JFHOD

CO.139 - HASI-iQUEST : recherche de causes virales des hépatites aiguës sévères indéterminées

N. Gille, A.M. Roque-Afonso, M. Sebagh, C. Piedvache, H. Agostini, J.C. Duclos-Vallée, D. Samuel, A. Coilly

Introduction

Malgré une enquête étiologique exhaustive, il n’est pas toujours possible de déterminer la cause d’une hépatite aiguë sévère (HAS). Dans 18% des cas en France, les HAS sont de cause indéterminée (HASI). Or, certaines HASI pourraient être causées par des virus non recherchés. D’autres virus, ubiquitaires, comme l’EBV ou le TTV dont la charge virale évolue avec le degré d’immunosuppression, pourraient jouer un rôle dans le pronostic de ces patients. L’objectif principal de notre étude était de décrire l’enquête virologique en France devant une HAS a priori indéterminée. Les objectifs secondaires étaient de rechercher a posteriori des causes virales d’HAS non retrouvées initialement, puis de décrire la population de patients chez qui une cause virale était mise en évidence a posteriori et de déterminer les facteurs pronostiques chez ces patients. Nous avons également cherché à évaluer l’imputabilité virologique sur l’analyse histologique des biopsies hépatiques et des lames de foie natif, et nous avons étudié le rôle pronostique des virus ubiquitaires.

Patients et Methodes

La cohorte HASIPRO est la première étude prospective multicentrique nationale s’intéressant aux HASI. Entre juin 2013 et décembre 2016, 70 patients présentant une HASI ont été inclus dans 15 centres hospitaliers. Les critères d’inclusion étaient les suivants : âge≥18 ans, présence d’une HAS définie par un TP<50% ou un INR>1,5, absence d’une cause identifiée à l’admission, absence d’hépatopathie chronique sous-jacente. La recherche de virus potentiellement responsables d’HAS et des virus ubiquitaires a été réalisée par PCR en temps réel et sérologies à partir d’une biothèque constituée à l’admission des patients. Une relecture histologique en aveugle des biopsies hépatiques et des foies natifs a été réalisée par un anatomo-pathologiste expert afin d’évaluer l’imputabilité virologique, classée « Certaine », « Possible » ou « Improbable », selon les lésions histologiques compatibles avec une hépatite virale.

Résultats

Les virus hépatotropes (VHA, VHB, VHC, VHE) étaient recherchés dans plus de 90% des cas, contre seulement 19% à 69% des cas pour les autres virus (CMV : 69%, HSV-1 : 57%, HSV-2 : 56%, EBV : 49%, HHV-6 : 40%, VZV : 26%, parvovirus B19 : 19%), Tableau 1. Les méthodes de recherche virologique étaient hétérogènes et respectaient peu les recommandations de l’EASL : les virus HSV-1 et HSV-2 étaient recherchés à la fois par PCR et sérologie chez seulement un quart des patients.

Six HAS a priori indéterminées (9%) ont été reconsidérées virales : 3 HAS liées au VHE, une HAS au virus de la dengue et 2 HAS au parvovirus B19, ces deux dernières (33%) n’ayant pas été diagnostiquées par les centres investigateurs. Parmi ces 6 patients, un est décédé (17%) et un autre a été transplanté (17%). Les caractéristiques de ces 6 patients n’étaient pas différentes des caractéristiques des patients ayant une HASI non virale.

L’imputabilité virologique sur l’analyse histologique seule était estimée « Possible » dans 14 cas (56%) à la PBH et dans 15 cas (75 %) à la relecture du foie natif. Elle n’a jamais été classée « Certaine » car aucune inclusion virale n’était présente. Le pourcentage de nécrose (p=1,0) et le score de fibrose (p=0,77) n’étaient pas des facteurs pronostiques de mortalité ou de TH.

Les virus ubiquitaires EBV et TTV étaient fréquemment retrouvés (respectivement 49% et 78%) mais n’étaient pas des facteurs pronostiques de mortalité ou de TH (respectivement p=0,06 et p=0,97).

Discussion

Conclusion

Cette étude est la première à s’intéresser de façon prospective à la recherche de virus chez des patients atteints d’HASI. Bien que les HAS a priori indéterminées et reconsidérées virales soient rares (9% des patients), l’enquête virale dans les centres français est hétérogène et respecte peu les recommandations des sociétés savantes. La biopsie hépatique n’apporte pas d’information supplémentaire quand une cause virale est suspectée, bien qu’elle permette d’éliminer d’autres causes, notamment auto-immunes. Les virus ubiquitaires ne semblent pas jouer de rôle pronostique chez les patients atteints d’HASI.

Remerciements