JFHOD

P.076 - Facteurs associés à la non-présentation en réunion de concertation pluri-disciplinaire des patients atteints d’un cancer de l’œsophage, de la jonction oeso-gastrique et de l’estomac

M. Gieu, M. Pruvost-Couvreur, T. Kermarrec, S. Bouzeloc, N. Reboux, P.G. Poureau, J.P. Metges, M. Robaszkiewicz, J.B. Nousbaum, L. Quénéhervé

Introduction

Dans de nombreux pays européens, des Réunions de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) ont été organisées pour la prise en charge des cancers. En France, le lancement du “Plan Cancer” en 2003 a permis leur mise en place.  Une des mesures clés de ce plan était de s’assurer que chaque patient atteint d’un cancer soit présenté en RCP. 

Objectifs : a) Caractériser les patients atteints de cancers de l’œsophage, de la jonction oeso-gastrique et de l’estomac, n’ayant pas été présentés en RCP, et analyser les raisons de non présentation ; b) étudier l’impact de la présentation en RCP sur la prise en charge et la survie des patients. 

Patients et Methodes

Tous les patients ayant eu un diagnostic de carcinome épidermoïde ou d'adénocarcinome de l’œsophage, de la jonction œsogastrique ou de l’estomac, entre 2014 et 2016 sur un territoire couvert par un Registre des Tumeurs Digestives, ont été inclus. Deux groupes ont ensuite été créés : les patients présentés en RCP (groupe RCP (+)), et les patients non présentés en RCP (groupe RCP (-)). Une analyse multivariée a été réalisée pour analyser les facteurs de risque associés à la non présentation en RCP. Un test de Log-Rank a été utilisé pour évaluer l’impact de la RCP sur la survie. 

Résultats

Sur les 736 patients étudiés, 623 ont été présentés en RCP (84,6%). Les raisons de non présentation les plus fréquentes étaient un âge avancé ou un état général altéré (62%), le décès dans le mois suivant le diagnostic (30%), une tumeur superficielle (14%), la présentation dans une autre réunion ou un autre staff pluridisciplinaire (14%), le refus du patient (8%). Il n’y avait pas d’explication notifiée dans 9% des cas. Tous les patients ayant une tumeur de stade III et 97,3% de ceux ayant une tumeur de stade II ont été présentés en RCP. En analyse multivariée, la non présentation en RCP était  indépendamment associée au diagnostic réalisé dans le cadre d’un dépistage (OR 0,07 ; IC 95% : 0,02-0,22 ; p<0,001), aux soins de support exclusifs (OR 0,23 ; IC 95% : 0,07-0,68 ; p=0,011) et au décès dans le mois suivant le diagnostic (OR 0,13 ; IC 95% : 0,05-0,35 ; p<0,001). A l’inverse, la présentation en RCP était associée au tabagisme (OR 2,18 ; IC 95% : 1,14-4,26 ; p=0,020) et au diagnostic réalisé dans un hôpital local (OR 2,80 ; IC 95% : 1,08-8,07 ; p=0,043). La survie globale était statistiquement plus élevée dans le groupe RCP (+) que dans le groupe RCP (-) (p<0,0001). Cependant, 5 ans après le diagnostic, la probabilité de survie était équivalente dans les deux groupes. La survie relative était plus élevée dans le groupe RCP (+) par rapport au groupe RCP (-). 

Discussion

Conclusion

Cette étude en population basée sur un registre des tumeurs digestives a permis de montrer que 84,6% des dossiers de patients atteints d’un cancer  de l’œsophage, de la jonction oeso-gastrique ou de l’estomac étaient présentés en RCP. Les raisons de non présentation étaient essentiellement représentées par des cancers avancés incurables, pour lesquels il n’y avait pas de discussion thérapeutique, ou au contraire des tumeurs superficielles relevant d’un traitement endoscopique. Les possibilités pour améliorer ce taux de présentation pourraient être la création de RCP dédiées, notamment pour les tumeurs superficielles, et un accès plus facile aux RCP pour tous les praticiens. 

Remerciements