JFHOD

CO0 - Evaluation à long terme des effets indésirables du traitement immunosuppresseur chez l'enfant transplanté hépatique avant l'âge de 6 ans : comparaison entre ciclosporine a et tacrolimus

Brunet Anne-Sophie, Manière J, Villard-Truc F, Kassai B, Payot F, Rivet C, Stamm D, Bouvier R, Dugougeat-Pilleul F, Boillot O, Nicolas JF, Lachaux A
Introduction

Le choix d'une stratégie immunosuppressive adaptée après transplantation hépatique pédiatrique est encore sujet à discussion, en particulier chez le jeune enfant du fait de l'immaturité du système immunitaire et de l'absence de données pharmacologiques précises dans cette tranche d'âge. Objectifs : Comparer l'utilisation de la ciclosporine et du tacrolimus chez l'enfant transplanté hépatique avant l'âge de 6 ans, en analysant les effets secondaires à long terme (lymphome, allergie, complications infectieuses, autres complications dysimmunitaires et toxiques), et l'efficacité du traitement (fréquence du rejet aigu et chronique, retransplantation) sur une période de suivi de 5 ans.
 

Patients et Méthodes

43 enfants transplantés hépatiques avant l'age de 6 ans, entre 1991 et 2001 dans notre centre, ont été rétrospectivement étudiés. Les patients ont été séparés en 2 groupes selon la stratégie immunosuppressive post transplantation utilisée : -ciclosporine A, azathioprine (groupe1) : 25 patients, -tacrolimus, mycophénolate mofétil (groupe 2) : 18 patients. L'âge moyen à la TH était de 24 mois, médiane 1 an, comparables dans les deux groupes.
 

Résultats

La durée moyenne de suivi était de 50,65 mois, comparable dans les 2 groupes. Parmi les 43 enfants, 5 (12 %) ont développé un lymphome après transplantation. La survenue de lymphome était significativement plus élevée dans le groupe 2 (28 % vs 0 %) (p < 0,009). Au total 21 % des enfants (8/43) ont développé au moins un accident d'allure allergique. La fréquence de survenue d'accident d'allure allergique était significativement plus élevée dans le groupe 2 : 44 % vs 4 % dans le groupe 1 (p < 0,002) ; ainsi que celle d'allergie alimentaire ou respiratoire documentée : 39 % vs 4 % (p < 0,006). L'allergie alimentaire était la plus fréquente, concernant 33 % des enfants du groupe 2. Le nombre moyen de complications infectieuses par enfant était de 8,12 dans le groupe 2 contre 4,88 dans le groupe 1, donc significativement plus élevé dans le groupe 2 (p < 0,005). La survenue de diarrhée chronique non infectieuse a été notée chez 8 patients appartenant tous au groupe 2 (p = 0,000). La survenue d'une hyperéosinophilie était statistiquement plus fréquente dans le groupe 2 (p < 0,009). Le nombre moyen de rejets par enfant ainsi que l'incidence du rejet n'étaient pas significativement différents selon la stratégie immunosuppressive utilisée : 1,64 et 72 % dans le groupe 1 vs 1,94 et 83 % dans le groupe 2.
 

Discussion

Chez le jeune enfant, les différences mises en évidence entre la ciclosporine A et le tacrolimus, en terme de fréquence de survenue d'effets indésirables, sont préoccupantes. Le tacrolimus augmente significativement la fréquence de survenue de lymphome, d'allergie, de complications infectieuses, de diarrhée chronique et d'autres complications dysimmunitaires. Aucune supériorité du tacrolimus en terme de prévention du rejet n'a été retrouvée.
 

Conclusion

Il apparaît donc nécessaire d'adapter notre réflexion sur le choix de la stratégie immunosuppressive après TH en pédiatrie, en fonction de l'âge de l'enfant. La question du choix de la ciclosporine A en première intention chez le nourrisson devrait se poser.