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CO0 - Evaluation de la pentoxifylline dans l'hépatite alcoolique sévère chez les patients non répondeurs aux corticoïdes : étude pilote prospective

Louvet Alexandre, Diaz E, Coevoet H, Texier F, Thévenot T, Dharancy S, Boitard J, Deltenre P, Canva V, Plane C, Paris JC, Mathurin Philippe
Introduction

Dans l'hépatite alcoolique sévère (HAS), l'absence de diminution de la bilirubine à J7 identifie la résistance à la corticothérapie. Chez les non répondeurs, la survie à 6 mois est de 25 %. Une étude a suggéré que la pentoxifylline (PTX) était plus efficace que le placebo dans l'HAS (1). Le but de cette étude a été de tester la PTX chez tous les patients non répondeurs à la corticothérapie.

 

Patients et Méthodes

Quatre vingt quatorze patients avec une HAS ont été traités prospectivement par corticoïdes. Une résistance biologique a été observée chez 22 patients (23 %). Un traitement par PTX (400 mg 3 fois par jour) a été administré pendant 21 jours chez les 22 non répondeurs à J7 de la corticothérapie. L'évolution biologique et la survie des patients traités par PTX ont été comparées à celles de témoins non répondeurs, extraits d'une autre cohorte de 280 patients traités par corticoïdes (COR) avant le début de cette étude. L'évolution biologique a été déterminée après 28 jours de période thérapeutique : 7 jours de COR puis 21 jours de PTX vs 28 jours de COR pour le groupe témoin. Les témoins COR ont été appariés sur l'âge, le sexe, la créatininémie, le TP, la bilirubine au premier jour du traitement. Deux témoins ont été identifiés pour chaque patient traité par PTX. L'analyse pronostique a utilisé les tests de χ 2, de Kruskal-Wallis et Bonferonni, la méthode de Kaplan Meier, le test de log-rank et le modèle de Cox.

 

Résultats

Soixante six patients ont été inclus dans cette étude : 22 patients PTX et 44 témoins COR appariés. Au premier jour du traitement, il n'existait pas de différence significative entre les groupes PTX et COR en terme de sexe masculin (45,5 % vs 45,5 %), d'âge (54,1 ± 10 ans vs 53,2 ± 8,8 ans), de pourcentage d'encéphalopathie (50 % vs 53,5 %) et de taux d'ASAT (168 ± 123 UI/l vs 129 ± 80 UI/l) de bilirubine (324 ± 175 µmol/l vs 287,3 ± 175 µmol/l), de créatinine (113 ± 69 µmol/l vs 112 ± 81 µmol/l), de TP (35,9 ± 11,6 % vs 33,6 ± 10,5 %), d'albumine (23 ± 4,6 g/l vs 25 ± 6,5 g/l) et d'intensité de la résistance à la corticothérapie (-25,5 ± 37,4 µmol/l vs -57,8 ± 62,9 µmol/l). A l'issue de la période thérapeutique, il n'existait pas de différence significative entre les groupes PTX et COR en terme d'évolution de la bilirubine et du TP entre J0 et respectivement J14 et J28 : -2,8 ± 44,4 µmol/l vs -55 ± 108,6 µmol/l et -0,6±9,2 % vs -1,7 ± 10,7 % ; 4 ± 79,9 µmol/l vs 32 ± 112,8 µmol/l et 1,8 ± 7,1 % vs 3,2 ± 9,5 % (NS). Les survies des patients des deux groupes étaient similaires à 1, 2 et 6 mois : 67,6 ± 10 % vs 63,5 ± 7 %, 42,5 ± 11 % vs 44,6 ± 7,6 %, 18,2 ± 9,2 % vs 24,8 ± 6,8 % (NS). En analyse multivariée, le sexe masculin (0R 3,53, 95 % IC : 1,63-7,4) et l'intensité de résistance au traitement (0R 2,34, 95 % IC : 1,02-5,34) étaient les seules variables indépendantes prédictives du décès à 6 mois.

 

Conclusion

Chez les non répondeurs à la corticothérapie, la PTX n'améliore ni la survie ni la fonction hépatique. Les résultats clairs de cette étude pilote prospective ne sont pas en faveur d'une évaluation de la PTX dans le cadre d'études randomisées. D'autres alternatives thérapeutiques devront être évaluées chez les non répondeurs.