d’une augmentation de leur incidence et de leur extension dans le monde. Cependant, il n’existe aucune donnée épidémiologique récente concernant la population guadeloupéenne dont le mode de vie s’est considérablement modifié.

Patients et Methodes

Notre étude a pour objectif primaire d’évaluer l’incidence des MICI en Guadeloupe et pour objectifs secondaires d’évaluer leurs caractéristiques épidémiologiques et cliniques.

Nous avons recueilli grâce à la caisse générale de la sécurité sociale de la Guadeloupe les nouvelles attestations d’affection longue durée (ALD) prescrites pour une MICI de 2007 à 2019 et l’ensemble des ALD en cours au 31 décembre 2019. Dans un deuxième temps, nous avons mené une étude monocentrique rétrospective descriptive du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2019, incluant tous les patients hospitalisés pour une MICI probable ou certaine dans le service d’hépato-gastro-entérologie du CHU de Pointe-à-Pitre.

Résultats

On dénombre 476 nouvelles ALD délivrées pour une MICI entre 2007 et 2019 dont 184 maladies de Crohn (MC) et 244 rectocolites hémorragiques (RCH). Le taux des nouvelles ALD délivrées par an est au maximum de 5.6/10 habitants pour la MC et de 8.1/10 habitants pour la RCH (Figure 1). Il y a au total 506 ALD en cours au 31 décembre 2019, soit un taux d’ALD total de 159/10 par habitants.

134 patients hospitalisés dans le service d’hépato-gastro-entérologie ont pu être analysés : 75 MC et 59 RCH. L’âge médian au diagnostic est de 25.5 [9-66] pour la MC et 36.5 [9-89] pour la RCH (p=0.001). Le sexe ratio F/H est respectivement de 1.42 et 0.84. Notre population comporte 96 patients (75%) d’origine afro-caribéenne, 25 d’origine caucasienne (19%), 8 d’origine indienne (6%). 57 patients (42%) ont au moins une comorbidité (Tableau 1).

Dans la MC, on retrouve 30% de fumeurs contre 10% dans la population générale guadeloupéenne, 18% d’appendicectomie, 4% d’antécédents familiaux et 25% d’atteintes extradigestives. On ne retrouve pas d’association significative entre forme précoce (âge médian au diagnostic <40 ans) et tabac (p=0.81), antécédent familial (p= 0.62) ou atteinte extra-digestive (p= 0.27); ni d’effet aggravant de ces facteurs sur l’évolution, le recours aux corticoïdes ou à la chirurgie.  Les localisations sont à prédominance iléo-coliques dans les formes précoces (p=0.06), et coliques pures dans les formes tardives (p=0.04). Il y a 6% d’atteintes ano-périnéales. Les traitements utilisés sont les anti-TNFα (42%), les immunosuppresseurs (17%), et 15% n’ont aucun traitement. Les formes précoces sont plus souvent associées à la prescription d’anti-TNFα (p=0.0003). Il y a 20 cas de chirurgies (27%), principalement dans les formes iléo-coliques (p=0.01) et sténosantes (p=0.001). Il n’y a pas de survenue de cancer ou de décès.

Dans la RCH, il y a 6% de patients fumeurs, 8% d’appendicectomie, 9% d’antécédents familiaux et 10% d’atteintes extradigestives.  La présence d’un antécédent familial (p= 0.04) ou d’atteintes extra-digestives sont des facteurs de risque de RCH précoce (p= 0.02). On ne retrouve pas l’effet protecteur du tabac (p=0.26) ou de l’appendicectomie qui est paradoxalement associée à plus de formes pancoliques (p= 0.015). La localisation est principalement pancolique sans différence en fonction de l’âge diagnostique médian (p= 1). Les thérapeutiques sont les 5-ASA (42%), anti-TNFα (14%), immunosuppresseurs (10%), et 17% des patients n’ont pas de traitement. Il y a 7 cas de chirurgies (11%), 3 cas de cancer digestifs et un décès lié à une colite aiguë grave.

Il n’est pas retrouvé d’effet de l’ethnie sur les caractéristiques ou les facteurs de risque des MICI (Tableau 2). 

Discussion

Conclusion

Cette étude confirme l’augmentation de l’incidence des MICI en Guadeloupe rejoignant celle de la France hexagonale. Il s’agit de la première étude examinant les caractéristiques épidémiologiques et cliniques des MICI dans la Caraïbe. On note des différences avec la France hexagonale : prédominance de RCH, notamment pancolique et moins de forme ano-périnéale dans la MC. Cette étude ne révèle pas de lien entre l’évolution des MICI et l’origine ethnique, et conforte l'hypothèse environnementale.

Remerciements