JFHOD

CO.092 - Evaluation des performances de l'anuscopie de haute résolution dans la détection des lésions anales intra-épithéliales chez les patients séropositifs pour le VIH

A. Wampach, J.D. Combes, A.C. Lesage, N. Hoyeau, J.F. Fléjou, L. Marchand, I. Etienney

Introduction

L’anuscopie de haute résolution (AHR) permet de caractériser et diagnostiquer des lésions anales intra épithéliales (AIN) et particulièrement des lésions dites de haut grade (HSIL) pouvant évoluer vers le carcinome épidermoïde du canal anal. Les biopsies dirigées sur les zones anormales après coloration permettent d’obtenir un diagnostic histologique. L’apport d’une cytologie de triage dans les performances de l’AHR n’a pas été étudié. Dans certaines études, les AHR sont pratiquées le même jour qu’une cytologie anale et dans d’autres l’AHR n’est pratiquée qu’en cas de cytologie anormale. Le but de cette étude est de comparer les performances de l'AHR par deux opérateurs entrainés, et en particulier le taux de détection des HSIL chez des patients VIH selon si l’AHR est réalisée en aveugle de la cytologie ou après une cytologie de dépistage anormale réalisée plusieurs semaines auparavant.

Matériels et méthodes

Les données de tous les patients bénéficiant d’une AHR de dépistage dans un seul centre en raison de leur séropositivité pour le VIH ont été comparées aux données à l’inclusion des patients VIH de ce centre inclus pendant la même période dans une étude prospective multicentrique associant simultanément cytologie anale et AHR. Etaient exclus les patients ayant un antécédent de carcinome épidermoïde du canal anal ou de radiothérapie pelvienne, une AHR dans les 12 mois précédents ou un HSIL dans les 12 mois précédant l’AHR étudiée et un antécédent de chimiothérapie anticancéreuse dans les 2 ans précédents.

Résultats

Entre janvier 2014 et décembre 2016, 224 patients ont été inclus : 159 dans le groupe « AHR non orientée » et 65 patients dans le groupe « AHR orientée ». La cytologie anale était normale chez 26 patients du groupe « orienté » avec aucune lésion de haut grade en histologie mais 2 AIN1. Parmi les 198 patients présentant une cytologie anormale, la prévalence des HSIL histologiquement prouvée était plus élevée dans le groupe « AHR orientée » que dans le groupe « AHR non orientée » mais de manière non significative (27,6% (IC 95% 18,2-41,9) versus 18% (IC 95% 11,9-25,6) p=0,08). Le nombre de patient ayant des lésions AIN2/3 en AHR parmi les patients ayant une cytologie anale HSIL ne différait pas entre les deux groupes (13/25 (52%, IC95% 34,3-72,2) dans le groupe « AHR non orientée » et 7/19 (36,8%, IC95% 18,4-67,1) dans le groupe « AHR orientée » p=0,54) et la proportion de patients ayant une biopsie sous AHR avec une cytologie HSIL ne différait pas entre les deux groupes (84% dans le groupe «AHR non orientée » vs 94,7% dans le groupe «AHR orientée »). En revanche, la fréquence des lésions AIN2/3 en AHR, parmi les patients ayant une cytologie LSIL était significativement plus élevée dans le groupe « AHR orientée» que dans le groupe « AHR non orienté » (23,9% (11/46) (IC95% 18,5-67,1) vs 10,2% (11/108) (IC95% 5,2-17,5) p=0,02). 

Discussion

Dans la mesure où l’AHR était en moyenne réalisée 6 (IQR 4-8) mois après la cytologie dans le groupe dit « orienté », l’effet temps doit également être pris en compte, le caractère différé de l’AHR étant susceptible de modifier la détection des lésions de haut grade notamment chez les patients ayant une cytologie LSIL.

Conclusion

Cette étude montre que les performances de l’AHR semblent plus liées à la sémiologie des lésions qu’à une orientation par une cytologie préexistante. Elle confirme également qu’une cytologie anale normale permet d’écarter une lésion de haut grade en AHR mais qu’une cytologie LSIL ne permet pas d’écarter une lésion AIN2/3 en AHR a fortiori si l’AHR est pratiquée de manière différée. 

Remerciements