JFHOD

C.005 - Existe-t-il une corrélation entre le génotype et le phénotype duodénal dans la polypose adénomateuse familiale (PAF) ?

M. Dhooge, N. Hamzaoui, F. Maksimovic, M. Barret, A. Belle, R. Coriat, E. Abou Ali, S. Chaussade

Introduction

La Polypose Adénomateuse Familiale (PAF) est un syndrome lié à des variations constitutionnelles délétères du gène APC. Certaines localisations de la mutation sur le gène APC sont corrélées a des formes atténuées de polypose colique ou a des risques augmentés de certaines localisation extra coliques comme les tumeurs desmoïdes (corrélation génotype / phénotype). L’atteinte duodénale, est la deuxième cause de mortalité dans ce syndrome. Sa sévérité est évaluée par le score de Spigelman, qui est corrélé au risque d’évolution vers le cancer. Il existe aussi chez ces patients un risque augmenté de cancer gastrique : risque d’adénomes antraux mais aussi risque de dégénérescence de polypes glandulokystiques (PGK) fundiques pouvant évoluer vers la dysplasie de bas (DBG) puis de haut grade (DHG). L’objectif de notre étude était d’étudier la corrélation entre génotype et phénotype duodénal et de décrire l’atteinte gastrique associée chez ces patients.

Patients et Methodes

Nous avons inclus dans cette étude tous les patients suivis pour PAF dans notre réseau local de soutien au suivi, dont le génotype était renseigné et ayant une surveillance endoscopique digestive haute régulière. Etaient renseignés le type de mutation, le score de Spigelman le plus élevé au cours du suivi et l’âge des patients alors,  les antécédents d’ampullectomie, le phénotype gastrique et le phénotype colique. Les atteintes duodénales étaient classées en légère (Spigelman 0/I, pas d’ampullectomie), intermédiaire (Spigelman II  ou ampullectomie) et sévère (Spigelman III/IV).

Résultats

70 patients issus de 48 familles ont été inclus dont 63 présentaient une mutation ponctuelle et 7 un grand réarrangement (RGT)  du gène APC.

Au sein des 13 familles étudiées (8 familles de 2, 5 de 3 et 1 de 4 individus), il existait un profil d’atteinte duodénal similaire entre les apparentés : Identique dans 10 familles et léger à modéré  dans les 3 autres.

Il n’existait aucune atteinte sévère chez les 28 patients présentant une mutation en amont de l’exon 15 (22 atteintes légères, dont 13 patients avec un score de Spigelman 0 à un âge moyen de 40 ans, et 5 atteintes modérées).

Il existait une grande hétérogénéité dans l’atteinte duodénale chez les 35 patients porteurs de mutations des exons 15 et 16. Parmi ces patients il était à noter : 15 atteintes sévères dont 1 mère et son fils ayant subi une dudénopancréatectomie aux âges de 35 et 58 ans, 7 atteintes modérées et 13 atteintes légères dont  3 individus atteints de mutations à l’extrémité terminale 3’ de l’exon 15 n’ayant développé aucune lésion adénomateuse duodénale aux âges de 36, 53 et 78 ans.

Trois patients présentaient une atteinte duodénale sévère précoce aux âges de 21, 22 et 38 ans associée à un phénotype colique atténué (1 patiente avec délétion complète et 2 patients avec mutation ponctuelle Exon 15 en position 1533 et 1549).

Parmi les 7 patients porteurs de RGT du gène APC il était à noter une atteinte duodénale sévère chez deux patientes présentant une délation complète du gène et un atteinte légère à modérée chez 5 patients avec délétion partielle.

Parmi les 39 patients avec atteinte duodénale légère, 16 présentaient une PGK floride ou compliquée dont :1 patient Spigelman 0 avec DHG au sein des PGK à 36 ans, 1 patient Spigelman 0 avec multiples lésions de DBG au sein de PGK à 44 ans, 5 patients Spigelman 0 avec aspect de « carpetting » fundique, 2 patients Spigelman II avec lésions de DHG au sein de PGK aux  âges de 45 et 49 ans.

Discussion

Conclusion

L‘évaluation de l’atteinte duodénale dans la PAF est complexe du fait d’un biais d’intervention lié au évolutions de nos prises en charge endoscopiques qui permettent d’éviter la progression vers des formes sévères de la maladie.  Nous avons toutefois pu mettre en évidence dans notre série que :

- aucune atteinte duodénale sévère n’était retrouvée chez les patients porteurs de mutations ponctuelles du gène APC en amont de l’exon 15.

- le phénotype duodénal semblait reproductible entre les individus d’une même famille.

- il pouvait exister des atteintes duodénales sévères et précoces chez des patients avec polypose colique atténuée.

- la sévérité de l’atteinte duodénale ne paraissait pas corrélée à celle de l’atteinte gastrique.

Remerciements