JFHOD

CO.130 - Hépatites aiguës induites par les immunothérapies anti-tumorales : aspects cliniques et prise en charge

O. Roux, M.L. Gauci, B. Baroudjian, U. Bederede, C. Zeboulon, A. Dupont, J. Delyon, C. Allayous, M. Bagot, I. Madelaine, M. Resche-Rigon, N. Pote, M. Bouattour, C. Lebbe

Introduction

Les hépatites aiguës induites par les immunothérapies (HAII) représentent de 1 à 18% des patients traités selon l’immunothérapie instaurée. Le but de cette étude est de caractériser le profil clinique, biologique et anatomopathologique de cette toxicité, et d’évaluer l’impact d’une corticothérapie sur son évolution ainsi que sur la survie, dans une population de patient traité pour un mélanome métastatique.

Patients et Methodes

Nous avons colligé rétrospectivement les cas d’HAII de grade ≥ 3 (sous immunothérapie (anti-CTLA-4, anti-PD-1 ou leur combinaison) pour le traitement d’un mélanome, dans un centre. Les caractéristiques cliniques, biologiques, anatomopathologiques des patients et les données relatives à leur prise en charge ont été recueillies. Deux groupes ont été identifiés et comparés : les patients ayant reçu une corticothérapie systémique > à 10mg/jour (CTC) et ceux n’en ayant pas reçu (non CTC). Une analyse de survie a été réalisée afin d’évaluer le délai de la résolution de l’hépatite (retour à un grade ≤ 1) et la survie à partir de la date de début de la toxicité (≥ grade 1) entre les deux groupes.

Résultats

Entre avril 2012 et décembre 2017, 86 patients ont été traités par ipilimumab, 227 par anti PD-1 et 26 par leur combinaison pour un mélanome avancé. Une HAII de grade ≥ 3 a été observée chez 7 (8%), 10 (38%) et 4 (1,7%) patients, respectivement (n=21). Les groupes CTC et non CTC comprenaient 13 (62 %) et 8 patients (38 %), respectivement. Le délai de résolution médian de la toxicité hépatique était de 49 jours dans le groupe CTC et de 24 jours dans le groupe non CTC (test du log-rank: p=0.62). La durée médiane de traitement a été de 1,8 mois dans le groupe traité. L’évolution a été favorable pour 20 patients. La survie à 24 mois était  de 56 % dans le groupe CTC et de 54% dans le groupe non CTC (test du log-rank: p=0.83). Les patients étaient différent en termes de taux de transaminases (p=0.002), de bilirubine (p=0.008) et de valeur de TP (p=0.035) dans le groupe CTC comparativement au groupe non CTC. Chez 8 patients, une immunothérapie a été réintroduite sans récidive de toxicité hépatique.

Discussion

La corticothérapie n’a pas été nécessaire pour certains cas d’HAII de grade ≥ 3. Son introduction a été justifiée devant une HAII plus sévère (présence d'un ictère). Cependant, la corticothérapie n’a pas impacté le pronostic et la survie des patients. Notre hypothèse est que la gravité de la toxicité était associée à une restauration de la réponse immunitaire T plus importante permettant un bon contrôle tumoral. Nous proposons un arbre décisionnel pour la prise en charge (figure 1).

Conclusion

La corticothérapie ne doit pas être systématiquement introduite en cas de toxicité hépatique de  grade ≥ 3. La corticothérapie n’impactait pas l’efficacité thérapeutique en cas d’hépatite sévère. Une réintroduction de l’immunothérapie semble possible après résolution de l’hépatite.

Remerciements