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CO.055 - Evaluation clinico-biologique du pronostic des cancers des voies biliaires avancés en deuxième ligne de chimiothérapie : cohorte multicentrique de 787 patients

C. Maestracci, A. Falcoz, A. Meurisse, M. Bouattour, R. Coriat, G. Manuceau, C. Maulat, I. Trouilloud, D. Tougeron, A. Zaanan, S. Perriat, F. Puisset, A. Lièvre, R. Guimbaud, A. Casadei Gardini, D. Vernerey, C. Neuzillet, N. Fares

Introduction

Bien que globalement sévère, le pronostic des cancers des voies biliaires avancés (CVBA) est hétérogène. Après échec d’une première ligne (L1) à base de Gemcitabine et Cisplatine (GEMCIS) ou Oxaliplatine (GEMOX), une seconde ligne (L2) est actuellement recommandée pour les patients en bon état général. Pour autant, l’ensemble des sujets ne semble pas tirer bénéfice d’un traitement de deuxième ligne. Des facteurs pronostiques cliniques ont déjà été identifiés pour mieux cibler la population à traiter. Peu de données sont disponibles sur l’intérêt pronostique des paramètres biologiques simples tels que le CA 19-9, l’albumine, la bilirubine.

Les objectifs de cette large étude étaient de valider les facteurs pronostiques déjà mis en évidence, d’en identifier de nouveaux le cas échéant et d’évaluer l’apport des paramètres biologiques aux paramètres cliniques dans l’aide à la sélection des patients à traiter.

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude de cohorte multicentrique rétrospective ayant inclus tous les patients avec un état général conservé (Performance status PS 0 à 2) suivis pour un CVBA dans 38 centres de janvier 2003 à mai 2020, traités en L2 après échec ou intolérance du GEMCIS ou GEMOX. L’association des données cliniques et biologiques avec la survie globale était évaluée par des modèles de Cox en analyse uni et multivariée. La capacité discriminante des modèles pronostiques était évaluée par le calcul du C-index selon Harrel.

Résultats

787 patients en échec ou intolérants au GEMOX (77,51%) ou GEMCIS ont été inclus. 52,35% étaient des hommes, l’âge médian était de 63,5 ans. 55,17% des patients étaient atteints d’un cholangiocarcinome intra-hépatique, 27,59% d’un cholangiocarcinome extra hépatique, 17,24% d’un cancer de la vésicule biliaire. Une résection du primitif avait été effectuée chez 27,62% des sujets, un drainage biliaire chez 29,16%. En début de L2, 75,73% des patients avaient un PS égal à 0 ou 1. 95,58% étaient métastatiques, principalement de localisation hépatique (75,42%), ganglionnaire (42,56%) et péritonéale (33,98%). La médiane de survie en L2 était de 6,8 mois, sans différence statistiquement significative selon la localisation du primitif.

En analyse multivariée, 5 facteurs pronostiques déjà retrouvés dans la littérature ont été confirmés (p< 0,05) : le PS 2 vs 0 (HR 2,411), l'antécédent de résection du primitif (HR 1,550), la raison d'arrêt de la L1 (HR 1,402), la présence de métastases péritonéales (HR 1,299), le CA 19-9 (HR 1,306). 5 nouveaux facteurs pronostiques ont été identifiés (p<0,05) : la présence de métastases hépatiques (HR 1,484), ganglionnaires (HR 1,289), l’antécédent de drainage biliaire (HR 1,350), l’albumine (HR 0,578), la bilirubine (HR 1,340). Le PS et l’albumine avaient le meilleur impact pronostique et étaient indépendants de la localisation du primitif.

Le C-index du modèle clinique (n=739) était de 0,6660. Il était amélioré par la prise en compte des variables biologiques (n = 320) avec un C index à 0,7001 permettant de définir un modèle de qualité.

Discussion

Conclusion

Il s’agit de la plus vaste cohorte de patients atteints d’un CVBA en deuxième ligne après échec des chimiothérapies de référence. La prise en compte des paramètres biologiques (albumine, CA 19-9, bilirubine) améliore la sélection des patients à traiter en L2. Nous proposons un dosage plus systématique de l’albumine, facteur pronostique le plus fort avec le PS, indépendant du primitif mais pourtant non évalué chez près de la moitié des patients. L’impact pronostique du taux d’albumine dans notre travail souligne l’intérêt d’une prise en charge nutritionnelle active chez les patients suivis pour un cancer des voies biliaires avancé en deuxième ligne.

Remerciements

Les investigateurs de l'Association d'étude des Cancers et Affections Biliaires (ACABi), l’Association des Gastro-Entérologues Oncologues (AGEO) et du Groupe Italien du Cholangiocarcinome (Gruppo Italiano Colangiocarcinoma GICO)