JFHOD

CO56 - Histoire naturelle des pancreatites associees aux mutations du gene spink1

Muller Nelly, Hentic Olivia, Maire Frédérique, Ruszniewski Philippe, Lévy Philippe, Rebours Vinciane

Introduction

SPINK1 est un gène codant pour l'inhibiteur du trypsinogène cationique dont la prévalence des mutations à l'état hétérozygote dans la population générale est estimée à 2%. Leur présence est reconnue comme un facteur de risque de pancréatites récidivantes ou chroniques et sont responsables d'une grande partie des pancréatites dites tropicales. Cependant, peu de données sont disponibles quant à l'histoire naturelle et le risque de complications chez ces patients. Objectif - décrire l'histoire naturelle des pancréatites dont l'origine est imputable à une mutation de SPINK1.

Patients et méthodes

Etude monocentrique prospective menée de 2000 à 2016. Tous les patients adressés pour bilan étiologique exhaustif d'une pancréatite idiopathique, présentant une mutation du gène SPINK1 à l'exclusion de toute autre cause (alcoolisme chronique, lithiase biliaire, auto-immune, métabolique), étaient inclus et suivis annuellement. Les données épidémiologiques, génétiques, cliniques, morphologiques étaient recensées.

Résultats

158 patients étaient inclus (hommes: 49%, tabagisme: 34%, nombre médian de paquets-année : 10 [1-46]). Les mutations de SPINK1 étaient : N34S à l'état hétérozygote (65%), N34S à l'état homozygote (8%), autres (27%). Des mutations des gènes CFTR, PRSS1, et CTRC étaient associées chez respectivement 16%, 8% et 2%. L'âge médian aux premiers symptômes et au diagnostic était respectivement 20 ans [2-73] et 29 ans [3-76]. Le retard diagnostique était de 9 ans. Au cours du suivi à partir des premiers symptômes (durée médiane : 7,45 ans), les manifestations cliniques étaient des douleurs pancréatiques (73%), épisodiques (87%) ou continues (13%) ; une pancréatite aiguë (77%), un pseudokyste (15%), une cholestase (6%) par compression de la voie biliaire, une insuffisance pancréatique exocrine (33%), un diabète (15%) et un adénocarcinome pancréatique (n=6, 4%, âge médian de survenue : 54,3 ans [31,7-73].). Des calcifications pancréatiques et des anomalies canalaires, une thrombose du système veineux portal étaient trouvées chez 56%, 62% et 3%. Il n'y avait pas de différence significative des données cliniques et morphologiques selon le statut génétique de SPINK1 ou l'association à une mutation d'un autre gène. Il était réalisé un traitement endoscopique chez 16% et une intervention chirurgicale chez 14% (n=22 dont 4 duodéno-pancréatectomies céphaliques, 7 splénopancréatectomies caudales, 11 dérivations wirsungo-jénunales). Le nombre de décès était de 4 (dont 3 dus à un cancer du pancréas). Le risque actuariel de survenue de cancer du pancréas à 55, 60, 70 et 75 ans était de 9,4%, 14,7%, 28,9% et 46,7%. Les facteurs associés à la survenue d'un cancer était la présence de calcifications pancréatiques (p=0.03), d'une insuffisance exocrine (p=0,04). Ni le diabète ni le tabac étaient associés à un sur-risque de cancer. Seul un patient/6 avait un antécédent familial de cancer du pancréas au 2° degré. Les mutations de SPINK1 étaient N34S (n=4) et une délétion (n=2).

Conclusion

Les symptômes des pancréatites associées aux mutations du gène SPINK1 surviennent précocement chez de jeunes adultes avec un retard diagnostique de 9 ans. L'évolution est comparable à celle des pancréatites liées aux mutations du gène PRSS1, notamment pour les manifestations de pancréatite chronique et le risque d'adénocarcinome pancréatique qui pourrait être dépisté à partir de l'âge de 50 ans, notamment en cas de pancréatite chronique calcifiante. La recherche de mutation du gène SPINK1 doit être proposée en cas de pancréatite non expliquée chez des patients jeunes, même en l'absence d'antécédent familial.