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CO.141 - Fréquence des hépatites virales associées au cancer du foie diagnostiqué en France en 2017 : appariement des données des bases médico-administratives

Y.C. Kudjawu, C. Le Bihan, C. Brouard, S. Leclerc, L. Daubisse, A. Cohen-Akenine, H. Fontaine, A.M. Bouvier, A. Gallay, F. de Maria

Introduction

Le cancer primitif du foie (CPF) représente une cause majeure de mortalité au monde. Plusieurs facteurs de risque, souvent évitables, dont les hépatites virales B (VHB) et C (VHC) chroniques lui sont associés, plus particulièrement au carcinome hépatocellulaire (CHC). L’objectif de cette étude était de :

1) développer des algorithmes d’identification des patients ayant eu un diagnostic d’infection chronique par le VHB ou le VHC parmi les nouveaux cas diagnostiqués pour CPF dans les bases du système national des données de santé (SNDS) ;

2) mesurer la fréquence de ces infections virales chroniques chez les patients avec un CPF diagnostiqué en 2017.

Patients et Methodes

Les bases de données du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI), de Pharmacie et de Biologie du SNDS de 2005 à 2018 ont été utilisées. Les informations entre, d’une part les nouveaux cas de CPF diagnostiqués en 2017 sélectionnés à l’aide de codes CIM10 dans le PMSI, et d’autre part les cas diagnostiqués pour infections chroniques par le VHB ou le VHC sélectionnés dans les bases PMSI (code CIM10), Biologie (codes NABM de dosage de charge virale et de génotypage) et Pharmacie (code CIP/UCD de médicaments antiviraux spécifiques) entre 2005 et 2017, ont été chaînées et appariées à l’aide d’un identifiant anonyme individuel commun.

Résultats

En France métropolitaine, 11 215 nouveaux cas de CPF ont été identifiés en 2017 dans le PMSI. L’âge moyen au diagnostic était de 69,9 ans. Les femmes étaient plus âgées que les hommes (72,0 ans vs 69,1 ans). Le sexe ratio homme/femme était 2,8. Les cas de CPF selon le code CIM10 étaient répartis de la façon suivante : CHC (C220) = 66,6%, cholangiocarcinome (C221) = 21,6%, sans autre indication (C229) = 9,2%, autres (C222 à C227) = 2,5%.     

Le diagnostic d’hépatite virale chronique a été recoupé dans au moins 2 sources de données pour 52% et 81% des cas de VHB et VHC. Parmi les cas de CPF, 1762 (15,7%) avaient eu un diagnostic d’infection chronique par le VHB (n=486, soit 4,3%) ou le VHC (n=1276, soit 11,4%).

La fréquence de l’infection chronique par le VHB ou VHC chez les cas de CHC (n=7468) était de 1588 (21,3%) soit 90,1% de l’ensemble des hépatites virales chroniques des CPF.

La fréquence de la co-infection VHB-VHC chronique chez les cas de CPF et CHC associés aux hépatites virales chroniques était respectivement de 10,1% (179/1762) et 10,3% (164/1588).

Discussion

La fréquence des infections chroniques par le virus de l’hépatite B ou C retrouvées dans cette étude est inférieure aux valeurs de 2015 documentées dans l’étude de Shield et al. (1).

La rupture de chaînage des données du PMSI en 2004, l’indisponibilité des bases de données de biologie et de pharmacie avant 2006, un défaut de qualité de codage des données, le sous codage des hépatites virales B et C dans le SNDS expliquent probablement cette différence.

Conclusion

A notre connaissance, cette étude est la première en France à utiliser les données du SNDS pour mesurer la part des hépatites virales associée au CPF. Les bases du SNDS qui couvrent l’ensemble du territoire national et qui sont rapidement disponibles et mobilisables constituent des sources intéressantes de suivi des fréquences et tendances des causes virales du CPF en France. Les algorithmes de sélection des patients développés dans cette étude feront l’objet d’amélioration et de validation à partir de sources de données de références.

Dans un contexte où l’OMS préconise, d’ici 2030, l'élimination des hépatites virales perçues comme une menace majeure pour la santé publique, où l’efficacité des nouveaux traitements contre le VHC peut avoir un impact sur la fréquence du CPF et où la vaccination contre le VHB est devenue obligatoire début 2018 pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2018 en France, les algorithmes développés à partir des données du SNDS permettront à court et moyen termes de surveiller l’évolution du CPF d’origine virale et à long terme d’étudier l’impact des mesures de santé publique sur la fréquence des risques infectieux associés au CPF.

Remerciements