JFHOD

CO.67 - Evaluation de la fonction sexuelle chez les patients atteints de lésions ano-périnéales dans le cadre de la maladie de Crohn : résultats de l’étude SEPAL

R. Boudiaf, F. Pigot, D. Laharie, F. Zerbib, F. Poullenot, L. Siproudhis, L. Abramowitz, V. de Parades, N. Fathallah, E. Pommaret, M. Serrero, F. Juguet, A. Castinel, C. Laclotte-Duhoux, P. Roumeguère, M. Eleouet-Kaplan, I. Etienney, A. Sénéjoux, C. Zallot, A. Garros, B. Vinson-Bonnet, J.L. Faucheron, P. Rivière, V. Vitton, D. Bouchard

Introduction

Depuis 10 ans, plusieurs études ont mis en évidence un lien entre maladie de Crohn (MC) et dysfonction sexuelle (DS), en particulier dans la population féminine. Le facteur associé le plus souvent mis en évidence était l’humeur dépressive ; les lésions ano périnéales (LAP) ne semblaient pas jouer un rôle significatif. L’objectif principal de ce travail est de comparer la prévalence de la DS entre 2 groupes : chez des cas suivis pour LAP actives (groupe 1) par rapport à des témoins sans LAP actives (ayant ou non un antécédent de LAP) (groupe 2).

Patients et Methodes

Etude de cohorte transversale française, multicentrique (14 centres), incluant les patients suivis pour LAP actives sur MC entre Septembre 2016 et Juillet 2017. Une LAP active était définie par au moins une ulcération (U1, U2 selon la classification de Cardiff), une fistule symptomatique (F1 ou F2 avec écoulement, douleur ou induration) ou une sténose symptomatique (S1 ou S2 avec constipation terminale ou incontinence). Les témoins sans LAP actives avaient été sélectionnés à partir de la cohorte SEXIA déjà existante. Les patients complétaient un score de sexualité (International Index of Erectil Function chez l’homme (IIEF) et Female Sexual Function Index chez la femme (FSFI)), et évaluaient leur perception de l’impact des LAP sur leur sexualité. Les symptômes et l’activité de la MC ano-périnéale et luminale étaient évalués par le Perineal Disease Activity Index et le score d’Harvey-Bradshaw. Le critère de jugement principal était l’existence d’une dysfonction sexuelle définie par un score FSFI<26,55 chez la femme et IIEF<42,9 chez l’homme.

Résultats

64 femmes et 33 hommes ont été inclus chez les cas contre 131 femmes et  107 hommes chez les témoins (dont 46 femmes et 43 hommes ayant un antécédent de LAP en rémission). Une DS était retrouvée chez 66% des femmes et chez 30% des hommes dans le groupe des cas, contre respectivement 50% et 16% dans le groupe contrôle. Cette différence était significative chez les femmes (p=0,04) et non chez les hommes (p=0,06). Chez l’homme, une dysfonction érectile était notée chez 45,5% des cas et chez 43% des témoins (p=0,8). Dans le groupe ayant des LAP actives, 62% des femmes et 51% des hommes estimaient que leur MC ano-périnéale avait un impact sur leur sexualité. Le facteur associé à la DS chez les femmes était l’activité de la maladie ano-périnéale (PDAI>4) (OR=13,05 [2,32 - 73,44]). En analyse secondaire, les femmes ayant des LAP en rémission avaient un taux de DS de 48%, significativement moindre comparativement aux cas actifs (p=0,03).

Discussion

Conclusion

Cette étude met pour la première fois en évidence une augmentation de la prévalence de la dysfonction sexuelle chez les femmes ayant des LAP actives comparativement à des témoins sans LAP actives. Ce résultat n’est pas retrouvé chez les hommes, bien qu’une tendance apparaisse. Chez les patientes en rémission ano-périnéale, ce taux est plus faible que chez les cas actifs, mais reste tout de même élevé (similaire à celui d’une population de MC sans antécédent de LAP). L’obtention d’une rémission ano-périnéale pourrait être associée une amélioration de la fonction sexuelle.

Remerciements

Remerciement au GREP (Groupe de Recherche En Proctologie) et à la SNFCP.