JFHOD

P.454 - Facteurs d’arrêt de chimiothérapie et fin de vie en cancérologie digestive : une étude AGEO prospective multicentrique

L.J. Palmieri, O. Dubreuil, V. Hautefeuille, J.B. Bachet, I. Trouilloud, C. Locher, R. Coriat, F. Moryoussef, B. Landi, G. Perkins, S. Doat

Introduction

L’arrêt de chimiothérapie est un tournant dans la prise en charge des malades atteints de cancer. Il reste pourtant mal étudié et ses raisons ainsi que les circonstances de son annonce peu connus. Les facteurs d’arrêt sont multiples et probablement hétérogènes, liés à la maladie, au traitement mais aussi aux prescripteurs. S'il est recommandé de ne pas réaliser de chimiothérapie trop près du décès du patient (1-2), il semble que dans nos pratiques les patients meurent fréquemment dans le mois suivant l’arrêt de la chimiothérapie (3).

Notre objectif principal était d’identifier les raisons invoquées par les praticiens motivant l’arrêt de la chimiothérapie en cancérologie digestive. Notre objectif secondaire était de décrire les modalités d’annonce de l’arrêt de chimiothérapie.

Patients et Methodes

Nous avons réalisé une enquête de pratique prospective à base de questionnaires, entre mai 2016 et janvier 2018, auprès de 15 praticiens exerçant dans 6 centres de l’Association des Gastroentérologues Oncologues (AGEO). Pour les praticiens acceptant de participer à l’étude, devait être inclus tout patient atteint d’un cancer digestif, pour lequel un arrêt de chimiothérapie était décidé (hors pauses thérapeutiques). Les questionnaires étaient envoyés prospectivement pour la cohorte de patients inclus.

Résultats

Cent treize patients ont été inclus et analysés: 33,6% atteints d’un cancer colorectal, 30% d’un cancer du pancréas, 15,9% d’un cancer de l’estomac, 12,4% d’un cholangiocarcinome, 5,3% d’un cancer de l’œsophage, 1,8% d’une tumeur neuro endocrine et 0,9% d’un cancer de l’anus. L’âge moyen était de 67 ans (±10,4), avec 53% d’hommes. Les patients avaient reçu en moyenne 3 lignes de chimiothérapie (±2).

Quinze prescripteurs ont participé à l’étude, répartis sur 6 centres (5 CHU, 1 CHG) avec un nombre médian d’années de pratiques de 7 ans (q1-q3 [3 - 11]).

La première cause d’arrêt de chimiothérapie était dans plus de la moitié des cas liée au patient (altération de l’état général (39%, n=42), sepsis, ictère ou occlusion (15%, n=16). Dans seulement 11% des cas la maladie était en progression documentée au moment de l’arrêt (n=12). Dans 10% des cas, la chimiothérapie était arrêtée sur souhait du patient. Seuls 10% des arrêts étaient liés à une toxicité de la chimiothérapie.

L’annonce d’arrêt de chimiothérapie était faite de manière formelle dans 74% des cas (n=83). Soixante-neuf pour cent des patients ont reçu une chimiothérapie dans les trois mois précédant leur décès (n=79) et 26% dans le mois précédant le décès (n=30). Il n’y avait pas de lien entre le délai entre l’arrêt de chimiothérapie et le décès et l’expérience du prescripteur (p=0,71). Le délai moyen entre l’arrêt de la chimiothérapie et le décès était de 3 mois (entre 0 et 19 mois). Les patients sont décédés dans 16% des cas (n=17) au domicile, dans 39% des cas (n=42) en unité de soins palliatifs et dans 44% des cas à l’hôpital (n=47).

Discussion

Conclusion

Cette enquête de pratique s’intéresse de manière novatrice à l’arrêt de chimiothérapie en cancérologie digestive et à ses causes. Celui-ci est probablement trop tardif puisque 26 % des patients avaient reçu de la chimiothérapie dans le dernier mois de vie, chiffres plus élevés que ceux évaluant l’ensemble de la cancérologie, témoignant de nos difficultés à prévoir la dégradation clinique menant au décès. Seuls 11% des patients avaient une progression avérée par les examens. L’annonce était faite de manière formelle dans 74% des cas. Une perspective de ce travail serait d’élargir cette enquête préliminaire à l’échelle nationale ainsi que de la répéter dans les années à venir pour voir si se démasquent des différences de prise en charge dans l’espace (lieu d’exercice oncologique) et dans le temps.

Remerciements