JFHOD

P.305 - Identification des facteurs de risque modifiables des cancers digestifs et leur perception par la population

R. Ancellin, M. Minvielle, J. Gaillot de Saintignon

Introduction

Les cancers digestifs les plus fréquents (cancers du côlon-rectum, du pancréas, du foie, de l’œsophage, de l’estomac, des voies biliaires) ont représenté, en 2018, 83 067 nouveaux cas et 45 267 décès, soit plus de 21% des nouveaux cas de cancer (toutes localisations confondues) et plus de 28% des décès liés aux cancers. Ces cancers présentent soit un pronostic intermédiaire (survie à 5 ans de 22% pour le cancer de l’estomac et 51% pour le cancer du côlon-rectum) soit un mauvais pronostic (survie à 5 ans de 14% pour le cancer des voies biliaires, 13% pour le cancer du foie et le cancer de l’œsophage et 7% pour le cancer du pancréas) et sont majoritairement attribuables à des facteurs modifiables (comportementaux et infectieux). Le but de cette communication est de rappeler les principaux facteurs de risque modifiables des cancers digestifs et de mettre en évidence le décalage entre les facteurs de risque perçus par la population et les facteurs de risque avérés de ces cancers afin d’en améliorer la prévention en s’appuyant sur le relais des professionnels de santé.

Matériels et méthodes

L’analyse repose sur des études de référence, à savoir l’étude 2018 du Centre International de recherche sur le cancer (CIRC), soutenue par l’Institut National du Cancer, relative aux cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France ; les conclusions du rapport du World Cancer Research Fund/International Agency of Research against Cancer de 2018 et l’édition 2015 du baromètre cancer publiée en 2018 par l’Institut National du Cancer et Santé Publique France (perception des facteurs de risque par la population française).

Résultats

Les principaux facteurs de risque modifiables de cancers digestifs sont le tabac, l’alcool, une alimentation non optimale, le surpoids et l’obésité, certains agents infectieux ainsi qu’une insuffisance d’activité physique. D’après l’étude du CIRC, pour l’année 2015, l’alcool et le tabac apparaissent comme les deux leviers principaux de prévention puisque responsables chacun de plus de 12 000 nouveaux cas de cancers digestifs. Viennent ensuite l’alimentation inadaptée (plus de 9 000 cas), le surpoids/obésité (plus de 8 000 cas) et les agents infectieux (plus de 7 000 cas).

Face à ces constats, les Français ont majoritairement une perception erronée du poids des différents facteurs de risque de cancer. Un sur trois pense qu’on ne peut rien faire face au risque cancer. Par ailleurs, si 97% des interrogés identifient bien le tabac comme favorisant l’apparition d’un cancer, une méconnaissance ou une appréhension  inexacte du poids réel de certains facteurs est observée. A titre d’exemple :

  • plus d’une femme sur cinq (21,4%) et près de 15% des hommes ne considèrent pas qu’une consommation d’alcool au-delà des repères constitue un risque de cancer ;
  • près d’un répondant sur quatre (23,1%) pense que le surpoids ou l’obésité n’est pas un facteur de risque de cancer ;
  • Seules 42,6% des personnes interrogées considèrent la consommation de viandes rouges comme un facteur de risque ;
  • a contrario, plus de 95% des interrogés pensent que respirer un air pollué est un facteur de risque alors que ce facteur n’est responsable que de 0,4% des nouveaux cas de cancer.

Les données du baromètre cancer 2015 montrent aussi que seuls 13,3% des interrogés situent le cancer du côlon-rectum comme faisant effectivement parmi des trois localisations les plus graves. 

Discussion

Conclusion

Ces données mettent en exergue le rôle majeur des consommations d’alcool et de tabac dans la survenue des cancers digestifs et l’existence de représentations erronées sur les facteurs de risque de cancers en général, et ceux impliqués dans les cancers digestifs en particulier. A la lumière de ces constats, l’information délivrée par les professionnels de santé pourrait être un levier décisif conduisant à une meilleure prise de conscience de la population elle-même et représenter un levier de prévention important.

Remerciements