JFHOD

CO.073 - Etude multicentrique française des spécificités des thromboses veineuses récentes du système porte associées au cytomégalovirus

C. De Broucker, A. Plessier, O. Goria, I. Ollivier, S. Dharancy, C. Bureau, J.P. Cervoni, P. Sogni, K. Zekrini, H. Davy, F. Durand, A. Payancé, D. Valla, N. Fidouh-Houhou, P.E. Rautou

Introduction

La thrombose veineuse non cirrhotique et non tumorale du système porte (TVP) est une affection rare mais est la cause la plus fréquente d’hypertension portale non cirrhotique dans les pays développés. Une primo-infection à Cytomégalovirus (CMV) a été décrite comme pouvant déclencher une TVP. Cependant, les données de la littérature se limitent à 45 cas rapportés dans 41 articles (aucune série de plus de 2 malades) ne permettant pas de savoir s’il existe des spécificités de présentation clinique, de facteurs prothrombotiques ou d’évolution des TVP associées à une primo-infection ou à une réactivation du CMV. L’objectif de cette étude était donc de décrire les caractéristiques initiales et l’évolution de malades ayant une TVP associée à une maladie à CMV.

Patients et Methodes

Nous avons contacté tous les centres de compétence du réseau français des maladies vasculaires du foie pour identifier les malades ayant eu une TVP récente associée à une maladie à CMV entre janvier 2000 et décembre 2019 (groupe « CMV positif »).  La maladie à CMV était classée en « confirmée » ou « probable » selon les recommandations internationales et après avis d’un virologue expert, en se fondant sur une sérologie et/ou une PCR CMV dans les 3 mois avant ou après la TVP. Deux groupes contrôles ont été analysés : (a) un groupe de malades issus du centre de référence national des maladies vasculaires du foie, ayant eu une TVP récente entre janvier 2014 et décembre 2019 et avec une PCR plasmatique ou une sérologie CMV permettant d’exclure une maladie à CMV (groupe « CMV négatif ») ; et (b) un groupe de malades ayant un diagnostic de TVP récente entre 2000 et décembre 2019 dans un des centres de compétence des maladies vasculaires du foie, mais dont le statut CMV n’était pas connu (groupe « CMV inconnu »). 

Résultats

Vingt-trois malades ont été inclus dans le groupe « CMV positif », 15 avec maladie à CMV confirmée et 8 avec maladie à CMV probable. Les groupes « CMV négatif » et « CMV inconnu » comprenaient 53 et 299 malades, respectivement. Les malades du groupe « CMV positif » étaient plus jeunes, présentaient plus fréquemment des signes cliniques et biologiques de réponse inflammatoire systémique, ainsi que des signes d’infection virale par le CMV avec un syndrome mononucléosique et une élévation des transaminases (tableau). L’extension et la localisation de la thrombose n'étaient pas différentes entre les malades du groupe "CMV positif" et ceux des deux autres groupes. Les malades du groupe "CMV positif" avaient autant de facteurs de risque de thrombose et avaient une prévalence plus élevée de la mutation du gène du facteur II que les malades des deux autres groupes (tableau). Les malades du groupe "CMV positif" n'étaient pas plus fréquemment immunodéprimés. La survenue d’une recanalisation complète du système porte tendait à être plus fréquente chez les malades du groupe "CMV positif" que chez les malades du groupe "CMV négatif" (test du log rank, p = 0,056). Mais, en analyse multivariée, seul le nombre de segments occlus au diagnostic était associé à l'absence de recanalisation à 24 mois (modèle de Cox, p = 0,008). La survenue d'un cavernome porte était moins fréquente dans le groupe "CMV positif" (17%) que dans le groupe "CMV négatif" (49%, p=0,017) mais sans différence quant à la survenue de complications (hémorragie digestive et cholangiopathie portale). 

Discussion

Conclusion

Une maladie à CMV peut être associée à une TVP. La présence d'une fièvre, d'une tachycardie, d'une hyperlymphocytose et d'une élévation des transaminases chez un individu jeune peut orienter vers ce diagnotic. Les patients ayant une maladie à CMV ont une extension, une sévérité de la TVP au diagnostic et une évolution comparables à celle des patients avec TVP sans maladie à CMV. Le nombre de facteurs de risque prothrombotiques est identique quel que soit le statut CMV, suggérant qu'un bilan de thrombophilie doit être effectué même si une maladie à CMV est détectée. La forte association entre mutation du gène du facteur II et maladie à CMV suggère une synergie entre ces facteurs favorisant la TVP.

Remerciements