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C.054 - Evolution des indications de colectomie au cours de la RCH de 2000 à 2020

G. Le Cosquer, L. Capirchio, P. Rivière, N. de Suray, F. Poullenot, B. De Vroey, A. Berger, M.A. Denis, F. Zerbib, R. Bachmann, C. Remue, B. Celerier, D. Leonard, Q. Denost, A. Kartheuser, D. Laharie, O. Dewit

Introduction

La prise en charge de la rectocolite hémorragique (RCH) a été bouleversée par les progrès des traitements médicaux et chirurgicaux au cours des 20 dernières années. Cependant, l’impact de ces avancées sur les trois indications de colectomie au cours de la RCH (colite aiguë grave, maladie réfractaire au traitement médical et lésions (pré-)néoplasiques) (1) demeure mal connu. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’évolution des indications et des modalités opératoires de la RCH au cours des 20 dernières années.

Patients et Methodes

Il s’agit d’une étude rétrospective observationnelle menée dans deux centres tertiaires. Tous les patients atteints de RCH ayant été colectomisés (colectomie segmentaire ou totale) entre 2000 et 2020 ont été inclus sans limite d’âge. L’objectif principal de l’étude était de comparer l’évolution des indications opératoires entre les périodes 2000-2010 et 2011-2020. Les objectifs secondaires étaient de comparer l’évolution des caractéristiques des patients au moment de la chirurgie, des modalités opératoires (laparotomie vs laparoscopie), les taux de complications post-opératoires précoces et tardives selon la classification de Clavien Dindo (2).

Résultats

Parmi les 286 patients inclus (57 % d’hommes ; âge médian à l’inclusion : 40 ans ; 60,5 % de formes pancoliques et 35,7 % de formes gauches), 87 (30,4 %) avaient été opérés entre 2000 et 2010 et 199 (69,6 %) entre 2011 et 2020. Les caractéristiques cliniques préopératoires étaient similaires entre les deux groupes notamment pour ce qui est de la durée d'évolution de la RCH et de la sévérité selon le score de Mayo global.

Au cours du temps, le taux de colectomies pour RCH réfractaire diminuait significativement au profit d’une augmentation des colectomies pour colite aiguë grave ou lésions (pré-)néoplasiques (Figure 1). Au total 119 patients ont été opérés pour RCH réfractaire (50,6 % des patients sur la période 2000-2010 vs 37,7 % ; p=0,042), 116 pour colite aigue grave (36,8 % des patients sur la période 2000-2010 vs 42,2 % ; p=0,390) et 51 pour lésions (pré-)néoplasiques (12,6 % des patients sur la période 2001-2010 vs 20,1 % ; p=0,130). Le recours à la laparotomie diminuait (52, 3 % vs 18,6 %) au profit de la laparoscopie (47,7 vs 81,4% ; p<0,001). Une augmentation du taux d’anastomose iléo-anale mécanique était observée (13,8 vs 31,8% ; p=0,006).

Aucune différence significative n’était mise en évidence sur le taux de mortalité à 30 jours après colectomie (2,3 % vs 1% ; p=0,391). Le taux de complications précoces graves après colectomie diminuait entre les deux périodes : 12,6 % vs 5,5 % (p=0,038) comme le nombre moyen de complications tardives (1,6 vs 0,8 ; p<0,001) ainsi que le taux de reprises chirurgicales tardives (38,6 % vs 19,5 % ; p<0,001). A l’inverse, le taux de complications infectieuses (infections urinaires, pulmonaires et liées aux cathéters notamment) après la chirurgie index augmentait (27 % vs 45,7% ; p=0,018).

Lorsque l’on comparait les deux périodes, il existait des différences significatives en termes de nombre moyen de biothérapies reçues (0,6 vs 1,2 ; p < 0,001), d’exposition préopératoire à l’infliximab (50,6 % vs 68,4 % ; p=0,016) et à un anti TNFα sous cutané (4,5 % vs 27,1% ; p<0,001). A noter qu’au cours de la colite aiguë grave, l’infliximab était significativement plus utilisé après 2010 (29,4 % vs 51,2 % ; p=0,031).

Discussion

Conclusion

Nos résultats confirment que les indications de colectomie au cours de la RCH se sont modifiées au cours des 20 dernières années avec une diminution significative des colectomies pour RCH réfractaire au profit des indications de colite aiguë grave ou de dysplasie/cancer. Dans le même temps, les techniques opératoires ont évolué vers plus de laparoscopie pour une morbidité qui s’est réduite en dépit d’un recours de plus en plus large aux biothérapies.

Remerciements