JFHOD

CO.011 - Facteurs prédictifs de non-réponse à l’acide ursodésoxycholique après transplantation hépatique chez les patients transplantés pour une cholangite biliaire primitive

L. Duhaut, V. Cailliez, P. Houssel-Debry, L. Meunier, F. Conti, J. Dumortier, O. Roux, T. Antonini, A. Coilly

Introduction

La cholangite biliaire primitive (CBP) est une pathologie auto-immune rare des petites voies biliaires dont le risque évolutif est la formation d'une cirrhose. L’acide ursodésoxycholique (AUDC) ralentit la progression de la fibrose et a diminué le recours à la transplantation hépatique (TH) dans cette indication. Les patients avec une réponse biochimique incomplète à l’AUDC présentent une progression plus rapide de la fibrose et une diminution de la survie sans TH. Après la TH, le risque de récidive sur le greffon est de 9 à 36%. La reprise de l'AUDC après la TH est associée à une diminution du risque de récidive. Aucun critère n'est validé pour évaluer la réponse à l’AUDC après la TH et les critères biologiques habituels ne peuvent être utilisés, or l’identification des patients non-répondeurs permettrait de leur proposer une deuxième ligne de traitement pour limiter la progression de la fibrose sur le greffon et le recours à la re-transplantation.

Patients et Methodes

L’objectif principal était d’identifier les facteurs prédictifs de non-réponse à l'AUDC après la TH. La non-réponse était définie comme une récidive histologiquement prouvée sous AUDC à visée préventive, c'est-à-dire réintroduit avant le diagnostic de récidive. La non-réponse était également définie comme un décès ou une re-transplantation secondaires à la récidive de CBP ou comme la progression de la fibrose sous AUDC à visée curative, c'est-à-dire réintroduit après le diagnostic de récidive. Il s'agissait d'une étude rétrospective multicentrique portant sur des patients transplantés pour une CBP entre 1995 et 2017 dans 7 centres de transplantation français avec un suivi d'au moins un an après la TH.

Résultats

Ont été inclus 145 patients, dont 126 femmes (89,6%), d’âge médian 45,8 ± 9,9 ans au diagnostic et 54,9 ± 9,6 ans à la TH, avec une cirrhose dans 91% des cas. La durée de suivi était de 122,5 ± 78,5 mois après la TH. Seuls deux centres pratiquaient des biopsies protocolaires après la TH. Une récidive a été diagnostiquée chez 47 patients (32,6%). L’AUDC a été réintroduit chez 98 patients (71,9%) dans un délai moyen de 24,1 ± 37,2 mois, à visée préventive chez 73 patients (50,3%) et à visée curative chez 25 patients (17,2%). Parmi eux, 23 patients (23,4%) étaient non-répondeurs : 6 (4,1%) sous AUDC à visée préventive et 17 (11,7%) sous AUDC à visée curative. En analyse univariée, les facteurs associés à la non-réponse étaient l’âge du receveur à la TH, le prurit avant la TH, le rejet aigu, le rejet chronique et la récidive d’une hépatite auto-immune (respectivement p=0,004 ; p=0,031 ; p=0,002 ; p=0,031 et p=0,012). La prise de ciclosporine, d’azathioprine au diagnostic de récidive, l’arrêt de la corticothérapie avant 1 an post transplantation ainsi que l’absence de MMF au diagnostic de récidive apparaissaient également associés à la non-réponse (respectivement p=0,018 ; p=0,046 ; p=0,029 ; p=0,036). En analyse multivariée, les facteurs prédictifs étaient l’âge du receveur à la TH, la survenue d’un rejet aigu et un groupe sanguin non O chez le receveur (respectivement p=0,0146 ; p=0,0219 ; p=0,0360). Il n’y avait pas de différence de survie globale et de survie du greffon entre les patients répondeurs et les patients non-répondeurs. Treize patients (9%) ont été re-transplantés dans un délai de 62 ± 78,3 mois, dont 4 (30,7%) pour une récidive liée à une non-réponse à l'AUDC. Il n’y avait pas de différence de survie globale et de survie du greffon entre les patients avec récidive et les patients sans récidive.

Discussion

Conclusion

Le taux de non-réponse à l’AUDC était de 23,4% dans notre population de patients transplantés pour une CBP. Les facteurs prédictifs de non-réponse étaient un âge jeune à la TH, la survenue d’un rejet aigu cellulaire et un groupe sanguin non O chez le receveur. Une majoration de l'immunosuppression ainsi qu'une deuxième ligne de traitement pourraient être discutées en cas de mise en évidence d'une récidive malgré la prévention par AUDC ou d'une progression de la fibrose sous AUDC, en particulier chez des patients jeunes. Une cohorte de plus grande taille semble nécessaire pour confirmer ces données, ainsi que l'absence d'influence de la non-réponse sur la survie, et pour identifier d’autres facteurs prédictifs de non-réponse.

Remerciements