JFHOD

C.081 - Immunoscore dans les cancers colorectaux T1 traités par résection endoscopique : un nouveau biomarqueur pour prédire l’envahissement ganglionnaire et la rechute

F. Corre, A. Kirilovsky, F. Marliot, T. Fenouil, T. Lambin, A. Charissoux, J. Albouys, C. Bossard, E. Coron, M.S. Soubeyrand, V. Lepilliez, C. Lagorce Pages, G. Rahmi, A. Rullier, E. Chabrun, S. Henno, T. Wallenhorst, A. Rouquette, C. Cellier, R. Coriat, M. Pioche, J. Jacques, M. Barret, B. Terris, S. Chaussade, F. Pages

Introduction

Les cancers colorectaux T1 sont aujourd’hui accessibles à un traitement endoscopique mini-invasif dont la morbidité est bien moindre par rapport à la chirurgie carcinologique. Cependant, dans 70% des cas, les recommandations de l’ESGE nous préconisent de compléter le geste par une chirurgie complémentaire avec curage ganglionnaire en raison de la présence de facteurs de risque histologiques sur la pièce de résection endoscopique. Parmi les patients opérés secondairement, environ 20% ont un envahissement ganglionnaire. Les 80% restant ont alors une pièce blanche et pourraient avoir été opérés par excès (1). L’Immunoscore® est un nouveau biomarqueur reposant sur la détermination par pathologie digitale de la densité en lymphocytes T totaux CD3+ et cytotoxiques CD8+ dans la tumeur (CT) et sa marge d’invasion (IM). Un système de cotation en trois catégories a été établi. L’étude de validation internationale SITC (Society for Immunotherapy of Cancer) menée par F. Pagès et al. (2) sur plus de 3500 patients dans 13 pays a confirmé l’impact pronostic majeur de l’Immunoscore dans les cancers du côlon de stade I à III. L’objectif de cette étude était donc d’évaluer l’apport pronostique de l’Immunoscore (IS) chez les patients ayant un cancer colorectal T1 traité endoscopiquement.

Patients et Methodes

Nous avons mené une étude rétrospective incluant les patients ayant eu une résection endoscopique par mucosectomie ou dissection sous-muqueuse pour cancer colorectal T1 dans huit centres experts français entre 2014 et 2019. Nous avons recueilli les données démographiques, cliniques, endoscopiques, histologiques et de suivi, ainsi que les blocs tumoraux ou les coupes issues de ces blocs pour réaliser les immunomarquages CD3 et CD8. Les densités immunitaires ont été déterminées par un logiciel d’analyse d’image, puis converties en percentiles suivant les valeurs de densités immunitaires de l’ensemble des patients de la cohorte. Pour chaque cas a été calculée la moyenne des percentiles (CD3CT, CD3IM, CD8CT, CD8IM). L’IS High correspondait aux patients ayant une moyenne de percentiles dans le premier tiers de la cohorte, l’IS Int. et l’IS Low dans le deuxième et le troisième tiers, respectivement. Nous avons choisi comme critère de jugement principal composite la présence d’un envahissement ganglionnaire sur la pièce de résection chirurgicale et/ou une récidive néoplasique au cours du suivi.

Résultats

139 patients ont été inclus. L’âge moyen dans la cohorte était de 69,1 +/- 10,2 ans. La tumeur était localisée dans le rectum chez 79 (56,8%) patients et dans le côlon chez 60 (43,2%) patients. Parmi ces 139 tumeurs T1, 33 (23,7%) ont été réséquées par mucosectomie, 92 (66,2%) par dissection sous-muqueuse, 10 (7,2%) par technique hybride et 4 (2,9%) par résection transpariétale (FTRD). Cent (71,9%) patients avaient une indication théorique de chirurgie complémentaire selon les recommandations. La chirurgie complémentaire était effectivement réalisée chez 64 (46,0%) patients. Concernant le critère de jugement principal, 13 (9,4%) patients avaient un envahissement ganglionnaire sur la pièce de chirurgie complémentaire et 7 (5,0%) patients avaient une récidive néoplasique au cours du suivi, ce qui portait à 20 (14,4%) le nombre de patients remplissant le critère de jugement principal. Parmi les patients ayant été opérés (n=64), la distribution de l’IS en 3 classes était significativement différente selon la présence d’un envahissement ganglionnaire (p=0,033) et selon la présence d’un envahissement ganglionnaire et/ou d’une rechute (p=0,006) (Figure 1). Plus l’IS était élevé, moins le risque d’envahissement ganglionnaire et/ou de rechute était important. Ainsi, la probabilité pour un patient avec un IS High d’avoir un envahissement ganglionnaire était de 8,7% tandis que la probabilité pour un patient avec un IS Low d’avoir un envahissement ganglionnaire était de 31,6% et s’élevait à 44.4% si l’on prenait en considération le risque additionnel de rechute. Sur l’ensemble de la cohorte (n=139), plus l’IS était élevé, meilleure était la survie sans évènements (p=0,024) (Figure 2).  Ces différences persistaient dans le sous-groupe de patients ayant eu une chirurgie complémentaire (n=64 ; p=0,036) (Figure 2). Sur l’ensemble de la cohorte (n=139), les facteurs significativement associés à l’envahissement ganglionnaire et/ou la rechute en analyse multivariée étaient : la mauvaise différenciation tumorale (HR=3,76 IC95=[1,14-12,40] p=0,03), les emboles lymphovasculaires (HR=4,42 IC95=[1,49-13,18] p=0,008) et l’IS High (HR=0,13 IC95=[0,03-0,65] p=0,013). Ainsi, le seul facteur indépendant de bon pronostic était représenté par l'IS High.

Discussion

Conclusion

Cette étude préliminaire incluant 139 patients confirme la faisabilité de l’Immunoscore chez les cancers colorectaux T1 avec résection endoscopique, et suggère un impact pronostique indépendant de l’Immunoscore sur la prédiction du risque ganglionnaire et de la rechute. L’analyse de toute la cohorte devrait permettre de valider ces résultats et de préciser le rôle de l’Immunoscore dans l’algorithme de prise en charge des cancers colorectaux T1 avec pour objectif la diminution des indications chirurgicales et la préservation d’organe.

Remerciements