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C.050 - Histoire naturelle des ulcérations anales au cours de la maladie de Crohn à début pédiatrique : étude en population générale

P. Mortreux, A. Leroyer, C. Dupont-Lucas, D. Ley, V. Bertrand, C. Spyckerelle, N. Guillon, P. Desreumaux, C. Gower-Rousseau, G. Savoye, M. Fumery, D. Turck, L. Siproudhis, H. Sarter

Introduction

Les ulcérations anales sont fréquemment observées au cours de la maladie de Crohn (MC). Leur histoire naturelle reste pourtant méconnue, notamment au cours de la MC à début pédiatrique. Les objectifs de cette étude étaient de déterminer, en population générale, le risque d’ulcérations anales au cours de la MC à début pédiatrique, d’en déterminer les facteurs de risque et d’évaluer le risque d’évolution vers des lésions suppuratives. 

Matériels et méthodes

Tous les patients avec un diagnostic de MC avant l’âge de 17 ans entre 1988 et 2011 au sein d’un registre en population générale étaient suivis rétrospectivement jusqu’en 2013. Un recueil spécifique de données complémentaires a été effectué chez les patients présentant des ulcérations anales au diagnostic et/ou au cours du suivi. Les variables recueillies comprenaient : examen proctologique, prise en charge diagnostique (IRM périnéale, écho-endoscopie, examen sous anesthésie générale) et thérapeutique (médicale et/ou chirurgicale). Les exploitations statistiques ont utilisé des modèles de Cox. 

Résultats

Parmi les 1005 patients inclus (filles, 450 (44,8%) ; âge médian au diagnostic 14,4 ans (IQR, 12,0-16,1)), 257 (25,6%) présentaient une ulcération anale au diagnostic. Les incidences cumulées de survenue d’ulcérations anales à 5 et 10 ans du diagnostic étaient respectivement de 38,4% (IC95% 35,2-41,4) et 44,0% (IC95% 40,5-47,2). Les facteurs de risque associés à la survenue d’une ulcération anale en analyse multivariée étaient la présence de signes extra-digestifs (Hazard Ratio (HR) 1,46, IC95% 1,19-1,80, p=0.0003) et la localisation digestive haute (HR 1,51, IC95% 1,23-1,86, p<0.0001). A l’inverse, la localisation iléale (L1) était associée à une moindre survenue d’ulcérations anales (L2 vs L1 HR 1,51, IC95% 1,11-2,06, p=0.0087 ; L3 vs L1 HR 1,42, IC95% 1,08-1,85, p=0.0116). Parmi les 352 patients ayant présenté au moins un épisode d’ulcération anale, 82 (23,3%) ont développé une suppuration anopérinéale après un suivi médian de 5,7 ans (IQR, 2,8-10,6). En analyse temps-dépendant ajustée, ce risque était doublé lorsque les malades avaient déjà présenté une ulcération anale (HR 2,0, IC95% 1,45-2,74, p<0,0001). En analyse multivariée chez les patients avec ulcération anale, la période diagnostique, l’exposition aux immunosuppresseurs et/ou anti-TNF n’influençaient pas le risque de survenue d’une suppuration anopérinéale.

Discussion

Conclusion

La survenue d’ulcérations anales est un évènement fréquent au cours de la MC à début pédiatrique puisque près de la moitié de ces patients ont présenté au moins un épisode après 10 ans d’évolution. Les suppurations anopérinéales sont deux fois plus fréquentes chez les patients présentant ou ayant présenté une ulcération anale. Ces résultats plaident pour une démarche thérapeutique proactive en cas d’ulcérations anales. 

Remerciements