JFHOD

P.346 - Evaluation des prescriptions des IPP dans un centre hospitalier et proposition d’un document de bon usage

C. Beyron, E. Puzenat, P. Brulet, E. Pont

Introduction

Habituellement prescrits pour une durée limitée, l’utilisation à long terme des inhibiteurs de pompes à proton (IPP), souvent sans indication justifiée, est de plus en plus courante en France. Plusieurs études ont récemment mis en évidence de nombreux effets indésirables associés à une utilisation prolongée des IPP (infections digestives à clostridium difficile, infections respiratoires, hypomagnésémies, les néphrites interstitielles…). Au sein de notre centre hospitalier (CH), un groupe de travail pluridisciplinaire (médecins, pharmaciens et internes) a été créé dans le cadre de la COMEDIMS afin de réaliser un audit clinique et de sensibiliser les prescripteurs à la juste prescription des IPP.

Patients et Methodes

Une revue de la littérature a été réalisée afin d’élaborer un document de bon usage des IPP destiné à servir de support au groupe de travail lors de l’audit. Il reprend les indications de la Haute Autorité de Santé (HAS 2009), les indications acceptables au vu des données bibliographiques disponibles, les posologies et les durées de traitement. Une grille d’audit a été élaborée, testée et validée. Les critères étudiés concernaient les données démographiques du patient, l’indication de l’IPP, le contexte de prescription (instauration, poursuite), la posologie, le moment de prise et la voie d’administration, et enfin le devenir de l’IPP en sortie d’hospitalisation. Des items spécifiques ont été ajoutés pour les services de Réanimation et de Soins continus (patients intubés, nutrition entérale). L’audit a été réalisé un jour donné, sur l’ensemble des unités de soins à l’exception des services pédiatriques. Tous les patients présentant une prescription d’IPP (PI) ce jour ont été inclus.

Résultats

138 PI ont été auditées sur 297 prescriptions de patients hospitalisés, soit un taux d’imprégnation de 46.5%. Le sex-ratio était de 1,1, pour un âge moyen de 73,7 ans. Le nombre de traitements par IPP poursuivis pendant l’hospitalisation s’élevait à 102. 36 traitements étaient instaurés au cours du séjour. Concernant les poursuites de traitement, 20 PI (18.7%) avaient été réévaluées conduisant à 2 arrêts d’IPP et à une baisse de posologie dans moins d’un tiers des cas. Seulement 28 PI (20%) avaient une indication conforme aux recommandations HAS. En prenant en compte les indications acceptables, ce chiffre monte à 49 PI conformes (35%). L’administration se faisait majoritairement le soir. La voie orale était majoritaire (voie IV réservée aux hémorragies digestives hautes ou si voie per os non envisageable). En sortie d’hospitalisation, l’audit a montré que 80% des PI antérieures à l’hospitalisation ont été reconduites sans date de fin de traitement, et que 50% des PI instaurées au cours de l’hospitalisation ne sont pas bornées. Concernant les services de Réanimation et Soins Continus, une prévention de l’hémorragie digestive haute par IPP a été réalisée chez 11 patients : 4 (36.3%) sous ventilation mécanique, 5 (45.4%) sans nutrition entérale, et 6 (54.5%) avec une prescription de corticoïdes, d’AINS, ou d’antiagrégant plaquettaire. Suite à l’audit, les résultats ont été restitués aux services et le document de bon usage a été complété en rajoutant des modalités de dé-prescription des IPP.

Discussion

Du fait du peu de dossiers avec une indication conforme, les données concernant la posologie n’étaient pas interprétables. L’étude étant réalisée sur les prescriptions comportant un IPP le jour de l’audit, les PI arrêtées à l’entrée de l’hospitalisation n’étaient pas prises en compte. Un défaut de réévaluation des PI antérieures à l’hospitalisation a été observé, conduisant au maintien souvent non justifié de l’IPP. Peu de PI étaient bornées à la sortie d’hospitalisation, ce qui contribue à la reconduction de ces prescriptions par le médecin traitant. 

Conclusion

L’audit montrait une hétérogénéité des pratiques de prescription des IPP et un manque de connaissance sur leur bon usage. Ce document a été présenté et validé en COMEDIMS, puis diffusé à tous les professionnels de santé du CH. En cas d’arrêt des IPP pendant le séjour, une information du patient et du médecin traitant sont indispensables afin d’effectuer un suivi et de pérenniser cet arrêt.

Remerciements