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CO.052 - Facteurs de risque de décès et de sévérité du COVID-19 et impact sur les traitements anti-cancéreux chez les patients ayant une tumeur solide : résultats de la cohorte nationale GCO-002 CACOVID-19

A. Lièvre, A. Turpin, I. Ray-Coquard, J. Thariat, G. Ahle, C. Neuzillet, X. Paoletti, O. Bouché, K. Aldabbagh, P. Michel, D. Debieuvre, A. Canellas, M. Wislez, L. Laurent, M. Mabro, R. Colle, A.C. Hardy-Bessard, L. Mansi, E. Colomba, J. Bourhis, P. Gorphe, Y. Pointreau, A. Idbaih, R. Ursu, A.L. Di-Stefano, G. Zalcman, T. Aparicio, K. Le Malicot

Introduction

Les patients (pts) atteints de cancer sont considérés comme ayant un risque accru de développer une forme grave de COVID-19 et de décéder de cette maladie. Dans cette cohorte, les facteurs prédictifs de gravité du COVID-19 et de mortalité chez les pts cancéreux ont été étudiés.

Patients et Methodes

Dans cette vaste cohorte rétro-prospective nationale mise en place par les Groupes Coopérateurs en Oncologie, nous avons recueilli les données des pts atteints de tumeurs solides et de COVID-19 diagnostiqués entre le 1er mars et le 11 juin 2020. Le diagnostic de COVID-19 reposait sur la confirmation d’une infection à SARS-CoV-2 par RT-PCR sur prélèvement nasopharyngé et/ou des images typiques de pneumopathie à COVID-19 au TDM thoracique ou la présence de symptômes très suggestifs de COVID-19 combiné avec une sérologie à SARS-CoV-2 positive. Le critère principal était la mortalité quelle que soit la cause. Les critères secondaires étaient la sévérité du COVID-19, définie comme l'admission en unité de soins intensifs (USI) et/ou le recours à une ventilation mécanique et/ou le décès, et l'impact du COVID-19 sur la prise en charge du cancer.

Résultats

Du 4 avril au 11 juin 2020, parmi 1354 pts enregistrés par 153 centres dans la base de données de la cohorte, 1289 pts ayant les critères d’inclusion ont été analysés. Le diagnostic de COVID-19 a été posé par une RT-PCR positive chez 952 (74%) pts, sur des images typiques de pneumopathie à COVID-19 chez 317 (24%) pts et sur des symptômes suggestifs avec sérologie à SARS-CoV-2 positive chez 20 (2%) pts. Les pts avaient les principales caractéristiques suivantes : âge médian 67 ans, hommes 62%, région de résidence Nord-Est 79%, obésité 16%, fumeur ancien/actif 52%, ≥ 1 et ≥ 4 comorbidités 86% et 25% respectivement, état général ECOG  0-1 59%. Les cancers les plus fréquents étaient digestifs (36% dont 14% de cancers colorectaux, 7% de cancers du pancréas et 7% de cancers oeso-gastriques), thoraciques (24%) et mammaires (13%) et 59% des cancers étaient métastatiques. Durant les 3 mois précédant le diagnostic de COVID-19, 755 (59%) pts avaient reçu un traitement anticancéreux systémique, principalement une chimiothérapie cytotoxique (45%). Au total, 424 (33%) patients avaient une forme sévère de COVID-19 et 370 (29%) patients sont décédés. Un total de 734 (65%) pts ont été hospitalisés et 110 (10%) ont été admis en USI ; 412 (42%) ont eu recours à une oxygénothérapie et 49 (5%) à une ventilation mécanique. Dans l'analyse multivariée, les facteurs indépendants associés au décès étaient le sexe masculin (OR 1,73, IC 95%: 1,18-2,52), l’ECOG PS ≥ 2 (OR 3,23, IC 95%: 2,27-4,61), l’indice de comorbidité Charlson actualisé (ICCa) (OR 1,08, IC 95%: 1,01-1,16) et l’admission en USI (OR 3,62, IC 95% 2,14-6,11). Les mêmes facteurs, ainsi qu'une corticothérapie avant le diagnostic du COVID-19 et la localisation primitive tumorale thoracique étaient indépendamment associés à la sévérité du COVID-19. Aucun des traitements anticancéreux administrés au cours des 3 mois précédents n'a eu d'effet sur la mortalité ou la sévérité du COVID-19, à l'exception de la chimiothérapie cytotoxique dans le sous-groupe des 952 pts avec RT-PCR à SARS-CoV-2 positive, qui était associée à une augmentation du risque de décès à la limite de la significativité (OR 1,53; IC à 95%: 1,00-2,34; p = 0,05). Un total de 431 patients (39%) ont eu leur traitement anticancéreux systémique interrompu ou arrêté suite au diagnostic de COVID-19.

Discussion

Conclusion

La mortalité et la sévérité du COVID-19 chez les patients atteints de cancer étaient élevées dans cette cohorte comportant néanmoins probablement un biais d’inclusion avec sur-représentation de formes symptomatiques graves. Le décès et la sévérité du COVID-19 étaient essentiellement liées aux caractéristiques générales des patients. Nous n'avons trouvé aucun effet délétère des traitements anticancéreux récents, à l'exception de la chimiothérapie cytotoxique dans le sous-groupe de patients dont le diagnostic de COVID-19 était confirmé par RT-PCR. Chez près de 40% des patients, le traitement anticancéreux systémique a été interrompu ou arrêté suite au diagnostic du COVID-19.

Remerciements