JFHOD

CO.093 - Hémorragies post-opératoires en proctologie : étude rétrospective monocentrique de 7 533 interventions chirurgicales

G. Martin, H. Beaussier, G. Chatellier, N. Lemarchand, M. Aubert, E. Pommaret, N. Fathallah, K. Fellous, E. Safa Far, D. Soudan, H. Pillant-Le Moult, A. Portal, L. Spindler, C. Thomas, V. de Parades

Introduction

La chirurgie proctologique n’est pas dénuée de complications et l’hémorragie postopératoire est une des complications au potentiel de gravité le plus important. Cependant, il existe peu de données dans la littérature permettant d’informer précisément les patients.

L’objectif principal de ce travail était donc d’évaluer la fréquence et les facteurs de risque des hémorragies survenant dans les 30 jours après une chirurgie proctologique au sein d’une cohorte de 7 533 interventions. Les objectifs secondaires étaient de décrire précisément ces hémorragies et leur prise en charge.

Patients et Methodes

Les patients opérés entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2018 (30 mois) dans un service de proctologie médico chirurgicale ont été inclus de façon rétrospective à partir des données informatiques du Groupe Hospitalier. L’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, le score ASA du patient, la prise d’antiagrégants plaquettaires (AAP) et/ou d’anticoagulants (antivitamine K (AVK) et anticoagulants oraux directs

(AOD)), ainsi qu’un relai par héparine, le tabagisme actif, le mode d’hospitalisation (ambulatoire ou conventionnel), l’opérateur et le type d’intervention ont été recueillis. Les interventions étaient classées en 6 groupes : « hémorroïdes », « fissures », « fistules », « condylomes », « sinus pilonidal » et « divers ».

Une hémorragie postopératoire était définie comme un saignement survenu entre l’arrivée en salle de réveil et le 30ème jour postopératoire et ayant nécessité une prise en charge hospitalière. Le délai de survenue et la prise en charge des hémorragies lors de l’hospitalisation ont été également étudiés. Les hémorragies étaient définies comme « graves » en cas de transfusion globulaire et/ou de reprise pour hémostase au bloc opératoire. L’analyse des données a été faite en analyse uni puis multivariée.

Résultats

Au total, les 7 533 interventions ont été réalisées chez 6 727 patients : 2 157 (28,6 %) « hémorroïdes », 1 289 (17,1 %) « fissures », 2 389 (31,7 %) « fistules », 887 (11,8 %) « condylomes », 554 (7,4 %) « sinus pilonidal » et 257 (3,4 %) « divers ». L’âge moyen des patients était de 42,6 (+/-14,3) ans et 67,2% étaient des hommes. Il y avait 379 patients (5%) qui étaient traités par AAP ou anticoagulants : 254 sous aspirine ou dérivés, 32 sous un autre AAP, 42 sous AVK, 46 sous AOD et 5 sous héparine (hors contexte de relai d’un anticoagulant oral).

Une hémorragie postopératoire est survenue chez 111 (1,5%) patients avec un nombre total de 123 épisodes hémorragiques (12 récidives). La fréquence après chirurgie hémorroïdaire était de 3,4 %.

Le délai de survenue des hémorragies variait de J0 à J27 avec une moyenne de 6 (+/- 5,5) jours.

Concernant la sévérité, 65 (52,8 %) hémorragies étaient « graves ». Concernant la prise en charge, 35 (28,5 %) des hémorragies ont nécessité une transfusion, 46 (37,4 %) une hémostase au bloc opératoire et 18 (14,6 %) une hémostase sous anesthésie locale.

En analyse multivariée, une hémorragie postopératoire était plus fréquente après chirurgie hémorroïdaire (p = 0,001), en cas de traitement anticoagulant (p = 0,027), en particulier les AOD (p = 0,015) et en cas de score ASA égal à 3 (p = 0,004). Un tabagisme actif était au contraire associé à une diminution du risque hémorragique (p = 0,016).

Discussion

Conclusion

Les hémorragies postopératoires sont peu fréquentes après chirurgie proctologique (prévalence de 1,5 % toutes chirurgies confondues et de 3,4 % après chirurgie hémorroïdaire) mais elles nécessitent une transfusion et/ou une reprise pour hémostase au bloc opératoire dans la moitié des cas. Elles surviennent dans un délai moyen de 6 (+/- 5,5) jours et récidivent dans 10 % des cas.

En outre, notre étude a montré que la chirurgie hémorroïdaire et les anticoagulants étaient des facteurs de risque d’hémorragie. Les AOD, évalués pour la première fois dans cette étude, et un score ASA égal à 3 étaient également des facteurs de risque indépendants d’hémorragie. A l’inverse, le tabagisme actif avait un effet protecteur.

Remerciements