JFHOD

C.121 - Évaluation des caractéristiques et des facteurs pronostiques du Covid-19 dans une cohorte multicentrique de patients atteints de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI)

L. Vuitton, A. Bourrier, M. Uzzan, M. Nachury, A. Amiot, X. Roblin, M. Allez, R. Altwegg, M. Vidon, A. Bourreille, M. Serrero, A.L. Pelletier, J. Filippi, C. Gilletta de Saint-Joseph, M. Simon, D. Laharie, S. Nahon, N. Duveau, A. Biron, S. Viennot, V. Abitbol, L. Picon, L. Caillo, A. Buisson, A. Benezech, C. Atanasiu, P. Ah-Soune, V. Bondjemah, Y. Elgharabawy, L. Peyrin-Biroulet

Introduction

Dans le cadre de l’épidémie à Sars-Cov2, la prise en charge des patients atteints de maladie chronique et/ou sous immunosuppresseur était préoccupante faute de données pour dicter leur prise en charge. Chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), des informations contradictoires, issues de registres déclaratifs, ne permettaient pas d’évaluer jusqu’ici la sévérité de cette infection dans cette population, et en fonction de leurs traitements. Les objectifs de notre étude étaient d’évaluer les caractéristiques et le pronostic du COVID chez les patients atteints de MICI et d’étudier les facteurs associés à la survenue d’un COVID sévère.

Patients et Methodes

Nous avons réalisé une étude multicentrique dans des centres hospitaliers français prenant en charge des patients atteints de MICI. Les centres devaient déclarer l’ensemble des cas de COVID19 dans leurs cohortes, survenus entre le 01 mars 2020 et le 31 décembre 2020. Les cas devaient être confirmés par un test PCR, où à défaut pour les patients inclus au mois de mars 2020, un scanner thoracique évocateur. Un suivi prospectif des patients était réalisé, avec une visite de réévaluation 3 à 6 mois après la déclaration de l’infection. Les données démographiques, les caractéristiques de la maladie, les traitements, et l’évolution clinique de la maladie étaient répertoriés. Un COVID sévère était défini par une hospitalisation et/ou le recours à une oxygénothérapie et/ou le décès. Les facteurs prédictifs de COVID sévère ont été étudiés par analyse univariée puis multivariée par régression logistique.

Résultats

Au total, 719 patients atteints de MICI et de COVID ont été inclus dans 30 centres hospitaliers, 54,2 % étaient des femmes, l’âge médian était de 42 ans, 64,4% étaient atteints d’une maladie de Crohn (MC), l’ancienneté médiane de la MICI était de 10,8 ans. A la date de l’infection, 25,2% et 28,9% des patients suivis pour MC et une RCH avaient une maladie active, selon les scores cliniques HBI et Mayo partiel, respectivement ; 13,3% des patients étaient fumeurs actif ; 12,7% avaient un IMC>30. Concernant les traitements, 72(10%) patients ne recevaient aucun traitement, 75 (10,4%) ne recevaient que des 5-ASA, 164 (22,8%) recevaient des immunosuppresseurs conventionnels, 509 (70,8%) recevaient des biothérapies. Outre les symptômes classiques de COVID19, l’infection a été associée dans 21,6% des cas à une diarrhée chez les patients en rémission ou une exacerbation de diarrhée chez les patients actifs ; et à des vomissements chez 5,1% des patients. Les traitements de la MICI ont été maintenus à l’identique chez 73,4% des patients, suspendus chez 25,5%, et arrêtés définitivement chez 1,1%. Lors du suivi, 13,2% des patients ont présenté une poussée de leur MICI. Au total, 68 patients ont présenté un COVID19 sévère, 67(9,3%) ont été hospitalisés pour une durée médiane de 6 jours, 4 (0,6%) patients sont décédés.

En analyse multivariée, l’âge > 50 ans (OR 2.0, IC 1.06-3.72 ; p=0,031), l’obésité (OR 2,01, IC1,05-4,09 ; p=0,037), les comorbités (cardio respiratoire et/ou rénale et/ou cancer ; OR 3,28, IC1,76-6,09 ; p=0,0002) étaient des facteurs associés à la survenue d’un COVID sévère ; à l’inverse un traitement immunomodulateur (biothérapie et/ou immunosuppresseur) était un facteur protecteur (OR 0,38, IC 0,22-0,69; p=0,0012).

Discussion

Conclusion

Dans notre population de patients atteints de MICI, la sévérité du COVID n’était pas supérieure aux chiffres connus en population générale et les mêmes facteurs de risque de sévérité que sont l’âge, l’obésité et les comorbidités ont été mis en évidence. Cette cohorte montre également que la prescription d’agents immunomodulateurs n’était pas un facteur de risque de COVID sévère mais était associée au contraire de façon indépendante à moins de COVID sévère, faisant discuter leur effet immunologique sur la phase de réponse immunitaire au Sars-Cov2.

Remerciements